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perewenceslas
Description du blog :
Le Père Wenceslas, prêtre coopérateur de Gisors (Eure) est l'ancien curé de Kigali au Rwanda.
Catégorie :
Blog Politique
Date de création :
17.09.2007
Dernière mise à jour :
19.07.2008
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Posté le 05.04.2008 par perewenceslas
SUITE DES DERNIERS ARTICLES PARUS=



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EMISSION DE RADIO CANADA de ROBIN PHILPOT avec Pierre Péan
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UNE LETTRE TRES INTERESSANTE A PAUL KAGAME de Mr Desgagné
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LETTRE DU GENERAL LAFOURCADE A LA PRESSE
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L'ACTE D'ACCUSATION DE LA JUSTICE ESPAGNOLE
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PIERRE PEAN Interview à l'Express
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PIERRE PEAN Interview sur Europe1
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INTERPOL INSTRUMENTALISE PAR KIGALI
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LA DELATION DANS LES GACACA
http://perewenceslas.centerblog.net/3668285-0-LA-DELATION-DANS-LES-GACACA

LE CYNISME DU FPR
http://perewenceslas.centerblog.net/3668231-0-LE-CYNISME-DU-FPR

LE RWANDA N'A PAS SIGNE LE TRAITE CONTRE LA TORTURE
http://perewenceslas.centerblog.net/3641696-00-TRAITE-INTERNATIONAL-CONTRE-LA-TORTURE-.html

et LES RWANDAIS GROS DEMANDEURS D'ASILE POLITIQUE
http://perewenceslas.centerblog.net/3641807-00-LES-RWANDAIS--GROS-DEMANDEURS-D-ASILE-POLITIQUE



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38 INTERVENTION DE LUC MARCHAL AU COLLOQUE 4-4-03

Posté le 16.05.2008 par perewenceslas
Colloque à Paris du 04 avril 2003
Sript intégral et sous-titrage réalisés par le secrétariat du collectif AJIIR

Introduction de Luc Marchal par Charles Onana

Le colonel Luc Marchal est le premier officier supérieur qui est mis en accusation par la cour militaire de son propre pays dans les cent dernières années de l'histoire belge. Il devrait répondre selon l'auditorat militaire belge, des crimes des dix casques belges mort le 7 avril 1994, alors que le Colonel était chargé d'assurer la sécurité de la ville de Kigali dans le cadre de la Mission des Nations Unies pour le Rwanda. Au lieu de chercher la vérité sur les mobiles de ces crimes et les circonstances de la morts des casques belges à Kigali, la Belgique préfère mettre en accusation le Colonel pour l'obliger à se taire. Mais, maintenant Luc Marchal a commencé à parler. Je pense qu'il faut l'encourager et je l'ai invité à participer à ce colloque pour qu'il puisse livrer au monde le témoignage de qu'il a précisément vu et entendu. La parole est au Colonel Luc Marchal.

Ce qu'a vu et entendu le colonel Luc Marchal

************************

Je ne crois pas que ceux qui sont au fond de la salle pourront m'entendre si je reste assis. Je vais donc me lever (applaudissements).

Préambule

Mesdames, Messieurs,

Bon après midi. Deux petites précisions :

Tout d'abord, j'étais Commandant de la mission spéciale des Nations Unies au Rwanda, et j'avais sous mon commandement des soldats de 14 nationalités différentes. Donc, j'avais non seulement la responsabilité des belges, mais aussi la responsabilité administrative de ces 14 nationalités sous mon commandement.

Ensuite, pour paraphraser Maître Degli, je ne suis ni l'homme des hutu, ni l'homme des tutsi, je suis tout simplement un citoyen du monde qui me suis retrouvé à un moment donné, confronté à des événements historiques, et ces événements ont tellement changé la face des choses, j'estime, en tant qu'acteur de ce type d'événements, je ne peux pas faire autrement que de témoigner de ce que j'ai vu. Et donc c'est à ce titre que je me trouve aujourd'hui devant vous.
Neuf ans, jour pour jour …

Il y a 9 ans, jour pour jour, que le 4 avril 1994, nous étions un lundi de Paques, et ce jour-là, tous les acteurs du processus de paix, pour des raisons étrangères les unes aux autres, retenaient leur souffle dans l'attente de la décision que devait prendre le lendemain le conseil de sécurité des Nations Unies au sujet de l'avenir de la MINUAR. Au regard des événements tragiques qui amenèrent l'élimination physique des Présidents Habyalimana et Ntaryamira, je me demande du reste s'il ne serait pas plus approprié de parler plus d'un processus de guerre que d'un processus de paix.

En consultant à cette date du 4 avril (94), le journal de bord dans lequel (ndrl : un carnet de couleur jaune, format poche), je consignais journellement mes faits et gestes que j'étais amené de faire, je vois écrit en début de journée : 4 mois de présence au Rwanda. - En effet, j'étais arrivé le 4 décembre 1993 - Quatre mois de présence au Rwanda. Combien encore ? Ceci dit, ces quelques mots résumaient parfaitement dans quel état d'esprit je me trouvais à cette époque là. Je suis en fait tiraillé entre l'optimisme ou l'espoir et l'inquiétude. L'espoir, par ce que les signes, de plus en plus précis, permettaient de croire enfin sérieusement, à une mise en place, des institutions de transition. Mais d'inquiétude aussi, par ce que l'échec de deux dernières tentatives de mise en place du gouvernement de transition à base élargie (GTBE), qui s'étaient passées le 25 et le 28 mars (1994), laissaient poindre, dans le chef du FPR, comme un refus d'aller de l'avant, laissant ainsi la porte ouverte à des dérapages, comme cela fut le cas dans les mois qui ont précédé l'attentat.
Conditionné par les médias belges pro-FPR

Quatre mois de présence au Rwanda, disais-je, cela semblait beaucoup et peu à la fois. Peu, parce que nous n'en étions qu'au 4ème mois d'une mission, qui devait en principe durer 22 mois. Beaucoup, car les journées que nous vivions étaient toujours trop courtes pour relever les défis quotidiens que nous devions affronter. Cela nous imposait véritablement un rythme d'enfer, que nous ne voyions pas vraiment les jours se passer les uns après les autres.

Quand je repense à cette période, et à la période qui a précédé mon départ au Rwanda, eh bien, je me rends compte que ma vision de la problématique rwandaise, qui était la mienne à l'origine, eh bien avait connu une sérieuse évolution au fil des semaines et des mois.

Au moment où je me préparais à quitter la Belgique pour le Rwanda, fin décembre 1993, je savais exactement, au sujet de la situation interne du Rwanda, et des parties en présence. Mais par la fonction que j'occupais avant mon départ, j'étais attaché au cabinet du Ministre de la Défense, de par aussi une expérience de 5 ans, au Congo-Zaïre, dans le cadre de la coopération technique militaire, de par aussi la participation à 2 opérations armées dans ce pays, eh bien j'avais le sentiment, et je crois bien légitime à l'époque, de disposer de la bonne information sur le Rwanda. Je pensais bien humblement aujourd'hui, que par rapport à ce que j'ai découvert aujourd'hui, eh bien que je savais en réalité fort très peu de choses.

A la mi-93, le Rwanda était loin de faire la Une des médias en Belgique, et de plus, ce que l'on pouvait y lire, y entendre et y voir, était plus des clichés et des idées toutes faites, que d'une réelle information objective sur ce qui se passait dans ce pays. Je suis tout à fait conscient d'avoir été, à l'instar de beaucoup d'autres personnes, conditionné par cet environnement médiatique, et avoir partagé de façon quelque peu simpliste, la vision qui prévalait à cette époque, à savoir ; le FPR, Mouvement représentant la minorité, se trouvait par définition du coté des bons. Tandis que les autres se trouvaient forcément du coté des mauvais. Cette caricature était d'autant plus encrée dans les esprits, qu'en matière des relations publiques, le FPR savait nettement mieux s'y prendre que la partie gouvernementale, dont le représentant en Belgique était loin de disposer d'un sens aigu de la communication. Cela fait qu'on entretien des images aux expressions les plus faciles.
Kagame et Bihozagara au Ministère de la défense belge en 1993

J'ai eu également 10 mois avant mon départ, l'occasion de rencontrer le Major à l'époque, Paul Kagame, et Monsieur Bihozagara, qui effectuaient une tournée de certaines capitales européennes, afin de présenter leur point de vue du Front Patriotique Rwandais, sur les négociations en cours à Arusha. J'avais été mandaté par le Ministre pour recevoir cette délégation en visite à Bruxelles. Et je me souviens qu'à l'issue de l'entretien, le major Paul Kagame me dit : «nos points de vue, à entendre les points de vue du FPR et de la partie gouvernementale, nos points de vue semblent éloignés, mais vous verrez que nous finirons par nous entendre ».

Trois mois plus tard quand ils ont signé les accords de paix d'Arusha, je me suis dit que la volonté de construire un autre Rwanda, devenait peut-être une réalité et que c'était un bon signe pour la suite des événements.

Ce préambule avait pour seule finalité de souligner que je ne me suis pas lancé dans l'aventure rwandaise en aveugle ou comme un téméraire qui se jette à l'eau pour apprendre à nager. C'était un choix délibéré de ma part, une expression d'une volonté réelle, de mettre mes connaissances au service du bon déroulement du processus de paix, décidé à Arusha.
Le vif du sujet

MINUAR-FPR : collaboration à couteaux tirés

Entrons dans le vif du sujet. Une fois sur place à Kigali, il ne m'a pas fallu très longtemps, pour me rendre compte de deux réalités : la première, c'est qu'il ne suffit pas de prononcer le mot paix, pour mobiliser et focaliser toutes les énergies dans cette même et unique direction. La seconde c'est que dans le cadre de l'exécution du protocole d'accord de la zone de consignation des armes, une zone d'un rayon de 15 km tout au autour de la ville de Kigali, dans laquelle l'armement était conditionné par certains critères, je dois dire que la qualité de la réponse de deux parties était loin d'être égale.

Pour synthétiser cet aspect des choses, je dirais que du coté des forces gouvernementales, armée et gendarmerie confondues, une réelle bonne volonté existait. Tout n'était pas parfait, loin de là, mais il y'avait manifestement une volonté de pouvoir appliquer ces dispositions. Par contre du coté du FPR, eh bien je trouve pas d'image plus exacte de la réalité vue, que l'expression que j'ai moi-même utilisé dans mon livre « Rwanda la descente aux enfers », à savoir; « une collaboration à couteaux tirés ». J'imagine que cette expression est suffisamment explicite pour tout le monde. Et, ceci dit, je crois qu'on ne peut pas me taxer d'un parti-pris quelconque, puisque comme je l'ai expliqué, j'étais moi-même conditionné par les schémas réducteurs et pro-FPR dans les médias belges, qui se faisaient l'écho dans le monde entier.

Quelques éléments de témoignage sur l'attentat du 6 avril 1994

J'en viens au témoignage en relation avec l'attentat du 6 avril 1994. Peu de temps après les troubles violents de la fin février (1994) ; pour rappel, suite à l'assassinat de Félicien Gatabazi le 21 février 1994 à Kigali puis de Martin Bucyana le lendemain à Butare, Félicien Gatabazi était Ministre des travaux Publics et Martin Bucyana était président du Parti de la CDR (Coalition pour la Défense de la République), eh bien, la capitale connut plusieurs jours d'émeutes sanglantes.

Elément 1 : La question du colonel français Guyssac et l'intérrogation de Habyalimana

Donc peu de temps après cette période troublée, l'attaché défense près de l'ambassadeur de France au Rwanda, le colonel Guyssac, vient me rendre visite à mon Quartier Général. On peut imaginer que pareille démarche n'est jamais désintéressé, et que la courtoisie n'en était certainement pas le seul motif. Après quelques propos à caractère général, le colonel Guyssac me demande à brûle-pourpoint : «avez-vous la certitude que le FPR ne camoufle pas de missiles sol-air au sein du CND ?». C'était un endroit où les notables et les forces du FPR étaient cantonnés. La question me fit sursauter. Par ce qu'au cours d'un entretien qui s'était déroulé fin janvier (1994) avec le président Habyalimana, celui-ci avait déjà exprimé semblable préoccupation. Cette question me laissa perplexe, étant donné que je ne pouvais exclure, une éventuelle intoxication de la part de mon interlocuteur. Toutefois, les détails qu'il me fournit, en appui de son intervention, m'incitèrent à prendre les choses très au sérieux . En conséquence, l'ensemble de la position du FPR sera passé au peigne fin, de façon à déceler l'éventuel indice de camouflage de containers refermant de missiles sol-air, mais sans résultat tangible.

Etrange quand-même, qu'environ un mois avant l'attentat, et plus encore si on prend en compte l'interrogation exprimée par le président Habyalimana en janvier (94), étrange donc que cette question soit posée de façon aussi précise et aussi dynamique. Cela constitue en tout cas des suggestions d'une réelle inquiétude de la part de certains acteurs, dans la capacité possible de déstabilisation de l'Etat par le FPR en vue de s'emparer du pouvoir.

Elément 2 : L'audience avec le Général Nsabimana au 30 mars 1994

Mais ce qui me restera certainement comme l'élément le plus significatif en relation avec le rôle joué par le front (FPR) avant l'attentat, est une conversation, que j'eus exactement 7 jours avant cet attentat, avec le Chef d'Etat Major des Forces armées rwandaises (Général Déogratias Nsabimama). Ce jour-là, nous étions le 30 mars 1994, entrain d'inspecter différentes postions tactiques disposés au nord de la capitale. Après cette inspection, j'avais demandé au Général Nsabimana de pouvoir le rencontrer, afin de lui faire part de mes constatations. Je me retrouve donc en fin de journée, face à un homme que je sens profondément préoccupé. Et je peux comprendre, que l'opérationalité de cette force avait de quoi susciter des craintes. Ce que j'ai vu sur les positions tactiques, positions sensées parer les axes de progressions vers la capitale était un spectacle affligeant d'un point de vue militaire. Par conclusion assez simple, les unités qui se trouvent sur ces positions sont incapables d'arrêter qui que ce soit. Et moins certainement, les combattants du FPR.

Elément 3 : Les paroles de Nsabimana résonnent et interpellent encore avec intensité Luc Marchal

Mais là n'est pas l'objet de ma visite. J'aborde donc avec le Chef d'Etat Major, les distorsions constatées par rapport aux dispositions de la zone de consignation des armes. Et on convient de commun d'un plan de mise en conformité. Le sujet épuisé, l'entretien se poursuit. Comme si le Général tenait encore à me dire quelque chose d'autre. Durant quelques minutes, nous parlons de tout et de rien, et en bon rwandais, il me parla de bovidés. Pour vous dire qu'on a vraiment parlé de tout. Et puis, sans concessions, et d'une voix teinté d'une réelle anxiété, il me dit ceci : « je crains que le FPR ne déclenche le guerre dans les prochains jours. Les renseignements dont je dispose ne laissent malheureusement aucune place au doute. Depuis plusieurs semaines, il constitue en Ouganda, le long de la frontière, les stocks de munitions et d'équipements. Bref, tout ce qu'il faut pour appuyer une opération militaire d'envergure». Je lui rétorqua que c'était « impensable, que le FPR ne pouvait pas se permettre pareille aventure sous le regard de la communauté internationale ». A cela il me répond : « le FPR n'a que faire de telles considérations. L'erreur que vous, MINUAR commettez, est de lui prêter le même raisonnement que le vôtre. Mais la réalité est bien différente. Le Front est un mouvement révolutionnaire, et c'est en tant tel qu'il raisonne et qu'il se fixe ses propres objectifs ». Et il conclut en me disant : « contre des révolutionnaires, si vous n'adoptez pas les mêmes méthodes, vous serez toujours perdants ». Je dois préciser que ces paroles m'en branlèrent profondément. Et que depuis, elles ne cessent de résonner dans mes oreilles, et m'interpellent toujours avec une pareille intensité. Les événements démontrèrent, malheureusement, que le Général Nsabimana avait raison.

Elément 4 : la constitution des réserves importantes du FPR

En effet l'ampleur et la durée de l'offensive militaire menée par le FPR et en particulier le 7 avril (94), sont des éléments qui non seulement rendent toute improvisation impossible, cela veut dire que le FPR ne pouvait pas, suite à l'attentat, subitement mener une opération militaire pareille sans le préparer. Pareille opération exige en outre, une longue préparation. Pareille opération aurait été irréalisable, sans la constitution préalable de réserves importantes, seules capables de maintenir la continuité et le volume de l'offensive.

[b]Elément 5 : refus, menaces, pas de souci de négociation en vue d'arrêter les massacres[/b)

D'autres éléments tel que le refus systématique du Front de répondre aux différentes propositions de cessez-le-feu, formulées à partir du 7 avril (94) par les officiers modérés des Forces Armées mais aussi par la MINUAR, ainsi que les menaces proférées par le Front à l'égard des casques bleus ghanéens déployés dans la zone démilitarisée et menaces proférées également à l'égard des troupes étrangères venus sortir du pays leurs ressortissants, sont autant de détails concrets de signes objectifs, que le Front n'avait plus pour souci, pour autant que ce fut un jour le cas, de privilégier la négociation, afin de permettre, malgré la crise, d'arrêter les massacres et de mettre en place les institutions de transition, et de poursuivre le processus de paix.

Elément 6 : les signes qui ne trompent pas

Dernier élément que je soumets à votre réflexion est aussi un épisode qui m'a fortement impressionné et qui a suivi peu de temps l'attentat. C'est le 6 avril (94), vers 2h - 2 h 30 après que l'avion présidentiel eut été abattu, je me suis retrouvé en compagnie du général Dallaire à l'Etat Major de l'Armée. Un comité de suivi composé des officiers supérieurs de l'armée et de la Gendarmerie s'y était constitué, afin d'analyser la situation et de prendre les mesures d'urgence qui s'imposaient suite à la disparition du chef de l'Etat et du Chef d'Etat-major de l'Armée. A aucun moment, et j'insiste, à aucun moment, je n'ai éprouvé de sentiment que je me trouvais face à des gens qui avaient organisé un coup d'Etat. Malgré le temps qui passe, le souvenir que je garde de ce moment historique, et toujours très précis dans ma mémoire, je sais que je me suis retrouvé en face d'hommes profondément désemparées par ce qui venait d'arriver. Leur façon de se comporter, l'intonation de voix, un doute exprimé, l'expression des visages, une question qui laisse percevoir la peur, sont des signes qui ne trompent pas. Sans la moindre hésitation, j'inclus également dans cette appréciation le Colonel Bagosora, du moins, pour les premières heures qui ont suivi l'attentat sur l'avion présidentiel.

J'ai la ferme conviction que si les organisateurs de l'attentat s'étaient trouvé en moment-là autour de la table, cette réunion se serait déroulé tout à fait autrement. Et qui plus est, dans pareilles circonstances, la MINUAR était franchement invitée à participer à cette réunion.
Conclusion: L'incontestable évidence et la détermination contre les forces obscures pour révéler la vérité

Quelle conclusion tirer de tout ceci ? Pour moi, une chose me parait incontestable aujourd'hui, que 9 ans après les faits, le ou les commanditaires de l'attentat du 6 avril 1994 ne sont toujours pas identifiés officiellement. C'est une situation intolérable au regard de ces centaines et de centaines milliers d'enfants de femmes et d'hommes qui depuis cette date ont perdu la vie, sans parler de ceux et celles qui souffrent dans leur chair, et ceux qui ont tout perdu. La mémoire de ces disparus exige ni plus ni moins, que les vrais responsables de cette tragédie de la démesure, soient enfin démasqués aux yeux du monde et répondent de leur crimes face à l'histoire. Tant, que ce ne sera pas le cas, je veux espérer, que la détermination de ceux et celles qui veulent absolument connaître la vérité, ne faiblira pas. Et qu'il me soit ainsi permis de remercier Monsieur Charles ONANA pour son action personnelle, qu'il a avec d'autres, entrepris pour que cette vérité soit enfin révélé officiellement aux yeux du monde entier. Que cette détermination finisse par triompher des forces obscures, qui oeuvrent pour que les oubliettes de l'histoire se referment définitivement sur tous ces êtres humains qui payèrent en gain de tribut, à la soif du pouvoir de certains de leurs semblables.

Je vous remercie de votre attention.

Colonel Luc Marchal

38 ROBIN PHILPOT CONTREDIT LE GENERAL DALLAIRE

Posté le 26.10.2007 par perewenceslas
ROMEO DALLAIRE A L'EPREUVE DES FAITS

Critique du film "J'ai serré la main du diable"


Le sénateur libéral Roméo Dallaire prétend que son film "J'ai serré la main du diable" est le film référence sur le drame rwandais de 1994. Or sur le plan des faits, ce film ne passe pas la rampe!

Dans cette émission, Robin Philpot, auteur de deux livres sur le drame rwandais, soumet ce film à l'épreuve des faits. Il démontre, à l'aide notamment d'extraits d'entrevues de 1994, que le Dallaire d'aujourd'hui dit le contraire de ce que lui-même disait au lendemain de son retour du Rwanda en septembre 1994."

Pour en savoir davantage, vous pouvez commander le livre "Rwanda: crimes mensonges et étouffement de la vérité, Robin PHilpot persiste et signe"

www.lesintouchables.com

Ingrid Remazeilles, éditrice adjointe, ingrid@lesintouchables.com

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38 TEMOIGNAGE D’ABDUL RUZIBIZA

Posté le 08.11.2007 par perewenceslas
KAGAME N’A TOUJOURS PAS REUSSI A ELIMINER SON ANCIEN AMI ABDUL RUZIBIZA

40 LA MISSION CACHEE DU GENERAL DALLAIRE

Posté le 27.10.2007 par perewenceslas
LA MISSION CACHEE DU GENERAL ROMEO DALLAIRE
(Musabyimana.be 24/10/2007)

Dans son livre qui vient sortir : « Rwanda, crimes, mensonges et étouffement de la vérité » (Les Intouchables 2007), Robin Philpot se pose la question de savoir s’il y avait une mission secrète dans la mission officielle de maintien de la paix dirigée par Roméo Dallaire en 1994 au Rwanda. Dans sa conclusion, l’auteur est affirmatif : « Il y avait une mission dans la mission. La mission publique et officielle était de maintenir la paix en appliquant les accords d’Arusha. Mais la mission non déclarée consistait à faciliter la prise du pouvoir par le Front patriotique rwandais ». Cette mission a été confiée à Dallaire par les puissances anglo-saxonnes pour des intérêts géostratégiques. Le Général Paul Kagame a été installé au pouvoir et il joue le jeu à merveille.

Pour accomplir sa mission, Dallaire adressera ces correspondances directement à son compatriote le Général Maurice Barril à l’ONU en ne respectant pas le circuit normal en usage dans cette institution internationale. Roger Booh Booh, Représentant Spécial du Secrétaire Général de l’ONU au Rwanda s’en est plaint mais cela est resté un vœux pieux malgré les injonctions de Koffi Annan.

La piste canadiene des « francophones francophobes », comme les qualifie Robin Philpot, sera utilisée à volonté. En effet, il ya eu Louise Arbour au TPIR et qui a étouffé les enquêtes sur les crimes du FPR ; il y aura encore le même Maurice Barril qui devait conduire une mission humanitaire, mort-née, en faveur de millions de réfugiés hutu de l’ex-Zaïre et qui ont été plutôt bombardés à l’arme lourde ; il y aura Guy Toussignant, qui a remplacé Dallaire au Rwanda et qui a assisté impuissant aux bombardements par le FPR des camps de déplacés internes de Kibeho contenant 150.000 personnes. Il y aura enfin l’ambassadeur canadien Bernard Dussault qui avait de « très bons rapports avec le gouvernement rwandais ». Alors que le Général Guy Toussignant voulait évaluer les dégâts, son équipe médicale lui donna un rapport chiffrant les victimes à 3840. Son supérieur d’alors Shaharyar Khan, successeur de Roger Booh Booh, lui demanda de réduire le chiffre car le Président Pasteur Bizimungu avait parlé de 300 morts. Finalement il fut retenu le chiffre de 2000. Pour tirer le gouvernement de l’embarras, l’ambassadeur Dussault proposa la création d’une commission d’enquête dont le rapport « déchargea la haute direction civile et militaire de toute responsabilité ».

Retour sur image

Pour réussir sa mission "parallèle", Dallaire s’est fait entourer des hommes de confiance mis au parfum du secret à en juger par leur comportement. Ils ont alors pris faits et causes pour le FPR, une partie au conflit. Ils ont par exemple lancé des cailloux dans la porte vitrée de la résidence d’un des cadre politique du parti CDR opposé au FPR ; ils ont troué, à coups de baïonnettes, la voiture transportant des membres du Chef d’Etat major des Forces Armées Rwandaises d’alors ; ils ont arraché à quelqu’un une effigie du Président Habyarimana et l’ont piétiné rageusement ; à l’installation du Parlement de transition dans le cadre de l’Accord d’Arusha, certains d’entre eux ont voulu faire entrer des députés de la faction du Parti Libéral qui n’était pas invités aux cérémonies. Ces incidents, non exhaustifs, sont très parlants.

Le Général Dallaire a compromis sa mission officielle. Son supérieur hiérarchique, Jacques Roger Booh Booh, l’a accusé de manque de neutralité et de rouler pour le FPR. Dans une interview accordée à la journaliste belge Colette Braeckman et parue dans le journal « Le Soir » du 15 avril 2004, Roger Booh dit noir sur blanc :Dallaire « était partial : plusieurs fois, on a noté que des militaires du FPR travaillaient avec Dallaire, dans la salle d'état-major de la Minuar, à l'hôtel Méridien. Là, il y avait des cartes montrant les positions des forces d'Habyarimana sur le terrain... A la Minuar tout le monde savait cela. Quand les hostilités ont commencé, notre quartier général était plutôt dans la zone du FPR et ce dernier venait se renseigner pour savoir où se trouvaient les poches de résistance. (...) ».

Dans son livre : «Shake hands with the devil» (2004), Dallaire y affirme lui-même qu’il était en intelligence avec le FPR : « I also ensured that the existence of these officers was passed on to Kagame so that RPF would realize there were moderates they could potentially work with inside the present security forces». Dans la version française du livre sous le titre : « J’ai serré la main du diable » (2004), ce texte a été enlevé.

Un témoin capital : le capitaine Amadou Deme

Arrivé au Rwanda en juillet 1993, dans le cadre du GOMN (Groupe d’observateurs militaires Neutres), ce capitaine de l’armée sénégalaise, spécialiste des technologies de l’information des armées, a été affecté aux renseignements de la MINUAR sous la direction du Capitaine belge Frank Claeys. « Il a été les yeux et les oreilles des troupes de l’ONU au Rwanda ». Il a été ensuite enquêteur du TPIR à Kigali jusqu’en 1997 puis agent du HCR à l’Est de la RDC et à Kinshasa entre 1997 et 1998. De 2000 à 2003, il a travaillé pour le HCR au Congo.


Il a fait partie des enquêteurs du « National Team du Tribunal » qui devait enquêter « de façon officielle sur l’attentat ». Son Chef était Michael Hourigan et le Commandant des enquêtes était Jim Lyons, ex-agent du FBI. Leur piste conduisait sur Kagame et ses hommes comme les auteurs de l’attentat contre l’avion du Président Habyarimana. Louise Arbor, alors Procureur du TPIR, a ordonné de mettre fin à ces enquêtes dès la réception du premier rapport


Robin Philpot a réussi à faire parler Amadou Deme de sa résidence aux Etats-Unis d’Amérique. Dans son interview, Amadou Deme précise que dans son travail de recherche des renseignements, il rendait compte au Commandement de la MINUR pour lui peremettre de prendre des décisions. Ce Commandement avait à sa tête le Général Dallaire. Or, que dit Amadou Deme : que depuis l’installation du bataillon du FPR à Kigali, celui-ci n’a pas respecté les procédures établies de consignations d’armes ; qu'il avait préparé la reprise de la guerre en introduisant des armes dans Kigali en provenance de Mulindi dont des pièces d’artillerie de type Katioucha, des lanceurs de roquettes multiples et des mortiers de gros calibre qu’il a commencés à utiliser après la chute de l’avion du Président Habyarimana, ce qui lui a permis de prendre Kigali ; que l’armée du FPR ne pouvait pas être distinguée de l’armée ougandaise ; que personne de la MINUAR ne pouvait se déplacer librement dans la zone du FPR ; que lui et d’autres observateurs de l’ONU sur place, personnei n’a jamais douté un seul instant que c’était le FPR qui était responsable de l’attentat ; qu’il n’y a jamais eu de preuves de planification étatique du génocide, que s’il y a eu une quelconque conspiration ou une planification, c’est du côté du FPR qu’il faut aller chercher, etc.


Voilà ce que savait le Général Dallaire via son officier de renseignements. Au lieu de prendre des mesures conséquentes pour assurer le maintien de la paix, Dallaire a privilégié sa mission secrète. Celle-ci a réussi au prix d’une tragédie dont les conséquences pèseront encore pour longtemps sur la société rwandaise entière.

©Gaspard Musabyimana, le 22/10/2007

41 Audition du Père Guy THEUNIS à L'ASSEMBLEE NATI

Posté le 26.04.2008 par perewenceslas
Père Guy Theunis en tenue de prisonnier du Rwanda. Le prêtre a été arrêté en transit à l'aéroport de Kigali, en moins de 24heures, des "témoins" seront trouvés pour l'accuser de génocide. Cette délation a été dénoncée par RSF Reporters sans Frontières.

Audition du père Guy Theunis, prêtre au Rwanda de 1975 à avril 1994, membre de la Société des missionnaires d’Afrique (Pères Blancs)à l'Assemblée Nationale

source http://www.voltairenet.org/article7847.html
28 avril 1998

Présidence de M. Paul Quilès, Président

Le Président Paul Quilès a accueilli le père Guy Theunis, membre de la Société des Missionnaires d’Afrique, prêtre au Rwanda de 1970 à 1994, qui a exercé, de 1989 à 1994, diverses activités à Kigali, en particulier dans le domaine des médias.

Le père Guy Theunis, s’exprimant en son nom personnel, a souhaité préalablement lever une ambiguïté entretenue par la presse française en précisant qu’il n’avait jamais été, ni n’était le responsable des missionnaires Pères Blancs au Rwanda mais que pendant les 23 ans où il y avait vécu, il avait milité dans divers organismes de défense des droits de l’homme, dans des mouvements contre la violence et dans divers médias.

En mémoire des nombreuses victimes civiles et militaires du drame rwandais, qu’elles soient françaises, belges, hutues ou tutsies, il a demandé que soit observée une minute de silence.

Le père Guy Theunis a précisé que son témoignage était celui d’un membre de l’Eglise catholique, membre actif de la société civile rwandaise, responsable de la revue Dialogue de 1989 à 1992 au Rwanda, puis de 1994 à 1995 en Belgique et enfin secrétaire exécutif du projet Reba Video, conçu pour collaborer avec la télévision rwandaise.

Il a indiqué qu’en sa qualité de fondateur de l’Association rwandaise pour la défense des droits de la personne et des libertés publiques (ADL), il avait été responsable de ses publications et plus particulièrement de deux rapports successifs sur la situation au Rwanda : le premier, portant sur la période de septembre 1991 à septembre 1992, fut à l’origine de l’enquête internationale qui a eu lieu en janvier 1993, le second couvrant la période d’octobre 1992 à octobre 1993. Il a ensuite souligné qu’il avait eu peu de contacts au sommet, ni avec les militaires français, malgré les relations intéressantes qu’il a entretenues avec les deux ambassadeurs de France dont il a regretté le non-engagement en faveur de la défense des droits de l’homme. Ayant dû quitter précipitamment le Rwanda le 14 avril 1994, et y abandonner l’ensemble de sa documentation, il a indiqué que son témoignage ferait surtout appel à sa mémoire et reprendrait pour partie des éléments déjà exposés devant la Commission d’enquête du Sénat belge. Il a souhaité se limiter à quelques points peu connus et à quelques questions, de façon à livrer à la mission sa vision du déroulement des événements en insistant sur la place et le rôle de la France.

Reprenant sa déclaration devant le Sénat belge, il a rappelé qu’il trouvait inadmissible que l’on ait retiré le contingent belge de la MINUAR, qui disposait de l’infrastructure, de la logistique et des communications de la force internationale, sans le remplacer par un autre aussi crédible et de même valeur. C’est pour cette raison qu’il a déclaré avoir honte d’être Belge. Dans le rapport du Sénat belge, il est précisé qu’une campagne diplomatique a été conduite pour amener tous les Etats à soutenir la position du Gouvernement belge. Cette initiative gouvernementale incombe, selon lui, au ministère des Affaires étrangères belge qui doit en porter l’entière responsabilité. Il a estimé que si, au lieu de se retirer, la Belgique avait fait appel aux troupes françaises, américaines et italiennes présentes au Rwanda ou dans des pays proches du Rwanda, le génocide aurait pu être évité. Il a dit ne pas comprendre que le FPR n’ait pas explicitement demandé à la Belgique de ne pas quitter le pays, puisqu’il lui avait demandé de participer au maintien de la paix.

Il a déclaré que l’appréciation qu’il portait sur la Belgique valait aussi pour la France car celle-ci, en sa qualité de membre permanent, a pris part aux décisions du Conseil de Sécurité de l’ONU du 15 avril qui constituent selon lui la cause essentielle du génocide.

A son avis, la presse n’a pas suffisamment montré que le mois d’avril 1994 pouvait être scindé en trois phases distinctes, comme le met en évidence Mme Alison Des Forges.

D’une part, l’attentat contre l’avion présidentiel le 6 avril n’a pas déclenché un génocide mais plutôt des massacres politiques et ciblés. Ce sont des ministres, le Président de la Cour suprême, des membres de l’opposition qui ont été tués dans les premières heures et les premiers jours au cours desquels certains d’entre eux étaient nommément recherchés.

D’autre part, la décision du Gouvernement belge du 11 avril de retirer ses militaires et la constitution du gouvernement intérimaire ont eu pour effet de modifier le comportement de la frange hutue des partis d’opposition (MDR, PL, PSR). En effet, ces personnes sont alors sorties de leurs cachettes pour prêter main forte aux miliciens, aux Interahamwe du MRND et aux membres de la CDR, ce qui a constitué le début des massacres de Tutsis en tant que Tutsis.

Enfin, le débat de l’ONU du 15 avril marque véritablement le début du génocide avec les massacres perpétrés les 16 et 17 avril à Gitarama, préfecture qui avait été épargnée jusque là, et à Butare, dans le sud, où les miliciens du nord ont pénétré le 19 avril et tué les autorités locales pour les remplacer par des extrémistes.

Le père Guy Theunis s’est déclaré convaincu que, jusqu’au 15 avril, il aurait été possible d’empêcher le génocide. Il a estimé que le retrait des Casques bleus avait, d’une part, laissé libre cours à la participation populaire aux massacres et avait, d’autre part, favorisé leur extension à l’ensemble du pays. Il a également insisté sur la responsabilité incombant aux pays occidentaux dans la suite des événements qui se sont déroulés au Rwanda.

Il a ensuite exprimé son sentiment sur l’opération Turquoise. Admettant ne pas connaître l’ensemble des motivations ayant conduit à son déclenchement, il a noté qu’elle correspondait à l’appel lancé par le père Henri Blanchard sur une chaîne télévisée française et a souligné que cette action positive avait permis de sauver non seulement des milliers de vies tutsies mais aussi des dizaines de milliers de victimes potentielles. En effet, le risque était grand que ces populations, voulant se réfugier au Burundi, n’y déclenchent encore d’autres massacres. 200 000 personnes sont parties au Burundi alors qu’il y en aurait eu bien davantage si l’opération Turquoise n’avait pas eu lieu.

La présence des troupes françaises a aussi empêché que l’APR, qui avait déjà éliminé des milliers de personnes dans les régions dont elle avait pris le contrôle, se livre à de nouveaux massacres dans la zone de sécurité qui avait été créée. En permettant à de très nombreux Rwandais de ne plus avoir à fuir, l’opération Turquoise a épargné la vie de plusieurs milliers de personnes dans la zone des préfectures de Gikongoro, Kibuye et Cyangugu. Même s’il y a eu des massacres à Kibeho et dans les camps de réfugiés du Zaïre, dans la région de Bukavu, il y aurait eu encore bien davantage de victimes si toutes les populations avaient quitté le pays.

Face à ces drames, il a déploré l’absence de politique commune des pays européens, estimant que si la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la Belgique avaient, depuis 1990, coordonné leurs actions, le génocide aurait été évité. Si certains prônaient, à raison, la réconciliation et le dialogue dans le cadre de la négociation des accords d’Arusha, d’autres au contraire, en s’appuyant sur des diplomaties parallèles et secrètes, ont permis aux divisions internes de se développer.

Après avoir rappelé qu’il était attaché à rechercher toute la vérité, le père Guy Theunis a souhaité faire part à la mission de ses nombreuses interrogations afin, selon lui, d’éclairer le drame rwandais.

Pour mieux comprendre les causes des massacres, il a déclaré qu’il convenait non seulement de faire la lumière sur l’origine des missiles ayant abattu l’avion présidentiel, mais aussi sur les nombreux trafics ayant permis la création de dépôts d’armes à Goma et Gisenyi. Un Belge, d’origine burundaise, Mathias Hitimana, et un Français, dont l’identité n’a pas été établie, se seraient livrés à ces trafics et un rapport établi par Human Rights Watch fait également état de l’implication de la France dans les livraisons d’armes au Rwanda.

Il convient aussi de comprendre pourquoi les Adjudants-Chefs René Maier et Alain Didot, et son épouse, ont été assassinés par le FPR le matin du 8 avril. Ces meurtres de deux gendarmes du GIGN ayant pour mission de surveiller les communications est d’autant plus troublant qu’il se situe chronologiquement à un moment où le FPR n’exécutait que des victimes figurant sur des listes préétablies. Avec qui ces personnes avaient-elles des contacts et de qui dépendaient-elles puisqu’elles ne faisaient pas partie du DAMI ? Se pose aussi la question du suicide à l’Elysée de M. François de Grossouvre, Conseiller du Président de la République, qui était en relation avec un personnage clé et fumeux : le Capitaine Paul Barril.

Reprenant ses déclarations faites devant la Commission d’enquête du Sénat belge, le père Guy Theunis a indiqué qu’il avait été établi que dix soldats belges avaient été tués à Kigali le 6 avril. Or, le Général Romeo Dallaire et le Général Ndindiliyimana se sont rendus à la morgue de Kigali où ce dernier a affirmé avoir recensé onze corps de Blancs. Qui était cette onzième victime ? Comment se fait-il que les autorités belges aient fait pratiquer les autopsies de seize corps à Nairobi le 10 avril 1994 et non à Bruxelles et n’aient révélé la nationalité que de quatorze d’entre elles : dix Belges, deux Marocains, un Portugais et un Zimbabwéen. Que sont devenues les dépouilles des deux autres victimes et quelles étaient leurs identités ?

Un certain Jean-Pierre, qui savait beaucoup de choses, qui a joué un rôle d’informateur au mois de janvier 1994 et qui demandait l’asile politique dans un pays occidental, a-t-il eu des contacts avec l’ambassade de France ?

Comment se fait-il que la France, patrie des droits de l’homme, conviée à la conférence de presse organisée par l’ambassadeur belge après les tortures infligées dans les locaux de la présidence au journaliste Boniface Ntawuyirushintege, n’ait pas été représentée alors que de nombreuses ambassades y avaient dépêché des représentants, même si, il est vrai, des organisations françaises ont apporté leur soutien à cette démarche.

Comment expliquer la présence de militaires français, dont Pascal Estrevada, en mars et avril 1994 à Kigali alors que la France avait retiré son contingent ?

Enfin, quelles sont les raisons qui ont empêché la France de conduire une enquête sur l’attentat commis contre l’avion présidentiel alors que le Général Romeo Dallaire et le gouvernement intérimaire, accueilli à Paris à l’époque, en avaient officiellement fait la demande et proposé que la France prenne la présidence de la Commission qui en serait chargée, comme en témoigne deux lettres dont la mission peut avoir communication.

Le père Guy Theunis a terminé en citant les propos que lui aurait tenus l’Ambassadeur de France, M. Georges Martres : " je ne comprend pas, je reçois des ordres de l’Elysée, de Matignon, d’ailleurs parfois contradictoires, et je ne sais pas lesquels je dois suivre. "

Après avoir relevé que la mission entendait des témoignages pour s’informer et qu’elle ne répondrait donc pas aux questions posées mais au contraire les relaierait et les poserait elle-même, le Président Paul Quilès, notant que le père Theunis avait été très discret sur le rôle de l’Eglise catholique au Rwanda, lui a demandé s’il pouvait caractériser l’attitude de cette dernière à l’égard des violations des droits de l’homme et indiquer si cette question avait été évoquée lors des visites du pape en septembre 1990 et du cardinal Etchegaray en mai 1993.

Rappelant que le pape avait déclaré en 1996 que, si des représentants de l’Eglise avaient failli en 1994, ils devaient être punis, il a souhaité savoir à quelles personnalités ecclésiastiques il était ainsi fait allusion.

Le père Guy Theunis a apporté les éléments de réponse suivants :

- lors du recensement de 1991, près de 90 % des Rwandais se sont déclarés chrétiens, soit 62 % catholiques, 18 % protestants et 8 % adventistes. Par ailleurs, depuis l’époque coloniale, l’Eglise catholique est une puissance au Rwanda, une sorte d’Etat dans l’Etat. Cependant l’Eglise, ce sont d’abord les Rwandais eux-mêmes et ceux-ci n’ont pas forcément toujours agi selon la foi. Si des milliers de chrétiens rwandais, dont certains ont agi au nom de leur foi et l’ont dit, en ont défendu d’autres et ont parfois été eux-mêmes tués pour cela, d’autres Rwandais chrétiens ont tué ; cependant ils n’ont alors pas agi comme chrétiens mais comme Rwandais hutus ou tutsis. Le rôle de l’Eglise est un rôle d’évangélisation, c’est une conscience morale au sein de la société civile et sa contribution a été importante dans ce domaine : c’est largement grâce à l’intervention d’évêques, notamment le Président de la conférence épiscopale Thaddée Nsengiyumva et de responsables protestants dans le cadre du comité qu’ils avaient fondé ensemble que les accords d’Arusha ont pu être conclus ; ce sont eux qui ont mis le Président Habyarimana et les responsables du FPR autour de la même table. L’Eglise catholique a donc le plus souvent été un moteur de pacification. Cependant, les responsables de l’Eglise rwandaise sont également Hutus ou Tutsis. Certains d’entre eux ont été incapables de transcender leur situation particulière, comme l’Evêque de Kigali, Vincent Nsengiyumva, resté toujours très proche du Président Habyarimana et qui avait accepté d’être membre du comité central du MRND, responsable de la commission sociale, même s’il a démissionné en 1985 sous la pression populaire et dans la perspective d’une visite du Pape au Rwanda.

Le père Guy Theunis a renvoyé, pour de plus amples développements sur l’implication de l’Eglise catholique, à l’article qu’il avait écrit en 1994 dans l’ouvrage Les crises politiques au Burundi et au Rwanda, publié sous la direction d’André Guichaoua.

Il a souligné que, lors de la visite du pape en 1990, le problème clé était celui des réfugiés, le comité du MRND ayant refusé leur retour en 1986. Le pape a posé la question dès son arrivée. Une commission avait été mise en place et un début de solution a été trouvé en octobre 1990. Il n’est pas impossible que l’invasion de 1990 ait été décidée pour empêcher la mise en oeuvre d’une solution politique de la question des réfugiés.

Par ailleurs, le pape, s’il a joué son rôle, n’a qu’une autorité morale et ne dispose pas de force de coercition. Aussi cette autorité ne peut être forte que si l’opinion publique vient l’appuyer ; en revanche, elle reste faible lorsque tel n’est pas le cas.

M. Roland Blum, revenant sur le rôle de l’Eglise catholique au Rwanda et mentionnant les critiques de l’abbé Sibomana, accusant cette dernière d’avoir contribué aux violations des droits de l’homme, a demandé des précisions sur ce point et s’est enquis des positions prises par le cardinal Etchegaray lors de sa visite au Rwanda.

Rappelant qu’il avait suivi le voyage du cardinal Etchegaray de près, étant responsable de la partie de son organisation concernant les médias, le père Guy Theunis a apporté les éléments de réponse suivants :

- le cardinal Etchegaray est la première personnalité politique à avoir voulu rencontrer, lors de sa visite au Rwanda, à la fois les responsables du pays et ceux du FPR. Il a reçu un excellent accueil dans les régions tenues par le FPR et il a tenu le même langage des deux côtés, ce qui a établi sa crédibilité au service de la modération et de la paix ;

- l’abbé Sibomana -on peut se reporter à son livre Gardons espoir pour le Rwanda- n’a pas accusé l’Eglise catholique comme telle. En revanche, il a eu des difficultés avec certains membres de l’Eglise tel que l’archevêque de Kigali qui, mis par l’abbé Sibomana lui-même devant des documents significatifs, n’a pas hésité à les déchirer plutôt que de devoir en tenir compte. Responsable éminent de l’ADL, l’abbé Sibomana a refusé de rencontrer le Président Habyarimana en compagnie de l’archevêque, dénoncé avec courage et au péril de sa vie les dérives, tant sous le régime Habyarimana que sous celui du FPR, et s’est avéré très fiable en montrant ses capacités à distinguer au sein de l’Eglise les personnalités porteuses de paix et d’avenir et celles qui envenimaient la situation.

S’étonnant également que le père Guy Theunis n’ait pas évoqué le rôle de l’Eglise catholique dans sa déclaration liminaire, M. François Loncle a souhaité évoquer non seulement le rôle de la hiérarchie catholique rwandaise mais aussi celui de la hiérarchie catholique non originaire du Rwanda. Il a mentionné l’archevêque André Perraudin, Suisse et évêque de Kabgayi de 1956 à 1989, résidant actuellement dans le Valais, près de Sion, dont il a estimé qu’il pouvait être intéressant pour la mission de l’entendre, et fait état de la manière partisane dont celui-ci avait opposé les ethnies l’une à l’autre, certains allant jusqu’à dire qu’il avait accompagné le processus conduisant au génocide. Il a également cité les évêques français au Rwanda qui, entre 1922 et 1945, avaient théorisé la supériorité des Tutsis sur les Hutus. Il en a conclu que des responsables de l’Eglise catholique, dont Mgr André Perraudin, avaient eu au Rwanda un rôle contestable et négatif, y compris au moment du génocide.

M. Bernard Cazeneuve a cité le mandement de Carême de Mgr Perraudin du 11 février 1959 : " Constatons tout d’abord qu’il y a réellement au Rwanda plusieurs races assez nettement caractérisées, bien que des alliances entre elles aient eu lieu et ne permettent pas de dire toujours à quelle race tel individu appartient. Cette diversité de races dans un même pays est un fait normal contre lequel d’ailleurs nous ne pouvons rien ". Il a ensuite demandé si le fatalisme de ce discours n’aboutissait pas à authentifier le fait ethnique et n’avait pas pu alimenter les dérives évoquées par M. François Loncle.

Il a également cité un article, paru le 18 avril 1994 dans le Journal de Genève, présentant l’attitude de Mgr Perraudin quelques jours après le début du génocide : " Condamner et comprendre. Le prélat valaisan condamne vivement les massacres perpétrés ces derniers jours par des extrémistes hutus, ces massacres qui ont déjà coûté la vie à plus de vingt prêtres, la plupart de l’ethnie tutsie. Mais s’il condamne, il ajoute : je les condamne, mais j’essaie de comprendre. Ils agissent par colère et par peur, par colère contre le meurtre de leur Président, Juvénal Habyarimana, le 6 avril dernier et par peur de retomber dans l’esclavage ". Il a demandé au père Guy Theunis quelle était sa position vis-à-vis de cette déclaration et, notant qu’il n’y était pas fait mention du génocide ni de massacres, à quel moment l’Eglise catholique avait officiellement dénoncé le génocide.

Enfin, en ce qui concerne le rôle de la presse d’obédience catholique au Rwanda, M. Bernard Cazeneuve a évoqué le journal Kinyamateka créé en 1933 et très lié à la conférence des évêques catholiques qui, à partir de 1987, s’est montré très critique vis-à-vis du régime du Président Habyarimana. Citant un éditorial du père Guy Theunis paru dans la revue Dialogue, parlant de " confirmer des signes positifs avant la dénonciation " et rappelant que le numéro du vingtième anniversaire de Dialogue avait publié un message très laudatif du Président Habyarimana, il a demandé quelles étaient les positions respectives de Dialogue et de Kinyamateka et quel était le sens précis de l’expression " confirmer des signes positifs avant la dénonciation ".

Après avoir estimé que M. François Loncle était très mal informé, ce qui a entraîné de vigoureuses dénégations de celui-ci, qui a rappelé qu’il citait des témoins rwandais, le père Guy Theunis a apporté les réponses suivantes :

- en posant la question du fait ethnique dans son mandement de Carême, Mgr Perraudin avait simplement rappelé une situation objective : les livres montrent que le problème ethnique existait déjà lors de l’arrivée des Pères Blancs au Rwanda dès le début du XXème siècle et que, si l’évêque français Mgr Classe avait appuyé, à tort sans doute, la systématisation par les Allemands et les Belges, d’un régime en fait beaucoup plus complexe, c’est le pouvoir politique allemand puis belge qui était responsable de cette simplification sociale et de cette systématisation et non pas l’Eglise catholique, même si celle-ci avait ainsi soutenu le pouvoir en place ;

- s’agissant de l’article du Journal de Genève, seul Mgr Perraudin pourrait préciser le sens de ses propos et c’est à lui qu’il faudrait le demander ;

- la première autorité politique d’envergure qui ait parlé du génocide, c’est le pape Jean-Paul II. En effet, la revue Dialogue, reprenant l’Osservatore Romano du 3 mai 1994 relate ainsi les propos tenus par le pape : " Rappelons que lors de l’audience générale du 27 avril 1994, le pape consterné a appelé les fidèles à une prière fervente pour le Rwanda martyrisé en ces termes : "Très inquiet, je vous invite à une prière intense et fervente pour le Rwanda. La tragédie de ces populations semble ne jamais vouloir s’arrêter : barbarie, vengeance, tueries, sang innocent versé, partout l’horreur et la mort. J’invite ceux qui détiennent les responsabilités à une action généreuse et efficace pour que cesse ce génocide." "

En conséquence, l’Eglise catholique, par la voix de son plus haut représentant, a reconnu cette réalité l’une des premières, avant, par exemple, M. Alain Juppé, qui n’a pourtant pas tardé, et ce d’autant plus vite qu’on ne pouvait pas encore parler de génocide dans les premiers jours qui ont suivi l’attentat contre l’avion du Président Habyarimana.

- Kinyamateka et Dialogue travaillaient ensemble et avaient la même ligne éditoriale, dénonçant les limites du régime du Président Habyarimana. Les deux revues étaient d’ailleurs installées dans le même bâtiment, l’abbé Sibomana et le père Theunis lui-même étant l’un président, l’autre trésorier de l’Association des journalistes du Rwanda. Le Président Habyarimana avait du reste fini par demander l’expulsion du père Theunis du pays en raison des positions qu’il défendait, ce que certains semblent avoir oublié, si jamais même ils l’ont su.

Le Président Paul Quilès a souligné que c’est en raison de son expérience que le père Guy Theunis était aujourd’hui entendu par la mission d’information.

M. Pierre Brana a insisté sur le fait que le génocide rwandais devait représenter une plaie vive au coeur de l’Eglise catholique car la population était christianisée à plus de 90 %. Il a demandé à quelle date a commencé ce que l’on pourrait appeler une certaine fascisation sous la forme d’une propagande raciste anti-tutsie, si on avait une idée du moment à partir duquel a commencé la planification du génocide et s’il était plausible d’imaginer que deux millions de Rwandais aient participé à un crime de sang.

M. Pierre Brana a également demandé au père Guy Theunis quelle signification il attachait à l’existence d’un onzième corps en plus de ceux des dix soldats belges et pourquoi il avait autant insisté sur le rôle de l’informateur Jean-Pierre.

Le père Guy Theunis a tout d’abord demandé que les députés veuillent bien l’excuser d’avoir parfois réagi trop fortement à leurs remarques mais il est vrai que le Rwanda demeure une plaie vive. Il a présenté le Rwanda comme un pays où la population se dit plus chrétienne qu’elle ne l’est. Mais on retrouve ailleurs en Afrique centrale, au Burundi, en Ouganda, à l’est du Zaïre, une proportion de chrétiens similaire à celle du Rwanda. Au Rwanda, les Pères Blancs sont arrivés en même temps que les Allemands et jusqu’au départ de ces derniers en 1916, les Pères Blancs étaient plus nombreux qu’eux dans le pays. Les écoles, les centres de santé et de développement, les foyers sociaux étaient entre les mains de l’Eglise catholique gérés par elle. Cette situation a continué avec les Belges.

Le père Guy Theunis a rappelé que le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND) avait été fondé le 5 juillet 1975 et que dès 1976, certaines personnalités ont émis des doutes sur sa nature. Il faut toutefois attendre 1980 pour que les premières difficultés apparaissent avec la diffusion de certains tracts et l’emprisonnement de M. Théoneste Lizinde. Le processus de fascisation est fondé sur un système de parti unique qui conduit à un régime politique militarisé, un de ces régimes que les Occidentaux se plaisent parfois à favoriser au détriment de la démocratie.

Le père Guy Theunis a nié qu’il y ait eu une propagande anti-tutsie organisée par le pouvoir mais qu’il convenait plutôt de parler de déclarations d’hommes de pouvoir. La plus malheureuse a été celle de M. Ferdinand Nahimana, le directeur de l’Office rwandais d’information (ORINFOR), en mars 1992, qui fut à l’origine des massacres de la région du Bugesera. Il y a eu en revanche une véritable propagande anti-tutsie à la Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM) mais celle-ci avait un statut de radio libre privée. Cette radio, constituée en réaction au limogeage de M. Nahimana, a commencé à émettre à partir d’août 1993. Elle employait de nombreuses personnes liées au pouvoir qui voulaient retrouver un canal d’expression et était installée à Kigali près de la présidence. Les mots d’ordre anti-tutsis ne furent toutefois lancés qu’à partir du 15 avril 1994 et leur reprise par la radio RTLM ont contribué alors à l’amplification du génocide. Pour combattre cette radio, le projet d’une radio catholique avait été conçu. Il avait bénéficié d’une autorisation d’émettre mais les moyens techniques n’étaient pas disponibles sur place.

Le père Guy Theunis a considéré qu’il n’y avait pas eu de planification du génocide en tant que tel mais plutôt planification des massacres politiques. Dans ce pays quadrillé, des listes circulaient, écrites ou pas, préparées dans chaque cellule du MRND, mais elles établissaient des distinctions et n’avaient pas le caractère indifférencié d’une démarche de génocide.

Le père Guy Theunis a expliqué que les massacres étaient commis par des commandos de trente à quarante personnes réunies autour de quelques militaires ou membres de Interahamwe, non pas pour tuer, mais pour voler et piller, voire par curiosité. Le chiffre de deux millions est une estimation exagérée du nombre de Rwandais ayant commis un crime de sang. Il y a en prison aujourd’hui au Rwanda environ 150 000 personnes. Certes, de nombreux responsables du génocide sont partis à l’étranger ou ne sont pas rentrés du Zaïre, où ils entretiennent une situation de rébellion à l’égard du gouvernement de Kigali, mais il ne faut pas confondre les divers degrés de responsabilité. La loi rwandaise, qui distingue quatre catégories de crime, devrait contribuer à clarifier la situation, en accordant un sort différent à tous ceux, nombreux, qui pauvres ou désoeuvrés, se sont livrés à des violences et des destructions de gravité variable.

Le père Guy Theunis a estimé qu’il était important d’identifier le onzième corps car cela permettrait de savoir quelles autres personnes, en dehors des forces en place, sont intervenues au Rwanda. Ce corps a été autopsié à Nairobi à la demande des militaires belges mais la page qui permettrait de l’identifier a été arrachée du registre. Le père Guy Theunis s’est dit persuadé que le compte rendu de cette autopsie se trouvait dans un ministère belge. Ce que l’on sait, c’est qu’il s’agit d’un Blanc, peut-être d’un Français.

Le Président Paul Quilès a rétorqué qu’il pouvait être également d’une autre nationalité, ce dont a convenu le père Guy Theunis.

Le père Guy Theunis a rappelé que Jean-Pierre, personnalité trouble qui vit toujours à Kigali, avait donné des informations fiables, en indiquant par exemple l’endroit où se trouvaient les armes qui ont été distribuées à la population par le MRND et qu’il avait, le premier, parlé d’événements graves à venir. Les ambassades, qui ont toutes refusé d’accorder une protection à Jean-Pierre, savaient beaucoup plus de choses dès janvier 1994, qu’il n’en savait lui-même.

M. Kofi Yamgnane a demandé comment le père Guy Theunis pouvait expliquer qu’il y ait eu une véritable participation populaire au génocide, y compris de représentants de l’Eglise catholique en tant que Hutus.

Le père Guy Theunis a rappelé que le système foncier étatisé rwandais permettait à l’autorité communale d’enlever leur terre aux paysans, qui n’en étaient pas propriétaires. Aussi était-il très difficile aux paysans, par ailleurs traditionnellement très soumis, de refuser de suivre un bourgmestre et de prendre le risque économique d’être dépossédés. En outre, certains ont profité des événements pour s’emparer de la terre du voisin.

Mais l’élément le plus déterminant a été la radio RTLM et son endoctrinement idéologique, facilité par le fait que les gens étaient mal informés. Peu savaient lire. Leur seul moyen d’information était la radio . Ils ne savaient pas la vérité. Pour les réfugiés dans les camps, le FPR était l’auteur de tous les massacres. La BBC ou Voice of America n’émettaient pas à l’époque en kinyarwanda, la première radio à le faire fut la radio Amahoro (pour la paix).

Enfin, le père Guy Theunis a mis en avant les rivalités locales, tout en insistant sur le fait que la différenciation entre Tutsis et Hutus relève davantage de la simple convention que de la réalité ethnique. Un frère et une soeur peuvent être l’un Hutu et l’autre Tutsi car si l’ethnie à laquelle on appartient après le mariage légal est celle du père, avant le mariage, c’est celle de la mère. Toutefois, il est vrai que les réflexes ethniques ont joué, même si la situation, particulièrement au centre et au sud, était très complexe, certains étant aujourd’hui rejetés des deux côtés.

Rappelant que l’Eglise catholique constituait au Rwanda " un Etat dans l’Etat " et qu’elle était responsable de l’éducation, M. Michel Voisin a souhaité savoir si les programmes éducatifs qu’elle établissait faisaient référence aux précédents génocides qui avaient eu lieu depuis le début des années cinquante. Il s’est également interrogé sur l’accueil favorable réservé par l’Eglise à l’abbé Wenceslas Munyashyaka accueilli actuellement dans l’Eure et dont on dit qu’il a pris une part importante dans les événements.

Le père Guy Theunis s’est demandé qui pouvait répondre à ces questions. Il a indiqué que la mère de l’abbé Wenceslas Munyashyaka tutsie était toujours vivante alors que son père hutu avait été tué à Kigali. Il a précisé que le père Wenceslas Munyashyaka avait sauvé 18 000 personnes dans sa paroisse à Kigali. Comme il n’avait pas de réserves, il a sûrement pillé pour les nourrir. On lui a déconseillé d’attendre le FPR et il s’est réfugié dans un camp où là aussi il risquait sa vie pour avoir sauvé des Tutsis, il était donc menacé par les extrémistes des deux côtés. Les milices Interahamwe souhaitaient sa mort. Un évêque français a pris la responsabilité de l’accueillir en Europe, compte tenu de sa situation et de ce qu’il avait fait. Il n’est donc pas honnête de le présenter comme on le fait parfois. Le père Wenceslas Munyashyaka n’a jamais été en Belgique et est arrivé directement en France. Il avait été désigné comme responsable de la radio d’Eglise qui devait être mise en place à Kigali pour contrer la RTLM. Mais, en raison des oppositions des autorités de l’Etat et de l’archevêque de Kigali, les moyens techniques et matériels pour émettre n’ont jamais été obtenus.

Après que M. Kofi Yamgnane eut demandé qui protégeait le père Wenceslas Munyashyaka maintenant, le père Guy Theunis a ajouté que deux prêtres venaient d’être condamnés à mort mais qu’il ignorait s’ils avaient participé au génocide. Ces deux prêtres sont restés en fonction jusqu’à leur arrestation, en novembre 1996 pour l’un, le 30 juin 1997 pour l’autre, et ils n’ont pas été inquiétés jusqu’à cette date. Lorsque les massacres ont eu lieu dans la paroisse de Nyange où ils étaient présents, ils ont été enfermés par les milices Interahamwe qui ont, elles, commis les tueries. Par crainte de représailles, aucune personne n’est venue témoigner à leur procès en leur faveur.

Le père Guy Theunis, tout en se déclarant contre la peine de mort, de surcroît exécutée en public, a estimé pour autant qu’il était normal de sanctionner les auteurs du génocide. Il a toutefois indiqué que les autorités rwandaises avaient condamné à mort et exécuté en public l’ancien procureur de Kigali qui n’était pas impliqué directement dans les massacres, autant que l’on sache, et qu’il s’agissait donc plus dans ce cas d’une condamnation politique que d’un acte de justice.

M. Yves Dauge a souhaité savoir si la présence de troupes belges et françaises aurait pu éviter le génocide et a demandé au père Guy Theunis s’il considérait que le retrait des soldats français au profit d’une intervention des Nations Unies, comme le prévoyaient les accords d’Arusha, dont la France avait activement encouragé l’élaboration, constituait selon lui une catastrophe.

Le père Guy Theunis a indiqué que, présent à l’aéroport où il avait été conduit pour reconnaître des personnes, il avait pu constater que les troupes françaises présentes dans le cadre de l’opération Amaryllis et les troupes belges présentes au titre de l’opération Silver Back disposaient de matériels très performants, dont des hélicoptères leur permettant d’aller récupérer des ressortissants français et d’autres pays, alors que les 450 hommes de la MINUAR étaient mal équipés. Les soldats belges sont intervenus à certains endroits, devant le stade Amahoro, où ils ont failli être tués, ils ont tiré dans la foule et pendant 24 heures il n’y a eu aucune action des FAR ou des miliciens. Il en aurait peut-être été différemment si la garde présidentielle avait été en face. Il s’est à nouveau dit convaincu que l’intervention des soldats belges ou français aurait été efficace et aurait pu éviter le génocide. L’efficacité des militaires occidentaux a été évidente durant l’opération Turquoise face à des armées mal entraînées et peu courageuses. Ni les FAR, ni le FPR ne sont intervenus en avril 1994 quand les chars ou les hélicoptères des forces occidentales sont allés récupérer des ressortissants étrangers.

M. Jacques Myard a rappelé que les évêques rwandais n’avaient pas été les seuls à agir en faveur des accords d’Arusha, le Gouvernement français ayant constamment concouru lui aussi aux négociations. Il a fait remarquer qu’une intervention armée unilatérale nécessitait une décision ou un mandat de l’ONU ou d’une organisation internationale, sauf à recommencer la colonisation. La France ne pouvait donc demeurer au Rwanda. Il a affirmé que les propos tenus par le père Guy Theunis l’avaient gêné et donnaient l’impression d’une recherche du sensationnel. Il a ainsi jugé que l’évocation du suicide de M. François de Grossouvre ou du rôle du Capitaine Barril était déplacée et que des questions aussi pointillistes que celles qu’il avait posées finissaient par faire douter de sa volonté de comprendre ce qui s’est passé.

Le père Guy Theunis a indiqué que, depuis 1994, il essayait de comprendre les événements qui se sont déroulés au Rwanda où il a vécu 25 ans et qu’il avait témoigné devant la Commission d’enquête du Sénat belge pour clarifier un certain nombre de points. Il a souhaité que la mission d’information française soit transformée en commission d’enquête pour progresser dans la compréhension des faits. La communauté internationale a démissionné au Burundi après les massacres successifs à l’assassinat du président démocratiquement élu, M. Melchior Ndadaye, en octobre 1993, mais n’avait pas de responsabilité en tant que telle. Au Rwanda, le vote du Conseil de Sécurité des Nations Unies a donné un mandat à une force internationale, la MINUAR qui devait garantir la paix. La responsabilité de la communauté internationale était engagée et notamment celle des Etats qui ont voté les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU ou qui, comme la France ou la Belgique, ont envoyé des troupes au Rwanda. Les accords d’Arusha ont pu être élaborés grâce aux pays occidentaux qui étaient partie prenante à leur mise en oeuvre. La MINUAR était liée à ces accords d’Arusha dont elle devait garantir l’application, ce qui engageait bien la responsabilité de la communauté internationale.

Source : Assemblée nationale. http://www.assemblee-nationale.fr




42 UN MESSAGE DE MADELEINE RAFFIN

Posté le 21.11.2007 par perewenceslas
30 ANNEES PASSES AU RWANDA


20 novembre 2007.
Après le 20 octobre, date du colloque France Rwanda, organisé à Paris par le club Démocraties,
Après le 19 novembre, date de la projection sur Canal + du Film intitulé "TURQUOISE", lequel interprète d'une tout autre manière l'action des militaires français, se limitant aux 15 premiers jours de cette opération menée sous l'égide de l'ONU,
Une parole à des amis et lecteurs de quelqu'un qui a été obligé de quitter le Rwanda voici 10 ans et qui ne renie rien de ses 30 ans passés au Rwanda.

Dire la vérité sur l'action de la France, spécialement de Turquoise, du moins sur ce que j'en ai vu, ne signifie pas que j'en soie venue à renier tous mes souvenirs, toutes mes amitiés, tout ce que je dois à tant d'amis qui ne sont plus là.

30 années passées dans un pays qui vous a accueilli et dont vous parlez la langue, tant de familles qui vous ont reçu et vous ont initié à ce qui fait encore et toujours leurs valeurs, cela ne s'efface pas d'un coup d'éponge.

Quand le pays a subitement sombré dans l'horreur, je ne l'ai pas quitté. Responsable du service Caritas (Secours Catholique) dans le diocèse catholique de Gikongoro, j'ai fait ce que j'ai pu pour en aider le plus possible. Au mois d'avril 94, il ne faisait pas bon circuler sur les routes de la préfecture de Gikongoro, pour apporter de la nourriture à des déplacés à Kaduha, Cyanika, Murambi... refusant de transporter des gens armés, bravant sans cesse les barrages de miliciens qui finissaient par m'ouvrir le passage, emmenant même avec moi quelques personnes que j'ai pu cacher et qui sont toujours vivantes.

Personne n'a vu les larmes que j'ai pu verser et dont la source est tarie, tant elles ont coulé. J'ai simplement compris qu'il fallait continuer, pour aider à survivre tous les autres. Si je ne pouvais en sauver des milliers, il fallait faire le possible au moins pour quelques uns.

Au début juin 94, nous avions tout partagé, d'abord avec les gens massés dans les paroisses qui fuyaient les "interahamwe" (ceux qui se mettent ensemble pour tuer)), puis les réfugiés venus de tout le pays fuyant d'autres massacres, ceux des militaires du FPR (Front Patriotique Rwandais).

J'ai vu le moment où nous aussi, nous allions mourir de faim, parce que le monde nous avait oubliés. Et voila qu'une visite inespérée venue de Bujumbura, envoyée par le réseau Caritas vient nous dire qu'ils sont prêts à braver tous les dangers des routes pour nous apporter des vivres!

Ainsi quand je suis retournée dans le camp des déplacés, j'ai pu dire aux enfants qui m'assaillaient que "des camions vont arriver"!

Ces gens démunis de tout, effrayés les uns par les miliciens, les autres par les soldats du FPR, dont on me décrivait l'horreur des massacres qu'ils avaient perpétrés dans le nord du pays, ils avaient faim, ils avaient peur, qui étaient-ils? des tutsis? des hutus? c'était des rwandais, en danger comme moi. Si nous tombions, notre sang aurait la même couleur.

C'est au nom de notre commune humanité que nous avons tout partagé. Si vous voulez, appelez cela négationnisme, jugez vous-mêmes.

Madeleine RAFFIN

http://madraffin.centerblog.net

43 QUI EST LE GENERAL EMMANUEL HABYARIMANA ?

Posté le 14.04.2008 par perewenceslas
L'HISTOIRE DE NOTRE AMI LE GENERAL EMMANUEL HABYARIMANA

Kigali gronde Berne pour des fadaises


Pour le Rwanda, il est inadmissible que la Suisse ait délivré des visas à des officiers «félons».

Emmanuel Habyarimana est aujourd'hui réfugié en Suisse. Il est l'ancien ministre de la Défense de Paul Kagame (à gauche). Ce dernier, président du Rwanda, cherche aujourd'hui à faire passer l'ancien militaire pour un félon aux yeux de Berne.

Les autorités rwandaises sont fâchées contre la Suisse. Elles l'ont fait savoir à la délégation helvétique menée par l'ambassadeur Walter Fust, directeur de l'Aide suisse au développement (DDC), qui a visité ce pays en janvier dernier. Une étrange histoire provoque l'ire de Kigali: il y a deux ans, la Suisse aurait généreusement distribué une vingtaine de visas à des opposants au régime de Paul Kagame, président du Rwanda.


Berne aurait notamment permis la fuite de plusieurs militaires de haut rang, dont le général Emmanuel Habyarimana, ancien ministre de la Défense de Paul Kagame. Ce général de brigade porte le même nom que l'ancien chef d'Etat Juvénal Habyarimana, tué lors du crash de l'avion présidentiel en avril 1994, juste avant le génocide hutu contre les Tutsi. L'ex-ministre est accusé de «divisionnisme», c'est-à-dire d'attiser la haine entre Hutu et Tutsi, les deux ethnies du pays. Selon un rapport du Parlement rwandais, cet «extrémiste hutu» aurait dû rendre des comptes et témoigner de ses actions passées.

Roger de Diesbach

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Un certain affolement

A la fin mars 2003, toujours selon les autorités de Kigali, le général Habyarimana a pris la fuite pour l'Ouganda avec sa maîtresse et deux officiers, le colonel Ndengeyinka, député à l'Assemblée nationale, et le lieutenant Alphonse Ndayambaje. Alors que Berne passe à Kigali pour avare en matière de visas distribués, les fugitifs ont obtenu rapidement quatre visas pour la Suisse. Plus tard, la représentante de la Suisse au Rwanda a reçu l'ordre de délivrer treize visas à différents membres des familles et autres proches des militaires.


Dernièrement enfin, avec les Etats-Unis et d'autres pays européens, la Suisse a accueilli des militants de la Ligue rwandaise pour la promotion et la défense des droits de l'homme (LIPRODHOR), traqués par le régime de Kigali. Le rôle courageux de Pierre Combernous, ambassadeur de Suisse au Kenya, en charge du Rwanda, aurait permis d'ouvrir la porte de l'asile à ces militants en fuite. C'est pour cette raison, murmure-t-on, que l'ambassadeur Combernous aurait été prié de ne pas accompagner Walter Fust lors de son périple rwandais, ce qui est peu usuel. A écouter les silences gênés de Berne, on se demande si le conflit du Rwanda ne déchire pas aussi le Département fédéral des affaires étrangères.

Les autorités rwandaises, de leur côté, ont fait savoir à la délégation suisse qu'elles jugeaient inadmissible que Berne ait donné aussi rapidement des visas aux officiers félons. Elles ont ajouté qu'Habyarimana en aurait profité pour rejoindre au Congo l'armée des ennemis du pays. Un certain affolement a soufflé sur la délégation suisse qui a promis de se renseigner, ce qui fut fait sans tarder. Elle s'est dit que l'ordre de distribuer ces visas ne pouvait venir que de très haut, et de lorgner vers les services de renseignements helvétiques...


Autre son de cloche

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Enquête faite, la réalité est toute différente et c'est l'ancien Office fédéral des réfugiés qui a décidé de délivrer ces visas. Avec raison. Si le président Paul Kagame voulait «écarter» son ministre de la Défense, ce n'est pas parce que ce dernier était rattrapé par son passé «monstrueux». Au contraire, le général devenait de plus en plus populaire dans l'armée et l'opinion publique en majorité hutu. C'est donc bien le rival, et non pas le félon, qu'il fallait écarter avant les élections rwandaises d'août 2003.


Selon la journaliste belge Colette Braeckman, l'une des meilleures observatrices de la scène rwandaise, «le général Habyarimana fut longtemps considéré comme un exemple au Rwanda, tout comme le colonel Ndengeyinka, député à l'Assemblée nationale. Ces deux officiers supérieurs hutu, anciens membres des Forces armées rwandaises (FAR) du régime Habyarimana, étaient parfaitement réintégrés dans la nouvelle armée nationale de Kigali».


la vengeance du régime

Les deux hommes ont tout quitté en quelques heures, craignant d'être arrêtés ou liquidés. Ils ont raconté le 13 juin 2003 leur désappointement au journal «Le Soir». Après s'être engagés dans la réconciliation nationale, ils disent avoir ouvert les yeux face aux coups portés contre de nombreux Hutu modérés qui avaient opté pour le nouveau régime de Paul Kagame. Le premier ministre Twagiramungu a été écarté. Puis il y a eu l'assassinat à Nairobi de Seth Sendashonga, un Hutu également, l'un des fondateurs du FPR (l'organisation militaire de Kagame).


Depuis, le général Habyarimana est réfugié en Suisse (lire ci-dessous) et, au Rwanda, la vengeance du régime est retombée sur ses proches. Le 1er avril 2003, un de ses amis, le général Augustin Ngirabatware, avait été arrêté et mis au secret. Damien Musayidizi, son secrétaire lorsqu'il était ministre de la Défense, a «disparu» le 3 avril. Augustin Cyiza, conseiller d'Habyarimana lorsqu'il était ministre de la Défense, militant des droits de l'homme reconnu au niveau international et vice-président de la Cour suprême, a été enlevé à Kigali le 23 avril 2003 et vraisemblablement assassiné. RdD

RdD/DR

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«Kagame doit répondre de ses crimes»


Le général Emmanuel Habyarimana ne se bat pas contre les troupes de son propre pays au Congo. Il est réfugié avec sa famille en Valais, à Sion, et prend des cours à l'Institut européen de l'Université de Genève.

«La Liberté»: Selon le gouvernement Kagame, vous seriez un extrémiste hutu, dangereux pour l'unité nationale?

Emmanuel Habyarimana:


- Lorsque j'étais réfugié à Kampala, ils m'ont même traité de génocidaire. Durant l'ancien régime du président Juvénal Habyarimana, avec lequel je n'ai aucun lien de parenté, j'ai été jeté en prison, le 27 octobre 1990. J'y suis resté une année pour intelligence avec l'ennemi, c'est-à-dire avec le FPR de Paul Kagame, actuel président du Rwanda, avant de passer devant un conseil de guerre qui m'a blanchi. Bien que je sois diplômé de l'Ecole royale militaire de Belgique, ils n'ont pas voulu me réintégrer dans l'armée. De fin 1991 à 1994, j'ai été directeur des sports.

Et pendant le génocide?

- Quand la guerre génocidaire a éclaté en 94, j'étais au nord-est du Rwanda, à Nyagatare, où plus de 20 000 fugitifs tutsi étaient regroupés. J'ai été réintégré dans l'armée alors même que Kigali envoyait des autobus de militants chargés de massacrer ces Tutsi. J'ai refoulé les tueurs et sauvé ces réfugiés, leur permettant de s'enfuir vers l'Ouganda voisin. Après diverses mésaventures, je me suis retrouvé à Kigeme où les massacres avaient déjà commencé. On a arrêté les tueries et protégé les fugitifs. Avec d'autres officiers, nous avons publié la Déclaration de Kigeme contre le génocide, mais aussi contre les massacres du FPR qui tuait depuis 1990 chaque fois qu'il passait quelque part. En juillet 94, le gouvernement hutu a levé contre nous une expédition punitive. Nous avons été attaqués par la garde présidentielle et sauvés de justesse par les Français de l'opération «Turquoise».

Vous auriez pu demander l'asile en Europe?

- Oui. Mais je suis rentré à Kigali le 29 juillet 94. Après trois mois de camp de réadaptation, j'ai été réintégré dans les rangs de l'Armée patriotique rwandaise, la branche armée du FPR. J'ai représenté l'armée à l'Assemblée nationale et réorganisé la justice et l'administration militaire. J'ai travaillé directement avec Kagame. Il m'exploitait mais je n'en souffrais pas car j'avais l'impression de participer à la stabilisation du pays. Secrétaire général, puis secrétaire d'Etat, je suis devenu ministre de la Défense lorsque Kagame a quitté ce poste pour devenir président.

Et les problèmes ont commencé?

- J'ai réorganisé le statut des militaires et me suis opposé à l'avancement que Kagame voulait donner à des Tutsi ougandais, des officiers de sa famille ou des proches qui avaient du sang sur les mains, comme Fred Fbingira nommé général de la Division Kiga-Kitarama alors qu'il a été condamné pour les massacres de Kibeho. C'est aujourd'hui le bras droit du président. Je me suis aussi opposé à la poursuite des tueries au Congo et me suis battu pour le respect des droits de l'homme, de l'Etat de droit et de la justice. Une loi qui introduisait le Forum des partis stipulait qu'un parti politique ne pouvait se réunir que sous les auspices du FPR. J'ai dit ouvertement que c'était le début du totalitarisme. Je me suis aussi opposé à la privatisation et à la vente à des proches de Kagame de plantations de thé. Créées il y a trente ans, elles appartenaient à la population.

Vous deveniez pour Kagame un rival dangereux?

- Kagame a eu peur que je pose ma candidature aux élections d'août 2003, alors qu'il savait que je n'étais d'aucun parti politique. Soldat d'abord, je n'avais d'ailleurs pas le droit d'adhérer à un parti. Au Rwanda, les Hutu sont bien plus nombreux que les Tutsi. Ma candidature et ma respectabilité pouvaient donc représenter un risque pour le président tutsi. Ils m'ont accusé de «divisionnisme», moi qui lutte depuis toujours pour la réconciliation. Sous Habyarimana, j'ai obtenu que des Tutsi soient réintégrés dans l'armée. J'ai fait de même pour des militaires hutu sous Kagame.


Propos recueillis par RdD

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«La Suisse doit s'investir pour la paix»

Dans la nuit du 1er avril 2003, averti de sa proche arrestation par une dame tutsi, Emmanuel Habyarimana prend la fuite à pied pour l'Ouganda avec deux officiers. La dame a fait de même deux semaines après, déguisée en bonne soeur. «Mais à Kampala, on a refusé de nous garder en Ouganda», explique-t-il. «Nous avons demandé des visas à plusieurs pays. Comme la Suisse a réagi la première, nous avons pris l'avion pour Genève d'où l'on nous a conduits au Centre de Vallorbe, puis en Valais. Nous avons depuis lors reçu l'asile politique et obtenu 13 visas au nom du regroupement familial.» Aujourd'hui, l'ex-ministre se dit heureux de l'accueil que la Suisse lui a réservé. «Mais je pense que votre pays devrait s'investir pour le rétablissement de la paix dans la région des Grands Lacs.»


Amer, découragé, il ne l'est pas. «Je suis convaincu que la justice finira par triompher. Paul Kagame est un criminel qui devra répondre un jour de ses crimes, tout comme les génocidaires. Il ne pourra pas y avoir de réconciliation au Rwanda tant que l'impunité régnera.» RdD
Document source:
laliberte.ch Author:la liberte.ch
Our URL:http://www.barundi.org

45 6 AVRIL JOURNEE DU RECUEILLEMENT

Posté le 03.04.2008 par perewenceslas
Le Collectif des Jeunes pour la Vérité et la Justice au Rwanda en collaboration avec COSAR, AVICA, CRF et le CLIIR vous invitent, en date du 06 Avril 2008, à une journée de recueillement devant le palais de la justice pour qu’ensemble nous commémorions toutes les victimes de la tragédie rwandaise et que nous demandions ensemble non seulement que la lumière soit ENTIEREMENT faite sur les événements qui ont emportés les nôtres et endeuillés notre pays mais également qu’une justice équitable soit faite pour CHACUNE de ces victimes.
Dans cet esprit de commémoration nous vous demandons de venir vêtu d’un vêtement blanc (t-shirt, chemise, pull,…). Nous vous attendons nombreux pour qu’ensemble nous puissions défendre nos droits !

« Le mal ne triomphe jamais que par l’inaction des gens de bonne volonté »

Le Journée de recueillement aura lieu à la place Poelaert (en face du palais de la justice) à partir de 13h jusqu’à 15h30. Cette commémoration sera suivie à 16h d’une messe en hommage à tous ceux qui nous ont quittés.


51 PIERRE PEAN Interview à l'Express

Posté le 29.03.2008 par perewenceslas
PIERRE PEAN : JE SUIS UN REVISIONNISTE car quand l'histoire est truquée, il faut la réviser


Pierre Péan interviewé par l'Express
Noires Fureurs, Blancs menteurs
Edition Mille et Une Nuits

Pierre Péan propose une relecture troublante de la «vérité officielle» qui a cours depuis onze ans sur le génocide de 1994. Il s'en explique : Le 6 avril 1994, un missile sol-air pulvérise le Falcon 50 du président rwandais Juvénal Habyarimana. L'attentat, qui lui coûtera la vie ainsi qu'à son homologue burundais, déclenche un génocide fatal à près de 1 million de Tutsi et de Hutu réfractaires à la dérive ethnique du régime. Dans un livre enquête iconoclaste, Pierre Péan s'efforce d'éclairer les zones d'ombre de la vérité officielle. Il souligne la responsabilité des rebelles tutsi du Front patriotique rwandais (FPR) et de leur chef, Paul Kagamé, dans le crash, l'ampleur des représailles exercées par le nouveau pouvoir contre les Hutu, et dénonce le «mauvais procès» fait à la France, accusée, à tort selon lui, de complicité.

"Il fallait quelqu'un comme Péan, qui est farouchement indépendant, qui n'a peur de personne, pour rétablir faits et vérité" Hubert Védrine - Le Journal du Mardi (Bruxelles).Que vous le vouliez ou non, cet ouvrage vous vaudra de figurer dans les rangs des «révisionnistes» du génocide, en exécrable compagnie. Comment sortir du piège?
Je l'indique dans un avertissement au lecteur, non publié: je sais que je serai classé, au mieux parmi les révisionnistes, au pire chez les négationnistes. Mon espoir étant de ne figurer que dans la première catégorie. Ce que j'assume, car, lorsque l'Histoire est à ce point truquée, la seule façon de reprendre le chemin de la vérité, c'est de la réviser. Mon intention est bien de procéder à une relecture des faits. Je ne nie pas ce qui s'est passé. Je ne remets pas en question le génocide des Tutsi. Je le replace dans une histoire dont j'explore la face cachée.

La vérité officielle serait-elle pur mensonge?
Mon but est de rééquilibrer la vision de cette tragédie. Si ce livre peut déclencher de nouvelles enquêtes à partir de l'attentat qui fut fatal au président rwandais Juvénal Habyarimana et à son homologue burundais, tant mieux. Je veux aussi montrer que cet attentat n'est que l'un des épisodes du processus de conquête du pouvoir amorcé dès 1990 par le Front patriotique rwandais de Paul Kagamé.[/COLOR][/b]


Pourquoi vous attardez-vous tant sur Jean Carbonare, ancien président de l'association Survie?

Parce que son impact, celui de ses larmes télévisées au 20 Heures, a été bien plus important qu'on ne l'imagine. Jusqu'à déstabiliser alors l'entourage de François Mitterrand. Car, au début de 1993, c'est fini. La France a décidé de quitter le Rwanda et de passer le relais à l'ONU. Elle y reviendra dans un autre contexte. En France, le mot «génocide», dès qu'il apparaît, tétanise bien des acteurs clefs du dossier.

«Par sa volonté d'accéder au pouvoir, Paul Kagamé est le premier responsable» Pierre Péan

Vous dénoncez aussi le chercheur Jean-Pierre Chrétien.
Lui m'importe dès lors qu'il passe pour la référence absolue, invoquée dans tous les rapports de toutes les missions. Depuis onze ans, pas un livre sur le sujet qui ne s'inspire des travaux de cet universitaire militant, enclin à mélanger les casquettes.


Vous traitez de façon minimaliste les Interahamwe, ces miliciens hutu qui ont fourni le gros de la troupe des massacreurs. Pourquoi?
Je les inscris dans le phénomène plus général des milices dont se dotent tous les partis. Je relativise leur spécificité. Là encore, il s'agit d'une remise en perspective.

Selon vous, il y a eu, depuis 1990, plus de Hutu que de Tutsi assassinés. Sur quoi repose cette conviction?

Je la maintiens. Elle repose notamment sur les études de l'ancien ministre de la Défense de Paul Kagamé, Emmanuel Habyarimana, et sur les recherches de Joseph Matata, militant des droits de l'homme. De même, des documents du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés [UNHCR] et des dépêches émanant de divers ambassadeurs attestent que le FPR a fait passer pour des victimes tutsi des Hutu massacrés par ses hommes.

Vos témoignages sont pour le moins sélectifs.

Ils le sont par définition, puisque je les sélectionne. Voilà onze ans que règne la vérité dominante. il est normal d'éclairer l'autre face de la pièce. Jamais, dans aucun écrit, je n'ai prétendu à l'objectivité. Mieux, je revendique ma subjectivité.

A vous lire, le bras de fer a opposé Habyarimana, le saint homme, à Kagamé, l'incarnation du mal. Un peu simpliste, non?

A partir d'avril 1992, et jusqu'à l'assassinat du président burundais Melchior Ndadaye, en octobre 1993, il est clair que le président rwandais est dépouillé de l'essentiel de ses pouvoirs. Après, il y a scission dans son entourage et restauration d'un système Habyarimana. S'agissant de Paul Kagamé, j'estime que, par sa volonté d'accéder au pouvoir, il est le premier responsable d'une authentique tragédie. Pour trois raisons: il attaque par les armes à l'automne 1990; il manipule opinions et décideurs en commanditant des actions terroristes attribuées aux miliciens hutu; il orchestre l'attentat contre le Falcon 50 d'Habyarimana, sachant pertinemment que l'événement déclenchera des massacres dans son propre camp, aux dépens de Tutsi de l'intérieur qu'il tient pour des «collabos». En revanche, je ne dis pas qu'il savait l'ampleur que prendraient les représailles. Je ne vois pas un personnage en Afrique à qui l'on peut imputer une telle hécatombe.

Vous évoquez de «prétendus escadrons de la mort». Pourquoi «prétendus»?

J'affirme ceci: il n'y a pas eu d'escadrons de la mort tels que décrits par le témoin Janvier Afrika, souvent cité par les adeptes de la vérité officielle. En clair, il s'agit de phalanges de tueurs téléguidés par la présidence à la faveur de réunions tenues dans une synagogue de Kigali en présence d'Agathe, l'épouse d'Habyarimana.

Comment pouvez-vous nier que le génocide était planifié? Il y avait des deux côtés des listes d'ennemis à liquider. Je n'appelle pas cela une planification.


Lancée par Paris, l'opération Turquoise reste pour le moins controversée. Quelle était sa véritable vocation? Mon enquête montre que l'opération, lancée notamment à l'initiative d'Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères, obéissait à un dessein humanitaire. Et que, globalement, l'armée française ne peut être accusée de complicité de génocide. C'est un procès ignominieux. L'attitude de la France a été respectable. Elle a légitimé le FPR comme force politique et a vraiment pesé sur Habyarimana dans le sens de l'ouverture et de la démocratisation. Voilà au moins ce qu'était sa stratégie.

Vous écrivez que, avant Turquoise, les conseillers militaires français des Forces armées rwandaises (FAR) ont «frôlé» l'engagement direct contre le FPR.

Le mot est faible… J'écris aussi qu'il s'agit d'un understatement, une litote. En 1992-1993, par exemple, des militaires français assurent pendant des semaines tous les réglages de deux batteries d'artillerie, l'une venue d'Egypte, l'autre de Bangui [République centrafricaine]. Leurs partenaires rwandais n'ont qu'à appuyer sur le bouton.

Pourquoi le rapport du juge Jean-Louis Bruguière, bouclé depuis près de deux ans et qui conclut à la responsabilité du FPR dans l'assassinat d'Habyarimana, ne sort-il pas?

C'est une question centrale à laquelle je ne peux répondre. Le document est finalisé, et on l'attend toujours. Difficile de ne pas s'interroger.

Vous décrivez une «étrange mission» accomplie par des soldats belges à la veille de l'attentat du 6 avril 1994. Pensez-vous qu'ils sont impliqués dans ses préparatifs?

Bizarrement, personne n'est allé au bout de cette histoire. Pas même la commission d'enquête du Sénat belge. Pourquoi? Mystère. On sait que tous les cadres du FPR étaient informés de la date de l'attentat; on sait aussi qu'à cette époque le contingent belge convoyait certains d'entre eux dans ses véhicules. S'il y a suspicion, elle naît du traitement réservé à ces informations.

A vos yeux, la presse, française ou belge, a péché par candeur ou par parti pris. Facile à dire, une décennie plus tard et de Paris.

Je ne jette pas la pierre à ceux qui ont vécu l'horreur et ont alors été emportés par l'émotion. Mais je m'interroge sur ceux qui, onze ans après, refusent de se remettre en question.

De nombreux prêtres catholiques ont été accusés de complicité de génocide. Ils ont parfois été poursuivis. Méritent-ils tous ce sort?

Je ne peux me prononcer sur tous les cas. J'en ai étudié un à fond. J'ai la conviction absolue que les accusations portées contre le père Wenceslas, réfugié en France, sont honteuses et inadmissibles. Les procédés employés par ses procureurs - calomnie, harcèlement jusque dans son église en plein baptême - rappellent de très mauvais souvenirs. Que des universitaires ou des avocats de renom se prêtent à ce genre de montage est intolérable


L'Express du 01/12/2005, propos recueillis par Vincent Hugeux.
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