Thèmes

antoinenyetera bahutu banyarwanda batutsi braeckman bruxelles tabassée bugabira burundi cadavres carladelponte christiaandebeule colette

Rubriques

>> Toutes les rubriques <<
· A COMITE DE VIGILANCE POUR LA PRESOMPTION D'INNOCENCE ET UN JUGEMENT EN FRANCE DU PERE WENCESLAS (9)
· B ACTUALITES (302)
· C PIERRE PEAN (9)
· COMMUNIQUES DU CLIIR (12)
· D ARCHIVES (16)
· L'EGLISE DU RWANDA VICTIME (1)
· PROMESSE DE DONS (2)

Rechercher
Derniers commentaires

le père serge johan desouter éclaire les plus sceptiques dans son témoignage à arusha sur ce lien: http://www....
(Voir la suite)
Par Anonyme, le 03.11.2009

si la belgique ne reconnaît plus les gacaca, c'est sûrement en raison de ses remords pronds quant à son soutie...
(Voir la suite)
Par Bonnet, le 30.10.2009

hobeeeeeeeee,j'a imerai de ne pas vous dire k s8 j et d' ou je s8 ,ok 2 ma par je me souvient j'etait a butare...
(Voir la suite)
Par Anonyme, le 21.10.2009

je suis la fille de lucie umukundwa et je vie avec elle en france et on retourneras au rwanda en 2011...
(Voir la suite)
Par cyeza collette pac, le 14.10.2009

moi j'adore ce mec là, péan. c'est vrai que moi aussi je ne reconnais plus la légitimité du président de sos r...
(Voir la suite)
Par Mbaga Tuzinde, le 11.09.2009

ndabaramutsa mwese abasoma izi témoignages. g erard sina ndamuzi, ni umuntu mwiza azi kwakira avantu kandi az...
(Voir la suite)
Par anonyme, le 10.09.2009

je remercie vivement le courage de kaneza alice. vouos avez osé dire la vérité sur murashi sagahutu. qui est v...
(Voir la suite)
Par anonyme, le 03.09.2009

mon nom est alice, j'avais déjà écrit sur le jugement de l'abbé edouard alias simba sur le site iwacu. je reco...
(Voir la suite)
Par Kaneza Alice, le 11.08.2009

un élément clé qui explique l’attribution de ces prix à l'assassin kagame ainsi que la traînée d'adeptes dans ...
(Voir la suite)
Par JP Munyarukato, le 08.08.2009

je remercie la personne qui a raconté le déroulement du procès de l'abéée sekamana. de mëme? nous faisons appe...
(Voir la suite)
Par Anonyme, le 04.08.2009

Articles les plus lus

· Père Wenceslas
· 171 L'ESPAGNE POURSUIT 40 MILITAIRES RWANDAIS
· 170 MANIFESTTION A BRUXELLES
· 40 LA MISSION CACHEE DU GENERAL DALLAIRE
· 57 LETTRE OUVERTE A BERNARD KOUCHNER

· 188 Hubert Vedrine agressé en pleine rue
· 194 ANNULATION DE L'ORDONNANCE D'EXTRADITION
· 187 LE RWANDA NUMERO 1
· 186 EXTRADITION D'ISSAC KAMALI
· 24 SIMULACRE DE PROCES GACACA DE L'ABBE NDAGIJMANA
· 117- LE RAPPORT MUCYO PUBLIE LE 5 AOUT
· 43 QUI EST LE GENERAL EMMANUEL HABYARIMANA ?
· 183 FLORENCE HARTMANN EX PORTE PAROLE DU TPIR
· 176 LE RWANDA REFUSE UN VISA A UN JOURNALISTE
· 21 ARRESTATION DE MONSEIGNEUR MISAGO

Voir plus
 

Statistiques

Date de création : 17.09.2007
Dernière mise à jour : 05.11.2009
354 articles


Blogs et sites préférés

· Ecoutez Radio Ubumanzi
· JMV Ndagjimana
· musabyimana.be
· Sources du Nil


c PIERRE PEAN

10 PIERRE PEAN RELAXE SOS RACISME DEBOUTE

Publié le 07/11/2008 à 12:00 par perewenceslas
10 PIERRE PEAN RELAXE SOS RACISME DEBOUTE
Affaire Pierre Péan, SOS Racisme débouté

le Jugement complet du Procès en pdf

Selon nos confrères de Paris, Le tribunal correctionnel de Paris vient de relaxé l’écrivain Pierre Péan qui était poursuivi pour “complicité de diffamation raciale” et “complicité de provocation à la discrimination raciale” à la suite de la publication en 2005 du livre “Noires fureurs, blancs menteurs” (Ed. Fayard) sur le génocide rwandais. La maison d’édition Fayard a également été relaxée.

Il était reproché notamment à Pierre Péan de reprendre dans son ouvrage les accusations attribuant aux Tutsis une “culture du mensonge et de la dissimulation”.

Le tribunal a estimé “que la formulation +culture du mensonge et de la dissimulation+, aussi brutale qu’elle puisse apparaître, spécialement pour les victimes d’un génocide, ne peut être considérée comme l’imputation d’un fait précis visant à jeter le discrédit sur l’ensemble des Tutsis”.

Les juges ont souligné en outre “que si l’auteur attribue principalement aux Tutsis ce particularisme culturel, il le prête également aux Hutus et plus généralement aux Rwandais”.

Au nom de Pierre Péan, Me Florence Bourg a salué “une victoire de la liberté d’expression, du vrai débat d’idées sur un sujet très difficile”

SOS Racisme avait déposé une plainte en octobre 2006, reprochant à Pierre Péan d’avoir écrit que les Tutsis avaient recours au mensonge et à la dissimulation ou étaient des professionnels de la manipulation, l’écrivain citant parfois d’autres auteurs dans les pages poursuivies.

L’avocat de SOS Racisme, Léon Lef Forster, a fait part de sa “grande tristesse” après cette décision et a annoncé immédiatement annoncé qu’il ferait appel.



Source

Lire l'article sur www.jambonews. net

Lire sous ce lien: Péan gagne son procès



11 Péan : SOS Racisme se trompe de cible

Publié le 18/10/2008 à 12:00 par perewenceslas
11 Péan : SOS Racisme se trompe de cible
Robert Ménard fondateur de Reporters sans frontièreset Hervé Deguine journaliste et témoin de la défense.

Source

«Un demi-siècle de combat contre la discrimination raciale et pour les droits de l’homme ne suffit pas à garantir une immunité antiraciste à Pierre Péan», ecrivait Christophe Ayad dan s Libération, le 24 septembre. Mais un quart de siècle du même combat n’immunise pas davantage SOS Racisme de la cécité. En poursuivant son ancien parrain devant la XVIIe chambre correctionnelle pour «diffamation raciale» et «incitation à la haine raciale», l’organisation présidée par Dominique Sopo s’égare. Au plus grand profit du régime dictatorial qui sévit au Rwanda.

Péan publie en 2005 un livre qui remet en cause l’histoire officielle du Rwanda (Noires fureurs, blancs menteurs, Fayard). Il explique que ce ne sont pas les extrémistes hutus qui ont assassiné le président Habyarimana le 6 avril 1994 dans le but de perpétrer le génocide des Tutsis - thèse défendue par le régime actuel. Au contraire, il affirme que c’est le Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagame qui a commis l’attentat, sachant qu’il entraînerait le pays dans le chaos. Stratégie cynique, puisqu’elle coûta la vie à 600 000 Tutsis, tués par des extrémistes hutus, et, par la suite, à des centaines de milliers de Hutus, assassinés par le FPR. Mais stratégie efficace, puisqu’aujourd’hui Kagame et le FPR règnent sur le Rwanda.

Cette thèse n’est pas nouvelle : des universitaires (Reyntjens, Guichaoua), des journalistes (Smith), des témoins (Ruzibiza) l’ont déjà défendue. Mais Péan lui donne un écho inédit. Pourtant, ce n’est pas à cette thèse que s’attaque SOS Racisme, mais à quatre lignes figurant dans l’introduction du livre : «…il est important d’ajouter […] que le Rwanda est aussi le pays des mille leurres, tant la culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes les autres chez les Tutsis, et, dans une moindre part, par imprégnation, chez les Hutus.» La formulation est maladroite. On comprend qu’elle ait pu blesser. Mais plus simpliste encore est l’interprétation qu’en donne SOS Racisme : selon Sopo, Péan traiterait les Tutsis de menteurs et inciterait à la haine raciale. Seule une lecture spécieuse de ce texte permet une telle interprétation. En évoquant le poids du mensonge et de la dissimulation dans la culture rwandaise, chez les Tutsis et chez les Hutus, il ne fait que reprendre un fait établi par les spécialistes. Il y a même un mot en kinyarwanda, la langue nationale, pour exprimer ce concept : ubgenge, qui signifie «une forme particulière d’intelligence, qui vise l’acquisition d’avantages matériels et sociaux par quelque moyen que ce soit. L’équivalent en français le plus acceptable serait fourberie, si ce terme n’avait pas une connotation péjorative, alors que celle d’ubgenge est admirative… A défaut de substantif, le français possède un adjectif assez équivalent : malin» (Coupez, 1970). Au Rwanda, l’art de la dissimulation est valorisé. Savoir tromper son adversaire est un signe d’éducation. Cette culture est une réalité de fait, n’en déplaise à SOS Racisme. Fallait-il porter ce débat devant un tribunal ? Les responsables de SOS Racisme n’ont-ils pas fait preuve d’aveuglement, sinon de malveillance ?

En tout cas, l’organisation antiraciste - dont les avocats sont ceux de trois proches de Kagame inculpés par le juge Bruguière pour leur participation présumée dans l’attentat du 6 avril 1994 - a rendu service à ceux qui veulent dissimuler le débat soulevé par la thèse de Péan derrière un nuage de fumée. La procédure judiciaire, la polémique sur le prétendu racisme de Péan et de son éditeur, l’assimilation de son livre à Mein Kampf par un témoin de l’accusation, dispensent de s’interroger sur le cœur du sujet : oui ou non Kagame et le FPR sont-ils responsables de l’attentat du 6 avril 1994 ?

Le livre de Péan ne clôt pas le sujet. D’autres enquêtes journalistiques et historiques sont nécessaires. Ce n’est pas en se faisant le relais de ceux qui empêchent d’avancer sur ce terrain que l’on fera progresser la vérité. Ce n’est pas respecter les victimes des massacres qui ont marqué le Rwanda depuis le début de la guerre civile en 1990 que de faire obstacle à ces recherches par une guérilla judiciaire.



95 LE

Publié le 30/09/2008 à 12:00 par perewenceslas
95 LE
Coup de boule
mardi 30 septembre par Séverin Buzinet
Cette fois, nous y sommes. Au nom de l’antiracisme, dans un procès bien artificiel pour
« diffamation raciale », un témoin de l’accusation, donc de SOS Racisme, a jugé utile de comparer le journaliste et auteur Pierre Péan à Hitler, puisque son livre sur le Rwanda, si l’on remplace les mots « tutsis » par « juifs », lui a paru ressembler comme deux gouttes d’eau à Mein Kampf…Ce qui est plus ou moins le cas de La Guerre des boutons, si on remplace « ceux de Longeverne » par « SS ». Une bêtise aussi monstrueuse donne envie de plier ses lunettes, d’aller au lit et de ne plus jamais donner de coup de boule contre rien. On est au bout du bout, à la verticale du vide, et SOS Racisme, qui déjà, ces derniers temps, ne se signalait pas par sa finesse, dégringole cette fois en bas de la falaise.
Il y a des tas de choses qu’il ne faut jamais dire sur l’Afrique. Des choses simples. Par exemple, qu’on y pratique l’excision avec la bénédiction des imams. Que depuis la fin de la colonisation, ce continent a utilisé sept cent fois plus de balles que la seconde guerre mondiale. Que l’on y trouve des guerres de religion « à l’ancienne » absolument spectaculaires, avec famines, massacres, dévastations atroces et Dieu qui reconnaîtra les siens (je vous rappelle que nous devons nous repentir des Croisades). Que la corruption est généralisée, qu’on marie les filles (souvent très jeunes) contre leur gré et une liasse de billets, et qu’ici ou là, l’esclavage existe encore (oh pardon, il ne faut jamais dire non plus que l’esclavage existait en Afrique avant que les blancs s’en occupent). Que les Droits de l’Homme, que tout les bons esprits réclamaient avec des clochettes au Tibet et autour du stade Olympique, ne sont pas mieux connus dans une tripotée d’Etats africains qu’en Birmanie (dont on parle) ou au Turkménistan (dont on parle très peu). Mais je n’ai encore jamais vu personne nier totalement que le tribalisme engendrait des comportements inadmissibles, et nourrissait une culture potentiellement sanguinaire. Voilà dans quel contexte culturel un génocide a eu lieu. Est-ce que les pratiques politiques ont changé depuis lors ?

Voilà où est le drame, voilà où se joue le racisme ordinaire, et certainement pas dans un bouquin de Péan ou d’un autre journaliste essayant de décrire ce merdier. Lequel Péan, qui a tout de même de sacrées références humanistes et professionnelles, est accusé (avec une violence incompréhensible) de « diffamation raciale » (comment peut-elle être raciale, puisque les races n’existent pas ?) pour avoir écrit que les Tutsis avaient une « culture du mensonge ». Et les Siciliens, une culture de l’omerta. Et les Marseillais, une culture de l’anisette. Et les Sarkozy, une culture du bling-bling. On se demande pourquoi SOS Racisme mégote son soutien à ces groupes humains fragilisés par l’insulte et la discrimination. D’autant plus que la culture du mensonge, c’est très bien vu en politique, tout le monde vous le dira. Je ne donnerai pas d’exemple pour ne pas me prendre un procès dans la gueule.

Résultat des courses, l’association SOS Racisme s’est une fois de plus fourvoyée en envoyant à la barre ce fin connaisseur des écrits d’Hitler. Si pour plaider sa cause, elle en est réduite à cautionner de tels délires, qu’en sera-t-il demain ? Certains parlent d’un règlement de compte téléguidé par Kigali, que Kouchner courtise, et qui, dit-on, emploie les mêmes avocats que SOS-racisme. Ce serait abominable, je préfère ne pas y penser. Car ce qui attriste, c’est que des organisations fondamentalement utiles et nécessaires dans une démocratie semblent n’avoir désormais, pour raison d’exister, que la pratique du procès. Leur cadre de vie, c’est le prétoire. Leur pensée, c’est l’incrimination. Avec quels résultats ? Combien de procès ridicules, combien de non-lieu, combien d’échecs cuisants ? Après Morin, son chien ? Après Siné, son chat ? Après Péan, qui ? Et pendant qu’on traque le penseur, le dessinateur, le journaliste, l’Afrique fabrique des dictateurs… qu’on ne jugera sans doute jamais.

Bakchich.info du 30 septembre 2008



PIERRE PEAN : INTERVIEW

Publié le 26/09/2008 à 12:00 par perewenceslas
PIERRE PEAN : INTERVIEW
PIERRE PEAN : INTERVIEW DANS LE JOURNAL DU MARDI



Genocide de 1994 au Rwanda: Interview de Pierre Pean - " le Journal du mardi" n° 243 du 22 novembre 2005
Pierre Péan, «Noires fureurs, blancs menteurs. Rwanda 1990-1994. enquête», Mille et une nuits, Paris, 2005, 544 pages.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Je suis sensibilisé au Rwanda depuis très longtemps. Ma fille vivait au Burundi voisin. Et j’ai vécu en direct les événements à travers mon téléphone. J’entendais les balles siffler à l’hôtel des milles collines à Kigali, lorsqu’un universitaire m’a appelé pour essayer de sauver les cinq enfants d’Agathe le premier ministre issu de l’opposition au président Habyarimana qui venait d’être assassiné. J’ai transmis la demande à l’Elysée qui a donné les instructions pour les sauver. A l ‘époque, je travaillait à mon livre su François Mitterrand, Une jeunesse française. J’ai discuté avec lui et me souviens d’une phrase en particulier : « savez-vous que les tutsis massacre aussi ? ». J’ai toujours regretté de n’avoir rien pu en faire un livre dès 1994, mais il était impossible d’écrire deux livres en même temps. En 1997, j’ai publié un premier papier dans la revue Actuel pour expliquer que l’attentat contre Habyarimana était l’œuvre de Kagamé. Mais à l’époque je suis resté très réservé parce que c’était à contre-courant.


Sur quel Base à ce moment ?
Un des amis africains a été en relation avec un des membres du network commando qui a descendu l’avion présidentiel, l’élément déclencheur des principaux massacres. Donc en 1997 j’avais la certitude du fait j’ai republié un très long article en 2000, qui allait presque aussi loin que les constatation du juge Bruguière. Je suis donc resté très sensibilisé.


Il y a aussi une volonté de rétablir l’image de la France dans ce drame, et celle de François Mitterrand ?
La France était très présente par certains comme l’Allemagne, l’armée française comme des Waffen SS, et François Mitterrand comme Hitler. Ce sont des termes qui ont été utilisé. Mais au delà de cela, il y’a le fait que le système explicatif qui a été distillé petit à petit dans les associations de défense des droits fondamentaux et de développement, est une immense imposture. C’st donc un ensemble de raisons qui ont fait que j’y suis allé, finalement, alors que personne ne voulait y aller.


Il est toujours hasardeux d’interpréter les actes des Etats de l’extérieur. Mais en l’occurrence, vous apportez des documents semi-officiels inédits…
J’ai eu accès à la presque totalité des papiers de François Mitterrand. Les rapports qui lui étaient adressés, les procès-verbaux des réunions du gouvernement de l’époque, les notes et les appréciations qu’il y opposait etc.


Comment expliquer que la France se soit aussi mollement défendue ?
On peut critiquer la France dans ce dossier : pourquoi s’est-elle engagé, pourquoi n’a-t-elle pas réussi…
Mais de là à affirmer qu’elle est complice de génocide… ce n’est plus du même ordre. On n’est plus dans la critique mais dans l’odieuse accusation. Je n’ai jamais compris pourquoi la France a pris toutes ces critiques sans vraiment réagir, même si j’ai évidement des éléments de réponses. Je pense que le mot « génocide » a tétanisé tout le monde, en France comme ailleurs. Dès qu’on critiquait l version officiel, on risquait d’être traité de négationniste. Il y’a eu ensuite, la cohabitation entre le président de gauche (Mitterrand) et le gouvernement de droite (Edouard Balladur). Toute l’opération « Turquoise » se déroule durant cette cohabitation, on voit bien les hésitations. Et ensuite vient Jacques Chirac, qui ne veut plus entendre parler de Mitterrand, et de Balladur. Donc le champ était ouvert pour que toutes les attaques aient eu lieu, sans qu’il y’ait de réaction.


Qu’est ce qui vous a le plus impressionné dans cette enquête ?
C’est le première fois qu’il m’arrive de voir des gens baraqués, pas des coquelicots, de voir ces gens pleurer, dès qu’on aborde ce sujet-là. Il faut tout de même s’imaginer que tous ceux qui ont fait l’opération « Turquoise », lorsqu’ils sont rentrés chez eux, on les a accusés de complicité de génocide. C’est quelque chose d’une violence incroyable. Ils se sont tus pendant plus de dix ans, et n’ont accepté de parler que parce qu’ils ont sentis que j’abordait ce dossier avec honnêteté. J’ai gardé le souvenir de Bruno Delaye alors patron de la cellule africaine de l’Elysée, les larmes aux yeux, s’interrogeant à haute voix : « qu’est ce qu’on pu faire pour mériter de telles accusations ? »


Comment expliquer que l’accusation ait aussi facilement « pris » ?
Il y’a une culpabilité coloniale qui reste très forte dans beaucoup de milieux, qui l’a emporté sur toute autre considération. Cela entrait dans le rôle coloniale de la France, que d’aucuns désignent sous le terme de la « Françafrique ». alors que les choses ont changé depuis longtemps...


Est-ce que le débat sur le concept de « génocide » et son extension à d’autres massacres que la Shoa a pesé ?
Bien sûr, on comprend bien certains réflexes, en particulier celui du « plus jamais ça ! ».
Mais il y’a eu un dévoiement absolument incroyable. Et certains milieux juifs (en Belgique le CCLJ,centre Communautaire Laïc juif , ndlr ) se sont laissé abuser. Or, quand on se penche sur les faits, on constate qu’il n y a aucune correspondance entre ce qui s’est passé en Europe et ce qui s’est passé au Rwanda.

Dans un cas , il y a une guerre aux méthodes absolument terribles, et dans l’autre cas , des bourreaux veulent anéantir un peuple. On a voulu assimiler les deux, alors cela n’est pas du tout du même ordre.


Vous concluez qu’il y’a eu deux génocides au Rwanda ?
J’affirme seulement que le génocide tel qu’il est décrit ne correspond pas à la réalité, ce qui ne veut dire évidement pas dire que je nie les choses horribles qui se sont passé au Rwanda. Mais je pense que ce n’est qu’une partie de la vérité, il convient de tout relire depuis le 1er octobre 1990.


Par rapport à vos autres enquêtes qui ont toutes donné lieu à controverse, celle-ce est elle particulière ?
J’ai le sentiment qu’un mur peut être encore plus difficile à percer. En Belgique, mais en France aussi. Il ne faut pas oublier que depuis 1994, on répète à tout le monde qu’en dehors des deux acteurs principaux, il y’a deux responsables : l’Eglise catholique et la France. Je n’ai strictement rien à rapprocher à tous les journalistes qui, pendant l’été 1994 ont véhiculé certaines idées sous le coup de l’émotion : j’aurais sans doute fait la même chose. Le problème, c’est après. C’est pour cela que je consacre tout un chapitre à une journaliste belge qui a beaucoup d’influence même en France (Collette Braeckman du journal le « soir », ndlr).

C’est elle qui a été le plus loin dans des affirmations unilatérales et carrément mensongères.
La vérité a ses droits, elle devait de toute façon finir par éclater petit à petit, au gré de la publication de témoignages sur la période et sur le régime de Kagamé. Mais au bout du compte, il restera tout de même un vrai problème : le rôle des journalistes, et leur rapport à la vérité depuis ces dix dernières années.


Une nouvelle fois les médias en sortent gravement déconsidérés.
Oui c’est vrai en France comme en Belgique entier. Emotion et vérité sont deux choses différentes. L’émotion est respectable, mais ne conduit pas nécessairement vers la vérité.


La Belgique occupe une large part dans votre enquête…
Au départ, la question du Rwanda a été traitée en Belgique comme une affaire belgo belge. Les libéraux se sont saisis du dossier pour ferrailler contre les démocrates-chrétiens et de l’Eglise catholique qui soutenaient Habyarimana, le Président du Rwanda.

Ils ont pris le parti du FPR qu’ils ont traité comme un mouvement de libération. Et, jusqu’aujourd’hui, leur soutien n’a jamais manqué à Paul Kagamé. Ils ont constamment accepté puis imposé sa vision truquée de l’histoire. Ce parti pris a été particulièrement visible lors de la commission d’enquête sénatoriale sur le Rwanda où rien n’a été fait pour faire la lumière sur la mission Lotin et sur l’attentat contre l’avion d’Habyarimana, qui est pourtant le facteur déclenchant du génocide. La gestion du dossier Rwanda a contribué à ramener les libéraux au pouvoir.


Votre conclusion
Dans cette histoire, il n y’a pas de méchants. Il y’a une guerre. Avec des méthodes qui nous dépassent complètement. A la fois en termes de violences mais aussi en termes de propagande. On a sous-estimé Kagamé. Et la communauté internationale s’est tellement engagée à ses côtés, qu’il est compliqué de se déjuger maintenant. J’étais content de terminer cette enquête. Tellement il y’ a un côté écoeurant de trouver à quel point on a utilisé la désinformation trompé les bons sentiments des gens. Beaucoup d’acteurs pétris de bons sentiments -d’autres pas– ont joué avec le feu.

Merci à
Abatabizi bicwa no kutabimenya.Nikozitambirwa

LE PROCES SOS RACISME CONTRE PIERRE PEAN

Publié le 26/09/2008 à 12:00 par perewenceslas
LE PROCES SOS RACISME CONTRE PIERRE PEAN
Le génocide rwandais au coeur d'un procès contre Pierre Péan à Paris
ROMANDIE NEWS

PARIS - La justice française se penche depuis mardi, et ce jusqu'à jeudi, sur le génocide rwandais, à l'occasion du procès à Paris de l'écrivain Pierre Péan, poursuivi pour diffamation et incitation à la haine raciale pour son ouvrage sur le Rwanda "Noires fureurs, blancs menteurs".

La publication chez Fayard en novembre 2005 de ce livre consacré au génocide rwandais --qui en 1994 a fait selon l'ONU 800.000 morts, essentiellement issus de la minorité tutsie-- avait entraîné en octobre 2006 le dépôt d'une plainte de l'association SOS Racisme.

Au coeur de la polémique: le "mensonge" des Tutsis. L'association et le ministère public reprochent en effet à Pierre Péan d'affirmer que les Tutsis recourent systématiquement au "mensonge" et à la "dissimulation", auxquels ils seraient formés "dès leur plus tendre enfance".

"Enquêter sur le Rwanda relève du pari impossible tant le mensonge et la dissimulation ont été élevés par les vainqueurs au rang des arts majeurs", observe ainsi l'écrivain dans son ouvrage.

Le président de SOS Racisme Dominique Sopo, à l'origine de la plainte, a réfuté mardi tout téléguidage de Kigali, soulignant le caractère "particulièrement grave" des propos de l'écrivain, étant donné "le crédit" dont il est habituellement gratifié.

Pour Pierre Péan, cette plainte de SOS Racisme est une réelle "flétrissure". "Depuis trois ans, je suis traîné dans la boue. Au mieux, je suis traité de raciste, au pire de négationniste. Tout ça est insupportable et d'ailleurs je ne l'ai pas supporté. Deux mois après ma mise en examen, j'ai eu une crise cardiaque", a-t-il raconté aux magistrats de la 17e chambre.

"A 67 ans, j'aurais pété les plombs pour d'un seul coup nourrir une haine inexpugnable à l'égard des Tutsis? Cela n'a aucun sens", a-t-il argué.

"Indigné et consterné", l'éditeur Claude Durand, de son côté, a critiqué l'attitude de SOS Racisme, qui soudain se retourne contre deux hommes qui ont derrière eux "un demi-siècle de combat contre la discrimination". C'est comme des soldats qui recevraient "des balles dans le dos tirées dans leur propre camp".

Pris à parti sur son absence d'enquête au Rwanda, Pierre Péan a rétorqué ne pas y être allé "volontairement", car il "considère que le régime rwandais est une dictature sanguinaire": "à quoi sert d'aller interroger des témoins alors qu'ils ont peur de leur parole?"

Selon le journaliste et écrivain, "cette culture du mensonge" est au Rwanda, tant chez les Hutus que chez les Tutsis, "quelque chose de totalement ordinaire et fondamental".

Appelé à témoigner, l'historien belge Filip Reyntjens a lui-même confirmé qu'il s'agissait d'"un phénomène historique" qui "aujourd'hui a atteint l'entièreté des Rwandais".

D'ici à jeudi soir, une trentaine de témoins --historiens, universitaires, hommes politiques tels le député Bernard Debré ou l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine-- se relaieront à la barre. La décision sera alors mise en délibéré.

(©AFP / 23 septembre 2008 18h32)
ROMANDIE NEWS
**************************

L'écrivain Pierre Péan jugé pour diffamation raciale

AP - Mardi 23 septembre, 19h17
PARIS - L'écrivain Pierre Péan, 70 ans, jugé par devant le tribunal correctionnel de Paris pour diffamation et incitation à la discrimination raciale à la suite de la publication en novembre 2005 de son livre "Noires fureurs et blancs menteurs", a déclaré mardi vivre ces poursuites comme une "flétrissure" plus grave qu'une "marque au fer rouge".

Cet ouvrage publié chez Fayard dans la collection Mille et une nuits et consacré au génocide rwandais a suscité une certaine controverse en France, une plainte étant déposée en octobre 2006 par SOS Racisme.

Celle-ci reproche à Pierre Péan d'avoir écrit que les Tutsis avaient recours au mensonge et à la dissimulation dans le seul but de tromper la communauté internationale de la justesse de leur cause.

"J'ai été traîné dans la boue, au mieux je suis traité de raciste, au pire de négationniste", a-t-il dit à la barre estimant que SOS Racisme, dont il fut l'un des parrains à la création du mouvement, a été manipulé par "le régime actuel dictatorial de Kigali".

L'écrivain a rappelé son passé de militant tiers-mondiste, sa connaissance de l'Afrique, ses engagements anti-coloniaux. "A 67 ans, j'aurais pété les plombs pour nourrir une haine inexpugnable à l'égard des Tutsis? Ca n'a pas de sens", a-t-il exposé au tribunal.

Interrogé sur son enquête, l'écrivain a expliqué avoir, "compte tenu de la nature du régime", interrogé de nombreux exilés, qu'ils soient Tutsis ou Hutus. A l'un des avocats de la partie civile qui lui reprochait de ne pas s'être déplacé au Rwanda, Pierre Péan a rétorqué: "le régime rwandais est une dictature sanguinaire. Pourquoi interroger des témoins qui ont peur de leur parole?"

Pierre Péan a expliqué avoir voulu faire une relecture de la "version officielle", celle d'un "génocide commis par des Hutus contre des Tutsis" face à l'entreprise de désinformation menée selon lui par le régime actuel de Kigali dirigé par Paul Kagame.

Claude Durand, le PDG des éditions Fayard, a fait part de son "indignation" et de sa "consternation" après la plainte de SOS Racisme qu'il a vécu comme les "soldats qui reçoivent des balles dans le dos tirées de leur propre camp".

L'historien belge, Filip Reyntjens, cité comme témoin, a évoqué cette culture du mensonge au Rwanda comme un "phénomène historique". Le procès doit durer jusqu'à jeudi. Le tribunal doit entendre notamment comme témoin jeudi Hubert Védrine, ancien secrétaire général de l'Elysée en 1994, et Bernard Debré, ministre de la Coopération à partir de septembre 1994. AP


*******************************

Pierre Péan accusé d'avoir réécrit Mein Kampf


PARIS (AFP) — L'écrivain-enquêteur français Pierre Péan, poursuivi en justice pour son livre sur le génocide rwandais, a fondu en larmes, mercredi, au deuxième jour de son procès, après qu'un des témoins l'eut comparé à un négationniste.

C'est l'intervention de l'ancien président de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), Benjamin Abtan, qui a déstabilisé le prévenu qui depuis mardi répond devant le tribunal de Paris de diffamation et d'incitation à la haine raciale pour son ouvrage sur le Rwanda "Noires fureurs, blancs menteurs", publié en novembre 2005 chez Fayard.

Evoquant des rescapés du génocide rwandais qu'il a rencontrés, M. Abtan a affirmé qu'ils "étaient saisis de peur à l'évocation" du nom de Pierre Péan, "une émotion qui dans les références qui sont les miennes ne peuvent que me rappeler l'effet du nom Faurisson sur les rescapés de la Shoah".
Condamné à de nombreuses reprises par la justice française, le négationniste Robert Faurisson conteste depuis plus de 30 ans la réalité de l'Holocauste.

Ayant tenté de remplacer le mot "tutsi" par "juif" dans l'ouvrage de Pierre Péan, l'ancien président de l'UEJF a avoué mercredi n'avoir pu s'empêcher de faire le lien avec Mein Kampf d'Hitler.

Tout en dénonçant "un amalgame intolérable", Pierre Péan a alors fondu en larmes, tandis que le président Philippe Jean-Draeher a suspendu les débats.

Après la suspension de séance, le défilé des témoins a repris. Après l'ancien ministre de la Coopération, Bernard Debré, c'est l'ancien ministre socialiste des Affaires étrangères Hubert Védrine qui est venu soutenir Pierre Péan.

"Je ne vois pas ce que vous lui reprochez", a déclaré M. Védrine, stigmatisant "le mauvais procès" fait à l'écrivain. Ces propos sont peut-être "un peu simplistes", mais ne constituent pas "un scandale horrible".

La publication de cet ouvrage de Pierre Péan consacré au génocide rwandais --qui en 1994 a fait selon l'ONU 800.000 morts, essentiellement issus de la minorité tutsie-- avait entraîné en octobre 2006 le dépôt d'une plainte de l'association SOS Racisme.

L'association et le ministère public reprochent à l'écrivain d'affirmer que les Tutsis recourent systématiquement au "mensonge" et à la "dissimulation".

Le procès doit s'achever jeudi soir et la décision être mise en délibéré.

Copyright © 2008 AFP. Tous droits réservés. Plus »

LE PROCES SOS RACISME CONTRE PIERRE PEAN

Publié le 26/09/2008 à 12:00 par perewenceslas
Le génocide rwandais au coeur d'un procès contre Pierre Péan à Paris
ROMANDIE NEWS

PARIS - La justice française se penche depuis mardi, et ce jusqu'à jeudi, sur le génocide rwandais, à l'occasion du procès à Paris de l'écrivain Pierre Péan, poursuivi pour diffamation et incitation à la haine raciale pour son ouvrage sur le Rwanda "Noires fureurs, blancs menteurs".

La publication chez Fayard en novembre 2005 de ce livre consacré au génocide rwandais --qui en 1994 a fait selon l'ONU 800.000 morts, essentiellement issus de la minorité tutsie-- avait entraîné en octobre 2006 le dépôt d'une plainte de l'association SOS Racisme.

Au coeur de la polémique: le "mensonge" des Tutsis. L'association et le ministère public reprochent en effet à Pierre Péan d'affirmer que les Tutsis recourent systématiquement au "mensonge" et à la "dissimulation", auxquels ils seraient formés "dès leur plus tendre enfance".

"Enquêter sur le Rwanda relève du pari impossible tant le mensonge et la dissimulation ont été élevés par les vainqueurs au rang des arts majeurs", observe ainsi l'écrivain dans son ouvrage.

Le président de SOS Racisme Dominique Sopo, à l'origine de la plainte, a réfuté mardi tout téléguidage de Kigali, soulignant le caractère "particulièrement grave" des propos de l'écrivain, étant donné "le crédit" dont il est habituellement gratifié.

Pour Pierre Péan, cette plainte de SOS Racisme est une réelle "flétrissure". "Depuis trois ans, je suis traîné dans la boue. Au mieux, je suis traité de raciste, au pire de négationniste. Tout ça est insupportable et d'ailleurs je ne l'ai pas supporté. Deux mois après ma mise en examen, j'ai eu une crise cardiaque", a-t-il raconté aux magistrats de la 17e chambre.

"A 67 ans, j'aurais pété les plombs pour d'un seul coup nourrir une haine inexpugnable à l'égard des Tutsis? Cela n'a aucun sens", a-t-il argué.

"Indigné et consterné", l'éditeur Claude Durand, de son côté, a critiqué l'attitude de SOS Racisme, qui soudain se retourne contre deux hommes qui ont derrière eux "un demi-siècle de combat contre la discrimination". C'est comme des soldats qui recevraient "des balles dans le dos tirées dans leur propre camp".

Pris à parti sur son absence d'enquête au Rwanda, Pierre Péan a rétorqué ne pas y être allé "volontairement", car il "considère que le régime rwandais est une dictature sanguinaire": "à quoi sert d'aller interroger des témoins alors qu'ils ont peur de leur parole?"

Selon le journaliste et écrivain, "cette culture du mensonge" est au Rwanda, tant chez les Hutus que chez les Tutsis, "quelque chose de totalement ordinaire et fondamental".

Appelé à témoigner, l'historien belge Filip Reyntjens a lui-même confirmé qu'il s'agissait d'"un phénomène historique" qui "aujourd'hui a atteint l'entièreté des Rwandais".

D'ici à jeudi soir, une trentaine de témoins --historiens, universitaires, hommes politiques tels le député Bernard Debré ou l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine-- se relaieront à la barre. La décision sera alors mise en délibéré.

(©AFP / 23 septembre 2008 18h32)
ROMANDIE NEWS
**************************

L'écrivain Pierre Péan jugé pour diffamation raciale

AP - Mardi 23 septembre, 19h17
PARIS - L'écrivain Pierre Péan, 70 ans, jugé par devant le tribunal correctionnel de Paris pour diffamation et incitation à la discrimination raciale à la suite de la publication en novembre 2005 de son livre "Noires fureurs et blancs menteurs", a déclaré mardi vivre ces poursuites comme une "flétrissure" plus grave qu'une "marque au fer rouge".

Cet ouvrage publié chez Fayard dans la collection Mille et une nuits et consacré au génocide rwandais a suscité une certaine controverse en France, une plainte étant déposée en octobre 2006 par SOS Racisme.

Celle-ci reproche à Pierre Péan d'avoir écrit que les Tutsis avaient recours au mensonge et à la dissimulation dans le seul but de tromper la communauté internationale de la justesse de leur cause.

"J'ai été traîné dans la boue, au mieux je suis traité de raciste, au pire de négationniste", a-t-il dit à la barre estimant que SOS Racisme, dont il fut l'un des parrains à la création du mouvement, a été manipulé par "le régime actuel dictatorial de Kigali".

L'écrivain a rappelé son passé de militant tiers-mondiste, sa connaissance de l'Afrique, ses engagements anti-coloniaux. "A 67 ans, j'aurais pété les plombs pour nourrir une haine inexpugnable à l'égard des Tutsis? Ca n'a pas de sens", a-t-il exposé au tribunal.

Interrogé sur son enquête, l'écrivain a expliqué avoir, "compte tenu de la nature du régime", interrogé de nombreux exilés, qu'ils soient Tutsis ou Hutus. A l'un des avocats de la partie civile qui lui reprochait de ne pas s'être déplacé au Rwanda, Pierre Péan a rétorqué: "le régime rwandais est une dictature sanguinaire. Pourquoi interroger des témoins qui ont peur de leur parole?"

Pierre Péan a expliqué avoir voulu faire une relecture de la "version officielle", celle d'un "génocide commis par des Hutus contre des Tutsis" face à l'entreprise de désinformation menée selon lui par le régime actuel de Kigali dirigé par Paul Kagame.

Claude Durand, le PDG des éditions Fayard, a fait part de son "indignation" et de sa "consternation" après la plainte de SOS Racisme qu'il a vécu comme les "soldats qui reçoivent des balles dans le dos tirées de leur propre camp".

L'historien belge, Filip Reyntjens, cité comme témoin, a évoqué cette culture du mensonge au Rwanda comme un "phénomène historique". Le procès doit durer jusqu'à jeudi. Le tribunal doit entendre notamment comme témoin jeudi Hubert Védrine, ancien secrétaire général de l'Elysée en 1994, et Bernard Debré, ministre de la Coopération à partir de septembre 1994. AP


*******************************

Pierre Péan accusé d'avoir réécrit Mein Kampf


PARIS (AFP) — L'écrivain-enquêteur français Pierre Péan, poursuivi en justice pour son livre sur le génocide rwandais, a fondu en larmes, mercredi, au deuxième jour de son procès, après qu'un des témoins l'eut comparé à un négationniste.

C'est l'intervention de l'ancien président de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), Benjamin Abtan, qui a déstabilisé le prévenu qui depuis mardi répond devant le tribunal de Paris de diffamation et d'incitation à la haine raciale pour son ouvrage sur le Rwanda "Noires fureurs, blancs menteurs", publié en novembre 2005 chez Fayard.

Evoquant des rescapés du génocide rwandais qu'il a rencontrés, M. Abtan a affirmé qu'ils "étaient saisis de peur à l'évocation" du nom de Pierre Péan, "une émotion qui dans les références qui sont les miennes ne peuvent que me rappeler l'effet du nom Faurisson sur les rescapés de la Shoah".
Condamné à de nombreuses reprises par la justice française, le négationniste Robert Faurisson conteste depuis plus de 30 ans la réalité de l'Holocauste.

Ayant tenté de remplacer le mot "tutsi" par "juif" dans l'ouvrage de Pierre Péan, l'ancien président de l'UEJF a avoué mercredi n'avoir pu s'empêcher de faire le lien avec Mein Kampf d'Hitler.

Tout en dénonçant "un amalgame intolérable", Pierre Péan a alors fondu en larmes, tandis que le président Philippe Jean-Draeher a suspendu les débats.

Après la suspension de séance, le défilé des témoins a repris. Après l'ancien ministre de la Coopération, Bernard Debré, c'est l'ancien ministre socialiste des Affaires étrangères Hubert Védrine qui est venu soutenir Pierre Péan.

"Je ne vois pas ce que vous lui reprochez", a déclaré M. Védrine, stigmatisant "le mauvais procès" fait à l'écrivain. Ces propos sont peut-être "un peu simplistes", mais ne constituent pas "un scandale horrible".

La publication de cet ouvrage de Pierre Péan consacré au génocide rwandais --qui en 1994 a fait selon l'ONU 800.000 morts, essentiellement issus de la minorité tutsie-- avait entraîné en octobre 2006 le dépôt d'une plainte de l'association SOS Racisme.

L'association et le ministère public reprochent à l'écrivain d'affirmer que les Tutsis recourent systématiquement au "mensonge" et à la "dissimulation".

Le procès doit s'achever jeudi soir et la décision être mise en délibéré.

Copyright © 2008 AFP. Tous droits réservés. Plus »

QUERELLE autour de la définition du mot « ubwenge »

Publié le 26/09/2008 à 12:00 par perewenceslas
QUERELLE autour de la définition du mot « ubwenge »
Le Tribunal de grande instance de Paris (photo Srett-Flickr- licence cc)

Rwanda : traîné dans la boue, Pierre Péan contre-attaque
Le procès de Pierre Péan, poursuivi par SOS-Racisme pour «diffamation raciale» et «discrimination raciste» à cause de quatre pages de son livre sur le génocide rwandais, s'est ouvert hier à Paris.

«J'éprouve pour les Tutsis et tous les rescapés du génocide perpétré au Rwanda une compassion et un respect infinis.» Poursuivi par SOS-Racisme pour «diffamation raciale» et «discrimination raciste», le journaliste Pierre Péan, costume noir et pochette rouge, a tenu à faire une mise au point, hier, à la barre du tribunal correctionnel de Paris. Il a aussi raconté son amertume d'être depuis trois ans traîné dans la boue, affublé du qualificatif injurieux de négationniste pour un chapitre de son livre «Noires fureurs, blancs menteurs» (1) consacré, notamment, au rapport des Tutsis avec le mensonge.

Puis, plus combatif, l'auteur a accusé Dominique Sopo, le président de SOS-Racisme - dont Pierre Péan fut l'un des parrains - d'agir pour le compte d'Ibuka, l'Association de défense des victimes du génocide rwandais, proche du pouvoir, et d'être totalement manipulé par le «pouvoir dictatorial» de l'actuel président rwandais Paul Kagame. Mis en cause dans le livre de Péan, Paul Kagame est fortement soupçonné par la justice française d'avoir organisé l'attentat qui a coûté la vie à son prédécesseur, le président hutu Habyarimana, le 6 avril 1994. Un attentat qui avait marqué le début du génocide.

Dominique Sopo, défendu par Me Lev Forster, a nié agir sur ordre et a ramené Pierre Péan aux quatre pages de son livre incriminées, « truffées de citations datées de pseudo historiens, pour certains appartenant à l'extrême droite belge». La passe d'armes avait lieu devant une assistance essentiellement composée de Rwandais de la diaspora, Hutus comme Tutsis, visiblement ravis que la justice française, en l'absence de tout procès des auteurs de l'attentat contre Habyarimana, s'intéresse à leur histoire récente.

Les débats, il est vrai, ne manquent pas de sel. Que doit-on juger en ces trois jours d'audience ? Une querelle pointue d'Africanistes. Oui ou non, les Tutsis - et par imprégnation les Hutus - sont-ils élevés dans une culture de la dissimulation et du mensonge, comme l'a écrit Pierre Péan ? Et l'écrire est-il un acte raciste ? Pas simple. Car si dans la tradition occidentale catholique, le mensonge est toujours négatif, il peut en revanche être revendiqué comme protecteur ou « parler beau » dans une culture rwandaise qui a dû longtemps se protéger de la colonisation, comme l'a rappelé Claude Durand, éditeur de Péan et PDG de Fayard. En d'autres termes, les Tutsis ont-ils été atteints de « jésuitisme » ? Ironie de la situation : chaque témoin doit se soumettre à notre immuable rituel tricolore, et jurer de dire la vérité, toute la vérité...

Querelle autour de la définition du mot « ubwenge »
Barbiche grise soigneusement taillée, le sociologue belge Philip Reyntjens - devenu persona non grata au Rwanda depuis qu'il dénonce l'arrogance du président Paul Kagame et sa propagande « mensongère » - a tenté d'initier le tribunal au concept rwandais de l'«ubwenge», ce parler beau qui valorise davantage l'intelligence d'un propos que sa parfaite exactitude. Mais à une question de la partie civile - «raconte-t-on plus de bobards devant les tribunaux rwandais que devant les prétoires français ?» - le docte Belge est resté sec.

Le représentant de l'association Ibuka a tenté de mettre à mal ce témoignage en expliquant que « ubwenge » signifie intelligence, ce qui lui a valu les hochements de tête entendus de l'assistance rwandaise. Mais sa tirade sur la parfaite éducation chrétienne de jeunes Rwandais, et donc leur incapacité totale à mentir, a fini par faire sourire ses compatriotes. «L'intelligence ce n'est pas forcément la vérité. Souvent les Rwandais sont ébahis par la naïveté des Blancs qui leur confient dès leur rencontre leurs soucis personnels. Tutsis et Hutus confondus sont bien plus réservés», glisse l'un d'eux tandis qu'à la barre le responsable d'Ibuka poursuit sur sa lancée, et explique que les Tutsis auraient hérité, chez les anciens colonisateurs blancs, d'une réputation de « fourbes » pour une fumeuse histoire d'audience reportée sine die par l'un de ses rois… On ne sait comment Bernard Debré, ministre de la Coopération en 1994, et l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, qui doivent témoigner aujourd'hui en faveur de Pierre Péan, se tireront de cet exercice de patinage de haut vol. Mais on l'attend avec impatience.
(1) « Noires fureurs, blancs menteurs, Rwanda (1990-1994) ». Editions Mille et une

Grâce à Radio Ukuri, vous pouvez écouter une interview de Pierre Péan et Dr Emmanuel Hakizimana dans l'émission de Radio Canada de Robin Philpot] (passer directement à 1'20")
Voir aussi les Archives de Radio Ukuri notamment des vidéos intéressantes

COMPTE RENDU DE LA 1ère AUDIENCE

Publié le 26/09/2008 à 12:00 par perewenceslas
COMPTE RENDU DE LA 1ère AUDIENCE
Compte-rendu de la première audience

Arthème était présent dans la salle de la XVIIe Chambre du tribunal de grande instance de Paris pour assister à l'ouverture, hier, mardi 23 septembre, à 14 heures, au procès intenté par SOS Racisme représenté par son président, Dominique Sopo, à Pierre Péan et à la Librairie Arthème Fayard, représentée par Claude Durand. Il est reproché aux deux prévenus plusieurs passages des pages 41 à 44 de l'ouvrage Noires fureurs, blancs menteurs. Rwanda 1990-1994, publié en novembre 2005 par les éditions Mille et une nuits (département de Fayard).

Après l'introduction générale du président de la cour, resituant les passages incriminés dans l'ouvrage, la parole a été donnée à Claude Durand. Celui-ci a exprimé les sentiments qu'il a éprouvés au reçu de la plainte de SOS, " sentiments mêlés d'indignation et de consternation ", pour ce qu'il a mené " un demi-siècle de combats et de publications contre les ségrégations et pour les droits de l'homme ". Consternation, car la plainte émane d'un " mouvement dont [il] partage les idéaux qui ont prévalu lors de sa création ". Claude Durand a d'ailleurs rappelé qu'il était en compagnie de Simone Signoret, dans son appartement à deux pas du palais de justice, lorsque des jeunes gens, les fondateurs de SOS, ont sonné à sa porte pour lui demander d'être la marraine du mouvement et pour lui présenter la petite main jaune " Touche pas à mon pote ". Il tient donc la plainte de SOS pour " une balle tirée dans le dos depuis son propre camp ". Il a dit sa " solidarité humaine, personnelle et professionnelle " avec Pierre Péan. A ses yeux, Pierre Péan est, depuis près de 25 ans, un auteur " probe et courageux ". Probité et courage, car celui-ci " a choisi de travailler seul ", sans appui, sans rédaction en chef, pour son propre compte, avec la liberté de choisir ses sujets, malgré les risques, encourus notamment par les siens ; probité et courage, car il travaille sur le terrain. Et de rappeler les nombreuses enquêtes difficiles qu'il a menées à bien, publiées par ses soins, depuis Affaires africaines, en 1982 (d'autres, bien longtemps après lui, ont dénoncé la Françafrique quand il a été l'un des premiers à exposer les " relations complexes et répréhensibles entre de grandes compagnies françaises, des Etats africains et la République gaulliste ". " Qui, le premier, a abordé ces sujets ? "), jusqu'à TF1 et La Face cachée du Monde, en passant par L'Argent noir et Une jeunesse française.
Me Forster a contesté que, dans le dossier rwandais, Pierre Péan ait mené une " enquête de terrain " puisqu'il n'est pas allé au Rwanda. Claude Durand, l'éditeur de Sakharov et Soljénitsyne, lui a répondu qu'il était inutile de se rendre en Union soviétique pour connaître la réalité du régime tout comme il était inutile de se rendre à Cuba pour enquêter sur les prisonniers politiques ou la répression des homosexuels. Il était bien plus utile de voir la dissidence.

***

Après la déclaration de Claude Durand, Pierre Péan a fait la déclaration suivante :

Monsieur le Président,

Je vis ma mise en examen pour incitation à la haine raciale et diffamation raciale comme une flétrissure. Une flétrissure plus grave que la marque au fer rouge de mon ancêtre condamné pour faux-saunage et mort deux ans plus tard au bagne de Brest. Lui n'avait fait que vendre en Mayenne du sel acheté en Bretagne aux seules fins de nourrir sa famille... Ce qui m'est imputé est bien plus grave que d'avoir tenté d'éviter les gabelous pour ne pas payer une taxe inique. Si le droit pénal qualifie l'incitation à la haine raciale de délit, je la considère, quant à moi, comme un crime. Elle aboutit en effet toujours à l'effusion de sang...


Depuis presque trois ans, je suis traîné dans la boue par de nombreux médias -je pense notamment à Charlie-Hebdo qui cisèle les contours d'une liberté d'expression à sa main ; dans le meilleur des cas, j'y suis présenté comme un raciste, mais aussi comme un antisémite, un révisionniste, voire un négationniste, comme ce fut aussi le cas dans Le Point sous la plume de M. Bernard-Henri Lévy.


C'est tout simplement insupportable. D'ailleurs, mon cœur n'a pas supporté ces attaques monstrueuses et injustes. Si vous deviez suivre l'accusation de SOS Racisme, relayant l'association Ibuka, elle-même courroie de transmission du gouvernement de Kigali, c'est toute ma vie, tous mes combats, tous mes engagements que vous rayeriez d'un trait.


Cette affaire m'a amené à regarder en arrière et à me poser beaucoup de questions. Je ne vais pas imposer au Tribunal la relation détaillée d'un demi-siècle d'une vie bien remplie, mais je crois indispensable qu'il sache le rôle important qu'ont joué dans mon parcours mes engagements contre le colonialisme, contre le racisme et pour le développement de ce qu'on appelait alors le tiers-monde. Après avoir milité contre l'Algérie française, participé aux grandes manifestations parisiennes, notamment, celle de Charonne en 1962, je suis parti en Afrique, à la fin de l'année 1962, avec un contrat gabonais - et non français - comme attaché de cabinet du ministre des Finances du Gabon. J'étais et je suis resté longtemps ce qu'on appelait un tiers-mondiste. J'ai vécu au Gabon jusqu'à la fin de l'année 1964, où j'ai milité contre le néo-colonialisme français. Tellement milité que j'ai été contraint de quitter le Gabon plus vite que prévu...


Depuis cette époque, j'ai maintenu des liens constants avec l'Afrique et les Africains. J'ai dû aller pas loin d'une centaine de fois sur le continent ; j'ai écrit plusieurs livres sur les relations entre la France et l'Afrique, dont celui qui m'a révélé au grand public, Affaires africaines, en 1983, mais aussi L'Argent noir, L'Homme de l'ombre, Manipulations africaines, Main basse sur Alger...


J'ai noué et gardé des relations étroites avec de nombreux Africains. J'ai été parrain de SOS Racisme, ai participé avec Christophe Nick à la création de Stop La Violence... L'Afrique était tellement présente à la maison que, dès qu'elle a fini ses études, ma fille s'est installée en Afrique. Elle y vit toujours avec ses trois enfants. Ma femme, que j'ai connue en Afrique, a une filleule congolaise. Ma sœur a épousé un Camerounais, est marraine d'une petite Congolaise, et, dans la communauté africaine de Sablé, elle est affectueusement surnommée " la maman des blacks "...


Malgré ce contexte, j'aurais donc, en 2005, à 67 ans, subitement et brutalement envoyé toutes mes convictions par-dessus bord, et été saisi d'une haine irraisonnée contre les Tutsis, j'aurais soudain mis toute mon énergie à leur faire du mal... Cela n'a évidemment pas de sens. Je respecte les Tutsis comme je respecte tous les citoyens du monde, quelle que soit leur origine, leur couleur ou leur religion, et j'éprouve même à leur égard une très grande compassion, en ayant toujours en tête le génocide qui les a visés en 1994.


Au début de ce procès, et pour apprécier les phrases qui me sont reprochées dans les pages 41 à 44 de mon livre Noires fureurs, blancs menteurs, il est important que le Tribunal comprenne la démarche qui m'a conduit à écrire ce livre.


Comme tout le monde, j'avais été très choqué par les images des massacres à la machette diffusées par toutes les chaînes en avril-mai 1994, massacres qualifiés quelques semaines plus tard de " génocide des Tutsis et des Hutus modérés ". J'ai d'ailleurs été confronté personnellement aux conséquences d'un des premiers meurtres qui ont suivi l'attentat contre l'avion qui transportait les deux présidents rwandais et burundais, dans lequel a péri, le 6 avril 1994, le président Habyarimana : l'assassinat d'Agathe Uwilingiyimana, la Première ministre hutue en exercice. J'ai en effet participé au sauvetage de ses cinq enfants... J'ai suivi avec étonnement les attaques violentes contre la France quand a été décidée l'opération Turquoise ; alors que je terminais mon livre Une jeunesse française, j'ai eu le privilège de recevoir les confidences de François Mitterrand sur le drame rwandais, le 1er juillet 1994, juste avant qu'il ne reçoive Yoweri Museveni, le président de l'Ouganda ; j'ai vu pleurer dans les couloirs de l'Élysée des responsables français de la politique africaine qui ne comprenaient pas pourquoi la France était si violemment attaquée... Mais j'ai surtout, en 1996, reçu les confidences d'un ancien militant panafricain proche d'un des membres FPR du Network Commando qui a monté l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion présidentiel. Attentat qui avait pour objectif la prise de pouvoir par les rebelles du FPR, tutsis dans leur très grande majorité. Attentat dont tout le monde s'accorde à dire qu'il a été le facteur déclenchant du génocide des Tutsis et des Hutus modérés.


À partir de là, j'ai évidemment porté une attention plus grande à tout ce qui se disait et s'écrivait sur le drame rwandais. J'ai écrit avec Jean-François Bizot mon premier article sur ce sujet dans L'Almanach d'Actuel de 1997. Article dans lequel était déjà dit l'essentiel, à savoir que Paul Kagame, patron du renseignement militaire d'Ouganda, était parti d'Ouganda à la tête d'exilés tutsis armés par ce pays pour prendre le pouvoir à Kigali par la force, en 1994. Nous disions aussi que Paul Kagame avait terminé sa conquête en abattant l'avion dans lequel se trouvait le président du Rwanda, et qu'il savait pertinemment qu'en agissant ainsi il déchaînerait la colère des Hutus contre les Tutsis du Rwanda, considérés par eux comme des partisans des rebelles du FPR. Ce n'est pas très élégant de se citer, mais, en la circonstance, je crois que c'est important. Dans Actuel, nous avions notamment écrit ces quelques phrases : " Mettez-vous dans la tête de Kagame au moment où il décide de "dessouder" les deux présidents hutus du Rwanda et du Burundi. Il sait qu'il va précipiter le chaos, enclencher le génocide de son propre peuple, les Tutsis. À deux ans, il a dû fuir le premier génocide [allusion aux exactions de 1959, à l'heure de l'indépendance, qui vit des milliers de Tutsis s'exiler]. Il ne voit pas d'autre solution pour contraindre les Tutsis à l'insurrection. En bon révolutionnaire, il se dit que la fin justifie les moyens. On n'écrit pas l'histoire avec un poignard en caoutchouc. " Je dois dire que ce très long article resta à l'époque sans échos... Personne ne le reprit, pas même pour le contester, ni alors, ni ultérieurement.


L'année d'après, en 1998, à la suite des attaques médiatiques lancées contre la France, relayées par quelques associations - Survie en tête - et par des supporters acharnés du nouveau pouvoir de Kigali, une mission parlementaire d'information a cherché à savoir si politiques et militaires français s'étaient mal comportés au Rwanda. Le rapport Quilès, qui concluait que la France avait peut-être commis des erreurs au Rwanda, mais qu'en aucun cas elle n'avait été complice du génocide, ne calma ni Kigali, ni ses supporters français qui, au contraire, ne cessèrent, après coup, d'élever le niveau de leurs attaques. En omettant bien entendu d'évoquer la responsabilité du Network Commando dans l'attentat du 6 avril 1994...


Dès cette époque, la version de Kigali s'était pratiquement imposée comme la version officielle du drame rwandais. Version qui présente l'avantage d'être simple, je dirai même simpliste. Elle réduit en effet le drame rwandais à une confrontation entre le Mal et le Bien, les Méchants et les Bons, les méchants Hutus et les bons Tutsis... À en croire la vulgate médiatique, et pour faire bonne mesure, les Hutus auraient été dirigés par un " nazi tropical ", aidé par Mitterrand-Hitler et ses Waffen-SS...


En 2000, de plus en plus exaspéré par la propagation de ces contre-vérités manifestes, je tentai de les démasquer en initiant une nouvelle enquête sur les commanditaires de l'attentat du 6 avril, convaincu que la révélation de l'implication de Paul Kagame lui-même dans cet attentat, et donc de sa responsabilité personnelle dans le génocide, pouvait au moins faire réfléchir les gens de bonne foi... Je publiai le résultat de cette enquête dans Le Nouveau Papier journal. L'essentiel des conclusions du juge Bruguière, qui devaient fonder ses mandats d'arrêt internationaux lancés en décembre 2006, s'y trouvait... Mais ce fut un nouveau coup d'épée dans l'eau. Personne n'osa se faire l'écho des résultats de mon enquête. Les télévisions, comme les principaux médias, continuaient d'avaliser les mensonges du chef d'État rwandais que d'aucuns, comme le professeur belge Reyntjens, qui témoignera devant vous, considèrent comme le " plus grand criminel de guerre vivant ". Comme on le vit faire jadis en Union soviétique, les médias continuèrent à donner la parole exclusivement à des " idiots utiles ", comme on les appelait du temps des " compagnons de route ", et à des militants déguisés en témoins. Je ne parle pas ici des récits sincères de survivants qui perdirent toute leur famille dans les massacres, je respecte leur souffrance et leur désir de témoigner ; comme tous les témoins, ils détiennent, eux, un fragment de l'histoire. Mais l'histoire, si elle les englobe, les dépasse grandement, surtout quand elle est encore en train de se faire et que certains instrumentalisent leur souffrance.


Devant ce spectacle, mon irritation a progressivement laissé place à de la colère : car l'installation par la force de Paul Kagame à Kigali n'a pas étanché sa soif de pouvoir. Il a poursuivi la guerre au-delà des frontières du Rwanda, débordant largement (et c'est peu dire) sur l'est de la République démocratique du Congo... Les soldats du FPR, aidés des Ougandais et protégés par les forces spéciales américaines, sous prétexte de traquer les génocidaires vont tuer des centaines de milliers de Rwandais et de Congolais ; ils déstabilisent le Zaïre, allant finalement jusqu'à Kinshasa pour placer Laurent-Désiré Kabila, leur marionnette, au pouvoir en 1997. Les crimes de masse rwandais ont été accompagnés d'un pillage massif de richesses. L'année suivante, sous prétexte que leur marionnette n'exécute pas leurs décisions au doigt et à l'œil, les soldats du FPR rééditent leurs exploits militaires dans l'ex-Zaïre. Parce que Paul Kagame a réussi à s'imposer comme le représentant des victimes du génocide rwandais, la Communauté internationale ne réagit pas aux crimes de masse, qualifiés de crime de génocide par un juge espagnol, commis par son ordre et sous sa responsabilité.


Le cœur de l'Afrique saigne depuis maintenant 18 années ! J'ai, dans un premier temps, tenté de convaincre des hommes politiques et des journalistes de réagir, d'examiner la situation globale, de dénoncer les mensonges de Paul Kagame...


La publication par Le Monde, en mars 2004, d'une partie de l'enquête du juge Bruguière a paradoxalement insufflé à Kigali et à ses thuriféraires un nouvel élan de combativité pour propager leur version mensongère de l'histoire du drame rwandais, pour accuser et insulter la France, ses personnels politiques et militaires...
Je décidai donc de me battre à nouveau contre cette désinformation. Et la seule arme que je connaisse, c'est l'enquête. Une enquête approfondie, rapportée dans un livre de 544 pages, qui permette de faire un bout de chemin vers la vérité. Enquête qui visait à exposer comment la réécriture de l'histoire s'était faite, dédouanant de ses responsabilités Paul Kagame dans l'attentat du 6 avril 1994. Car le facteur déclenchant du génocide, je le répète, a bel et bien été cet attentat, et ce point de vue est désormais partagé par de nombreux autres connaisseurs de ce dossier.


Je mène des enquêtes depuis bientôt 40 ans et me suis spécialisé dans les enquêtes sensibles depuis une trentaine d'années. Pour approcher le drame rwandais, j'ai utilisé les mêmes méthodes que d'habitude, interrogeant beaucoup de monde, mais privilégiant au maximum les sources écrites. Toutefois, j'ai décidé de ne pas me rendre au Rwanda, car j'estimais qu'interroger des témoins sous une dictature sanguinaire qui laisse croupir des dizaines de milliers de gens en prison, qui a installé partout des tribunaux populaires, et élimine qui bon lui semble, n'avait aucun sens. La qualification de " dictature sanguinaire " ne relève pas ici d'une provocation : ce diagnostic a été porté par de nombreux observateurs et ONG, mais aussi et surtout par la justice espagnole, agissant à la suite d'une plainte du Forum international pour la vérité et la justice en Afrique des Grands Lacs présidé par Juan Carrero, pour l'assassinat de neuf Espagnols au Rwanda et en RDC (deux missionnaires, quatre frères maristes et trois membres de Médecins du Monde Espagne).


Je crois en effet qu'il est important pour la clarté des débats qui vont suivre d'avoir constamment à l'esprit la nature du régime dirigé par Paul Kagame. Et je me limiterai pour l'instant à vous lire le début de l'ordonnance espagnole qui a abouti en février dernier au lancement de 40 mandats d'arrêt contre l'appareil politico-militaire du pouvoir en place à Kigali :


" À ce jour se détachent des indices rationnels et fondés selon lesquels, à partir du mois d'octobre 1990, un groupe politico-militaire fortement armé et organisé a déclenché une série d'actions à caractère criminel sur le territoire rwandais à partir de l'Ouganda.


" Au cours des quatre premières années, on a assisté à différentes actions organisées et systématiques dont le but était l'élimination de la population civile, tant par l'ouverture d'hostilités belliqueuses contre l'armée rwandaise que par la perpétration d'actes terroristes d'amplitude et d'intensité diverses, exécutés sur le territoire rwandais, principalement dans les zones septentrionale et centrale, toute cette action étant déployée sous un commandement stable et structuré, sur les plans tant stratégique qu'organisationnel.


" Une fois le pouvoir arraché par la violence, [ce groupe] a instauré avec les mêmes méthodes un régime de terreur et une structure criminelle parallèle à l'état de droit, ayant pour fin planifiée et préméditée la séquestration, le viol de femmes et de fillettes, la perpétration d'actes terroristes (parfois conduits dans le but de simuler qu'ils avaient été commis par leurs ennemis), l'incarcération de milliers de citoyens sans la moindre instruction judiciaire, l'assassinat sélectif de personnes, la destruction et l'élimination systématique des cadavres par leur entassement dans des fosses communes sans identification aucune, l'incinération massive des corps ou leur précipitation dans les lacs et rivières, ainsi que les attaques non sélectives contre la population civile sur la base d'une présélection ethnique, dans le but d'éliminer l'ethnie majoritaire, et incluant aussi la commission d'actes à caractère belliqueux tant au Rwanda que dans le pays voisin, le Zaïre (actuellement République Démocratique du Congo), y perpétrant des massacres indiscriminés et systématiques de la population réfugiée, ainsi que des actes de pillage sur grande échelle dans le but de pourvoir à l'autofinancement de ces activités criminelles en sus de l'enrichissement illicite des responsables. "

Le régime de Kigali a depuis longtemps compris l'importance de la "communication" pour sa survie et sait en tirer les ficelles. A-t-on naguère approché la réalité soviétique par des enquêtes menées en URSS, en interrogeant telles ou telles personnes au vu et au su des autorités ? Évidemment pas. Ce sont les défecteurs et les dissidents qui ont réussi à lever le voile sur la vraie nature du régime stalinien. Mais il existe suffisamment d'exilés chassés du Rwanda, y compris d'anciens proches de Kagame, pour contourner cette difficulté...


Après avoir approfondi ce que je savais déjà de l'attentat du 6 avril 1994, je me suis plongé dans une imposante masse de matériaux que j'ai pu réunir sur le drame rwandais : notamment le rapport Quilès, des documents de l'Élysée, la revue de presse et, plus surprenant, de très nombreux documents rédigés par des Hutus mais qui, depuis 1994, sont littéralement frappés d'interdit pour le simple motif qu'ils sont Hutus, donc supposés tous et comme génétiquement génocidaires.
Assez rapidement, j'ai éprouvé une bizarre sensation que je n'avais jamais ressentie dans mes enquêtes précédentes. Et Dieu sait que j'ai souvent approché des gens peu recommandables, pénétré dans des univers glauques, été à de multiples reprises confronté à la désinformation et aux mensonges... Là, j'ai été frappé par l'aspect systématique, je dirais presque industriel des trucages, des faux témoignages, qui servaient à créer de toutes pièces ce qui devait apparaître à presque tous comme des vérités. Frappé par les manipulations de l'histoire opérées par les vainqueurs et par le détournement de certains mots comme celui de " victimes ", qui ne peuvent être que tutsies. Même le TPIR ne me semblait pas au-dessus de tout soupçon, puisqu'il refusait de poursuivre les responsables des massacres commis par le FPR. Comme l'a écrit Montaigne, le mensonge n'a pas, comme la vérité, un seul visage. " Car nous prendrions pour certain l'opposé de ce que dirait le menteur. Mais le revers de la vérité a cent mille figures, et un champ indéfini ", écrit-il.


Mon livre se devait de scruter les mensonges rwandais et de démasquer les menteurs qui entendaient imposer au monde une version falsifiée de l'Histoire. Noires fureurs, blancs menteurs est d'abord un livre sur les mensonges du pouvoir en place à Kigali.


Comme je l'ai écrit à la page 44 de mon livre, " les militaires utilisent souvent des leurres - avions, tanks, camions en carton ou en bois - pour que l'ennemi croie à une attaque imminente, ou gaspille ses munitions sur de fausses cibles... Les rebelles tutsis ont fait beaucoup mieux. Ils ont réussi jusqu'à présent à falsifier complètement la réalité rwandaise en imputant à d'autres leurs propres crimes et actes de terrorisme, et en diabolisant leurs ennemis. " Enquêter sur le Rwanda relève du pari impossible, tant le mensonge et la dissimulation ont été élevés par les vainqueurs au rang des arts majeurs. (Cette phrase, qui figure dans la plainte de SOS Racisme, je l'assume comme toutes les autres.) Ce qu'on y voit n'a rien de commun avec la réalité, mais avec les faux-semblants créés par Paul Kagame et ses stratèges. Les masques sont partout. Kagame et ses collaborateurs tutsis ont jusqu'à présent réussi à ce que l'opinion publique internationale prenne des vessies pour des lanternes... "
Face à un tel constat, dressé au terme de plusieurs mois d'enquête, j'ai éprouvé le besoin d'aller au-delà de l'enchaînement des faits décrivant la guerre déclenchée en octobre 1990, date à laquelle les rebelles tutsis pénétrèrent au Rwanda. La sophistication de la guerre de désinformation menée par le FPR m'a obligé à tenter de mieux comprendre l'histoire et la culture du Rwanda. Au-delà de la lecture de quelques livres, j'ai ainsi rencontré Antoine Nyetera. Tutsi, descendant du roi Kigeri III, il a une excellente connaissance de l'histoire rwandaise et de ses principaux acteurs. Il est considéré comme un " observateur impartial des événements, mieux placé qu'aucun autre témoin pour clarifier certains problèmes qu'un expert étranger ne peut appréhender ", dis-je pour reprendre un document émanent du TPIR. Il a témoigné à plusieurs reprises devant de prestigieuses assemblées, notamment devant le Parlement européen. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a fait appel à lui : il s'est rendu à Arusha en février, juillet 2002 et septembre 2006. Son témoignage était intitulé Le Mythe tutsi et son influence sur la culture du mensonge et de la violence au Rwanda.


Abordant ce chapitre, j'ai voulu replacer la désinformation, utilisée comme une arme de guerre par le FPR pour masquer sa stratégie de conquête militaire du pouvoir entre 1990 et 1994, dans la longue histoire rwandaise marquée par l'usage de ce que j'ai appelé le "mensonge", qui porte un nom spécifique en kinyarwanda : l'ubengwe.


Les passages qui me sont reprochés figurent dans un premier chapitre qui ne fait que poser des jalons, " rudiments d'histoire et de géographie ", ai-je écrit (pour bien préciser que je n'ai pas la prétention de faire œuvre d'historien, mais qu'il faut bien fournir au lecteur français de quoi se faire une idée de l'histoire du pays) ; il était aussi indispensable d'adjoindre une " brève " présentation des spécificités de la société rwandaise, notamment de cette " culture du mensonge " qui est une manière de civilité très particulière, qui n'a d'ailleurs rien d'extraordinaire et est connue de longue date. Je crois n'avoir pas procéder différemment des spécialistes du terrorisme proche- et moyen-oriental qui, avant d'exposer leurs analyses, évoquent la " takya " qui est pratiquée dans ces régions : un droit de mentir pour défendre ses convictions.


L'existence d'une " culture du mensonge " au Rwanda, qui choque tant le président de SOS Racisme, est une évidence non seulement pour Antoine Nyetera, mais pour tous les Rwandais, un fait culturel indéniable que plusieurs scientifiques se sont attachés à étudier. Il s'agit, je l'ai dit, de l'ubgenge ou ubwenge, puisque la langue rwandaise possède ce terme spécifique pour le nommer. En langue française, aucun mot ne saurait le restituer parfaitement : on peut le traduire approximativement par mensonge, ruse, dissimulation, réserve, etc. Des témoins vous parleront mieux que moi de l'ubwenge. Je me limiterai ici à citer le professeur Pierre Erny qui, dans une étude publiée dans le numéro 40 des Cahiers de sociologie économique et culturelle (INIST/CNRS), en 2003, intitulée Ubgenge : intelligence et ruse à la manière Rwanda et Rundi. Il écrit : " Dans une société où "la vérité n'est pas un élément dominant dans l'échelle des valeurs", où non seulement tout le monde est susceptible de dissimuler la vérité, mais où le "mensonge" est classé parmi les beaux-arts et les jeux de l'esprit parmi les plus excitants, personne n'est dupe, tout le monde sait à quoi s'en tenir, et comment adapter sa conduite. Autrement dit, seuls ceux du dehors se font avoir. "


Je ne dis rien d'autre. Mais, dans le cas du Rwanda, malheur à ceux qui contestent le moins du monde la version officielle. Il ne fait d'ailleurs pas bon, aujourd'hui, mettre en doute les versions officielles. Et comme il s'agit ici d'un génocide, voire d'un double génocide, on se complaît à ramener tous ces types de massacres à un seul, celui de la destruction des Juifs d'Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. J'étais bien conscient de ce piège. J'ai écrit page 22 de mon livre : " Pour rendre leur thèse inexpugnable, les défenseurs inconditionnels de Kagame ont déployé un "plan com" redoutable : assimiler ceux qui contestaient leurs thèses aux révisionnistes qui nient la réalité des chambres à gaz ou le nombre des victimes de la Shoah. Pour disqualifier ceux qui doutent de la moralité de l'actuel Président rwandais, le président de Survie n'a pas hésité à parler de "négrophobie".


" Ainsi s'est peu à peu développé un redoutable usage rhétorique du vocabulaire et du corpus d'analyses engendrés par la Shoah. En somme, puisqu'il y a eu génocide au Rwanda, il y avait forcément des nazis, des tortionnaires... et, dans la foulée, un lot de révisionnistes. Quiconque émettait quelques doutes sur la vision "kagamiste" des événements s'exposait à être à son tour rangé dans le camp des néo-faurissoniens. "


C'est ce qui m'arrive, mais je dois dire que je ne suis pas seul dans ce cas ; y figurent aussi des gens éminemment respectables. Je pense notamment au journaliste Stephen Smith, qui témoignera jeudi devant vous, mais aussi au juge Bruguière qui, après avoir lancé ses mandats d'arrêt contre l'entourage de Paul Kagame, a été traité à Kigali de révisionniste, et même de négationniste ; mais aussi le juge espagnol Merelles qui, après avoir lancé 40 mandats d'arrêt contre les principaux collaborateurs de Kagame, essuie à son tour les mêmes accusations et calomnies. Les deux juges font d'ailleurs l'objet d'attaques en justice intentées par le pouvoir de Kigali...

Je me suis longtemps demandé pourquoi le président de SOS Racisme intervenait dans ce débat aux côtés de François-Xavier Ngarambe qui, en tant que président d'Ibuka, a été chargé, début 2006, par le pouvoir de Kigali, d'engager des poursuites judiciaires contre moi. Pourquoi, lors de la conférence de presse annonçant en octobre 2006 la plainte déposée contre moi et mon éditeur, il parla d'" escroquerie manifeste " à propos de mon livre et laissa l'avocat Bernard Maingain parler à mon propos de " retour à la fascination d'un certain pétainisme ".


Au printemps dernier, en lisant le livre intitulé Rwanda. Pour un dialogue des mémoires, publié en avril 2007 par les éditions Albin Michel et l'Union des Étudiants Juifs de France avec une préface de Bernard Kouchner, j'ai enfin compris. Dans cet ouvrage qui a été écrit par " des enfants de déportés juifs et des descendants d'esclaves noirs ", pour reprendre la formule de Bernard Kouchner, après un voyage d'une semaine au Rwanda, en février 2006, qui leur permit de rencontrer des rescapés du génocide, Dominique Sopo, en tant que " descendant d'esclave noir ", développe sa propre vision du drame rwandais. Sa contribution m'a permis de constater qu'il reprenait sans nuances la version officielle de la dictature en place à Kigali en l'intégrant à sa propre vision de l'histoire du monde, et qu'il n'hésite pas à son tour à assimiler le génocide des Tutsis et des Hutus modérés à la Shoah...


Pour Dominique Sopo, ce qui s'est passé au Rwanda n'est que le produit du racisme et du colonialisme occidentaux. Le génocide rwandais est, selon lui, le " dernier maillon d'une longue chaîne " (page 58) qu'il décrit comme prenant sa source dans la philosophie grecque, dans laquelle il voit les prémisses du racisme : " En identifiant le beau et le bien, n'incitait-elle pas à chercher les signes du mal dans l'aspect physique ? " (page 58) Ce qui n'empêche pas Sopo d'utiliser lui aussi les mêmes critères manichéens pour analyser le monde et l'histoire : d'un côté les bons, de l'autre les méchants. Souscrivant à cette dialectique primaire, il présente l'Afrique comme un paradis perdu depuis l'arrivée des Blancs... Le drame rwandais n'échappe pas, sous sa plume, à cette analyse rudimentaire.


Reprenant la thèse de l'école burundo-française animée par Jean-Pierre Chrétien, Dominique Sopo explique que c'est l'administration coloniale du Rwanda (allemande, puis belge, je me permets de le rappeler) qui transforma deux catégories sociales, les éleveurs et les paysans, en deux races distinctes, les Tutsis et les Hutus. Le président de SOS Racisme ajoute une touche personnelle à la diabolisation des Hutus en en parlant comme " d'une race par ailleurs colonisatrice " (page 61). (Comment Sopo peut-il parler de race alors que les Hutus n'étaient - selon lui - qu'une catégorie sociale avant l'arrivée des colons ? Ce gros mot lui aura probablement échappé !) Si les Hutus sont ce qu'ils sont, c'est-à-dire des génocidaires, c'est, selon le président de SOS Racisme, parce qu'ils ont intégrés " la vision coloniale de la société rwandaise " (page 62). Autrement dit, si les Hutus sont apparemment noirs, ils sont en réalité Blancs à l'intérieur, donc mauvais. Du texte de Dominique Sopo il ressort que les Tutsis, eux, n'ont pas intégré la " vision coloniale ", qu'ils ont perdu le pouvoir parce qu'ils avaient des " prétentions indépendantistes ", et qu'ils sont donc restés, eux, authentiquement noirs.


À partir de là, Dominique Sopo construit toute une histoire dans laquelle les Hutus sont décrits comme des nazis portant en eux l'idéologie génocidaire qui ne pouvait que déboucher sur le drame de 1994. Il fait du Manifeste des Bahutu, publié en 1957 par des intellectuels hutus qui réclamaient le partage des terres et la participation des Hutus à l'administration territoriale alors entre les mains des Tutsis, le Mein Kampf du Rwanda : " Ce manifeste, écrit Dominique Sopo, jetait les bases idéologiques à venir " (pages 62 et 63). Le président de SOS Racisme impute in fine la responsabilité historique du génocide rwandais aux Blancs pour avoir imprégné les Hutus de leur vision coloniale de la société rwandaise. Dans la même logique, il explique que les Tutsis " membres d'une catégorie sociale " et " résidents multiséculaires du Rwanda ", se trouvèrent " racialisés " par les colons, et par là " extériorisés ". Je le cite : " On finira d'ailleurs par les surnommer les "Juifs d'Afrique", ce qui, chacun en conviendra, n'était pas de très bon augure " (page 61).


Avant d'écrire une telle phrase, le militant antiraciste qu'il est aurait dû travailler un peu plus son dossier. Le travailler, en tout cas, au-delà de la semaine qu'il passa au Rwanda en février 2006, où il n'écouta que la version fabriquée par les Tutsis ultras, à la tête de la dictature installée à Kigali. Il aurait ainsi découvert que l'expression " Juifs d'Afrique " fut utilisée à dessein par les Tutsis eux-mêmes dans leur propagande. Ainsi, c'est le journal Impuruza1 qui en use pour la première fois en 1983 : " Une nation en exil, un peuple sans leadership, les "Juifs d'Afrique", une nation sans Etat, toutes ces expressions pourraient faire des titres merveilleux pour décrire la saga de notre peuple... " Plus prosaïquement, il aurait suffi à Dominique Sopo de rencontrer des Rwandais n'appartenant pas au FPR et ne résidant pas actuellement au Rwanda pour se rendre compte que sa vision du Rwanda est totalement idéologique, que si les Tutsis et les Hutus se sentent différents, leurs différences ne sont pas de nature économique, mais ethnique, parce que les premiers ont dominé les seconds jusqu'à la fin des années 1950 : c'est cette réalité que l'administration coloniale a jadis prise en compte et cristallisée. Des historiens du Rwanda et des Rwandais vous exposeront à ce propos une vision toute différente de celle de Sopo.


Dans son texte, et malgré une critique liminaire formelle de l'assimilation des Tutsis aux Juifs, Sopo revient constamment sur la similitude de destin des Juifs et des Tutsis, et par contrecoup des Hutus avec les nazis. Le président de SOS Racisme semble méconnaître que confondre la Shoah et le génocide des Tutsis est une aberration historique et, de surcroît, à certains égards, une insulte à la mémoire des victimes et au sort des rescapés de la Shoah ; elle confine même à l'antisémitisme : en 1933 comme en 1939, ce n'est assurément pas une bande de Juifs qui prit les armes pour agresser l'Allemagne à ses frontières. Qui oserait soutenir pareille imbécillité ? Or, ce sont bien des Tutsis ultras du FPR qui presqu'exclusivement prirent les armes contre le pouvoir dit " des Hutus ". Et ce sont ces mêmes Tutsis qui gagnèrent la guerre civile et prirent le pouvoir...


En quelques pages, Dominique Sopo résume parfaitement une version de l'histoire que je conteste radicalement dans mon livre. L'histoire qu'il rapporte est celle, officielle, fabriquée et diffusée par Kigali, et relayée par ceux que j'ai appelés les " blancs menteurs ".
Enfermé dogmatiquement dans sa théorisation personnelle du racisme, Dominique Sopo, fort peu avare de procès d'intention, fait de ceux - hommes politiques, militaires, intellectuels et journalistes français - qui ne pensent pas comme lui, et qui, comme moi, parle de " double génocide ", des " complices des génocides en cours et de ceux qui adviendront dans le futur " (page 71).


Le président de SOS Racisme a certes le droit de penser ce qu'il veut sur le drame rwandais, de penser selon une dialectique intégriste du Bien et du Mal comme ressort de l'Histoire, mais je lui conteste absolument celui de m'accuser de racisme sous prétexte que je ne pense pas comme lui.
Dans mon livre, je n'ai cherché qu'à tenter d'approcher la vérité.


Votre jugement répondra à la question posée par Hervé Deguine, de Reporters Sans Frontières, dans un article publié dans Médias : " Peut-on encore écrire librement sur le Rwanda ? "
J'ai confiance que la Justice de mon pays me lavera de la terrible accusation que SOS Racisme, hors de toute légitimité et de toute vérité, fait peser sur moi.

***

La première audience a vu témoigner en faveur de la défense M. Filip Reyntjens, professeur à l'université d'Anvers, spécialiste du Rwanda, expert au TPIR, et M. Christophe Nick, journaliste et producteur TV ; en faveur de la partie civile, M. Ngarambe, ancien président d'Ibuka Rwanda.

Sont appelés à témoigner, en faveur de la défense, lors de la deuxième audience, mercredi 24 septembre, à partir de 13h 30, MM. Bernard Debré, ancien ministre de la Coopération, auteur de deux livres sur le Rwanda ; Antoine Nyetera, ancien fonctionnaire rwandais, témoin des faits au TPIR ; le contre-amiral Marin Gillier, commandant la force maritime des fusiliers marins et commandos, commandant la Marine à Lorient ; Emmanuel Habyarimana, ex-ministre de la Défense de Paul Kagame ; le général Jean-Claude Lafourcade, ex-Commandant de Turquoise ; Jean-Marie Ndagilimana, ancien ministre des Affaires étrangères de Paul Kagame ; Joseph Ngarambe, expert auprès du TPIR (co-auteur avec Marcel Kabanda, Jean-François Dupaquier et Jean-Pierre Chrétien des Médias du génocide, éditions Karthala, 1995) ; maître Jordi Palou, représentant légal du Forum international pour la vérité et la justice en Afrique des Grands Lacs, à l'origine de la plainte devant la justice espagnole pour le meurtre de neuf Espagnols ; le colonel Michel Robardey, ex-conseiller de la gendarmerie rwandaise, de 1990 à 1993 et Hubert Védrine, avocat, ancien secrétaire général de l'Elysée, ancien ministre des Affaires étrangères.

Sont appelés à témoigner, en faveur de la défense, lors de la troisième audience, jeudi 25 septembre, partir de 9h, MM. Hervé Deguine, collaborateur " Afrique " de Reporters Sans Frontières ; Joseph Matata, militant des droits de l'homme ; Charles Onana, éditeur et auteur de plusieurs livres sur le Rwanda ; Madeleine Raffin, retraitée, enseignante pendant 29 ans au Rwanda ; le colonel Luc Marchal, numéro 2 de la MINUAR, adjoint du général Romeo Dallaire ; Stephen Smith, journaliste, actuellement universitaire aux Etats-Unis.

1. Impuruza a été le premier journal de la diaspora rwandaise. Fondé par Alexandre Kamenyi aux Etats-Unis, le choix du titre indiquait bien l'esprit de reconquête par la force du pouvoir perdu. Impuruza désigne un tambour traditionnel utilisé avant la colonisation par les Tutsi pour les appeler à la guerre.

Source le blog d'Arthème.édition Fayard

Grâce à Radio Ukuri, vous pouvez écouter une interview de Pierre Péan et Dr Emmanuel Hakizimana dans l'émission de Radio Canada de Robin Philpot] (passer directement à 1'20")

Voir aussi les Archives de Radio Ukuri notamment des vidéos intéressantes


02 DECLARATION DE PIERRE PEAN

Publié le 26/09/2008 à 12:00 par perewenceslas
02 DECLARATION DE PIERRE PEAN
Après la déclaration de Claude Durand, Pierre Péan a fait la déclaration suivante :

Monsieur le Président,

Je vis ma mise en examen pour incitation à la haine raciale et diffamation raciale comme une flétrissure. Une flétrissure plus grave que la marque au fer rouge de mon ancêtre condamné pour faux-saunage et mort deux ans plus tard au bagne de Brest. Lui n'avait fait que vendre en Mayenne du sel acheté en Bretagne aux seules fins de nourrir sa famille... Ce qui m'est imputé est bien plus grave que d'avoir tenté d'éviter les gabelous pour ne pas payer une taxe inique. Si le droit pénal qualifie l'incitation à la haine raciale de délit, je la considère, quant à moi, comme un crime. Elle aboutit en effet toujours à l'effusion de sang...


Depuis presque trois ans, je suis traîné dans la boue par de nombreux médias -je pense notamment à Charlie-Hebdo qui cisèle les contours d'une liberté d'expression à sa main ; dans le meilleur des cas, j'y suis présenté comme un raciste, mais aussi comme un antisémite, un révisionniste, voire un négationniste, comme ce fut aussi le cas dans Le Point sous la plume de M. Bernard-Henri Lévy.


C'est tout simplement insupportable. D'ailleurs, mon cœur n'a pas supporté ces attaques monstrueuses et injustes. Si vous deviez suivre l'accusation de SOS Racisme, relayant l'association Ibuka, elle-même courroie de transmission du gouvernement de Kigali, c'est toute ma vie, tous mes combats, tous mes engagements que vous rayeriez d'un trait.


Cette affaire m'a amené à regarder en arrière et à me poser beaucoup de questions. Je ne vais pas imposer au Tribunal la relation détaillée d'un demi-siècle d'une vie bien remplie, mais je crois indispensable qu'il sache le rôle important qu'ont joué dans mon parcours mes engagements contre le colonialisme, contre le racisme et pour le développement de ce qu'on appelait alors le tiers-monde. Après avoir milité contre l'Algérie française, participé aux grandes manifestations parisiennes, notamment, celle de Charonne en 1962, je suis parti en Afrique, à la fin de l'année 1962, avec un contrat gabonais - et non français - comme attaché de cabinet du ministre des Finances du Gabon. J'étais et je suis resté longtemps ce qu'on appelait un tiers-mondiste. J'ai vécu au Gabon jusqu'à la fin de l'année 1964, où j'ai milité contre le néo-colonialisme français. Tellement milité que j'ai été contraint de quitter le Gabon plus vite que prévu...


Depuis cette époque, j'ai maintenu des liens constants avec l'Afrique et les Africains. J'ai dû aller pas loin d'une centaine de fois sur le continent ; j'ai écrit plusieurs livres sur les relations entre la France et l'Afrique, dont celui qui m'a révélé au grand public, Affaires africaines, en 1983, mais aussi L'Argent noir, L'Homme de l'ombre, Manipulations africaines, Main basse sur Alger...


J'ai noué et gardé des relations étroites avec de nombreux Africains. J'ai été parrain de SOS Racisme, ai participé avec Christophe Nick à la création de Stop La Violence... L'Afrique était tellement présente à la maison que, dès qu'elle a fini ses études, ma fille s'est installée en Afrique. Elle y vit toujours avec ses trois enfants. Ma femme, que j'ai connue en Afrique, a une filleule congolaise. Ma sœur a épousé un Camerounais, est marraine d'une petite Congolaise, et, dans la communauté africaine de Sablé, elle est affectueusement surnommée " la maman des blacks "...


Malgré ce contexte, j'aurais donc, en 2005, à 67 ans, subitement et brutalement envoyé toutes mes convictions par-dessus bord, et été saisi d'une haine irraisonnée contre les Tutsis, j'aurais soudain mis toute mon énergie à leur faire du mal... Cela n'a évidemment pas de sens. Je respecte les Tutsis comme je respecte tous les citoyens du monde, quelle que soit leur origine, leur couleur ou leur religion, et j'éprouve même à leur égard une très grande compassion, en ayant toujours en tête le génocide qui les a visés en 1994.


Au début de ce procès, et pour apprécier les phrases qui me sont reprochées dans les pages 41 à 44 de mon livre Noires fureurs, blancs menteurs, il est important que le Tribunal comprenne la démarche qui m'a conduit à écrire ce livre.


Comme tout le monde, j'avais été très choqué par les images des massacres à la machette diffusées par toutes les chaînes en avril-mai 1994, massacres qualifiés quelques semaines plus tard de " génocide des Tutsis et des Hutus modérés ". J'ai d'ailleurs été confronté personnellement aux conséquences d'un des premiers meurtres qui ont suivi l'attentat contre l'avion qui transportait les deux présidents rwandais et burundais, dans lequel a péri, le 6 avril 1994, le président Habyarimana : l'assassinat d'Agathe Uwilingiyimana, la Première ministre hutue en exercice. J'ai en effet participé au sauvetage de ses cinq enfants... J'ai suivi avec étonnement les attaques violentes contre la France quand a été décidée l'opération Turquoise ; alors que je terminais mon livre Une jeunesse française, j'ai eu le privilège de recevoir les confidences de François Mitterrand sur le drame rwandais, le 1er juillet 1994, juste avant qu'il ne reçoive Yoweri Museveni, le président de l'Ouganda ; j'ai vu pleurer dans les couloirs de l'Élysée des responsables français de la politique africaine qui ne comprenaient pas pourquoi la France était si violemment attaquée... Mais j'ai surtout, en 1996, reçu les confidences d'un ancien militant panafricain proche d'un des membres FPR du Network Commando qui a monté l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion présidentiel. Attentat qui avait pour objectif la prise de pouvoir par les rebelles du FPR, tutsis dans leur très grande majorité. Attentat dont tout le monde s'accorde à dire qu'il a été le facteur déclenchant du génocide des Tutsis et des Hutus modérés.


À partir de là, j'ai évidemment porté une attention plus grande à tout ce qui se disait et s'écrivait sur le drame rwandais. J'ai écrit avec Jean-François Bizot mon premier article sur ce sujet dans L'Almanach d'Actuel de 1997. Article dans lequel était déjà dit l'essentiel, à savoir que Paul Kagame, patron du renseignement militaire d'Ouganda, était parti d'Ouganda à la tête d'exilés tutsis armés par ce pays pour prendre le pouvoir à Kigali par la force, en 1994. Nous disions aussi que Paul Kagame avait terminé sa conquête en abattant l'avion dans lequel se trouvait le président du Rwanda, et qu'il savait pertinemment qu'en agissant ainsi il déchaînerait la colère des Hutus contre les Tutsis du Rwanda, considérés par eux comme des partisans des rebelles du FPR. Ce n'est pas très élégant de se citer, mais, en la circonstance, je crois que c'est important. Dans Actuel, nous avions notamment écrit ces quelques phrases : " Mettez-vous dans la tête de Kagame au moment où il décide de "dessouder" les deux présidents hutus du Rwanda et du Burundi. Il sait qu'il va précipiter le chaos, enclencher le génocide de son propre peuple, les Tutsis. À deux ans, il a dû fuir le premier génocide [allusion aux exactions de 1959, à l'heure de l'indépendance, qui vit des milliers de Tutsis s'exiler]. Il ne voit pas d'autre solution pour contraindre les Tutsis à l'insurrection. En bon révolutionnaire, il se dit que la fin justifie les moyens. On n'écrit pas l'histoire avec un poignard en caoutchouc. " Je dois dire que ce très long article resta à l'époque sans échos... Personne ne le reprit, pas même pour le contester, ni alors, ni ultérieurement.


L'année d'après, en 1998, à la suite des attaques médiatiques lancées contre la France, relayées par quelques associations - Survie en tête - et par des supporters acharnés du nouveau pouvoir de Kigali, une mission parlementaire d'information a cherché à savoir si politiques et militaires français s'étaient mal comportés au Rwanda. Le rapport Quilès, qui concluait que la France avait peut-être commis des erreurs au Rwanda, mais qu'en aucun cas elle n'avait été complice du génocide, ne calma ni Kigali, ni ses supporters français qui, au contraire, ne cessèrent, après coup, d'élever le niveau de leurs attaques. En omettant bien entendu d'évoquer la responsabilité du Network Commando dans l'attentat du 6 avril 1994...


Dès cette époque, la version de Kigali s'était pratiquement imposée comme la version officielle du drame rwandais. Version qui présente l'avantage d'être simple, je dirai même simpliste. Elle réduit en effet le drame rwandais à une confrontation entre le Mal et le Bien, les Méchants et les Bons, les méchants Hutus et les bons Tutsis... À en croire la vulgate médiatique, et pour faire bonne mesure, les Hutus auraient été dirigés par un " nazi tropical ", aidé par Mitterrand-Hitler et ses Waffen-SS...


En 2000, de plus en plus exaspéré par la propagation de ces contre-vérités manifestes, je tentai de les démasquer en initiant une nouvelle enquête sur les commanditaires de l'attentat du 6 avril, convaincu que la révélation de l'implication de Paul Kagame lui-même dans cet attentat, et donc de sa responsabilité personnelle dans le génocide, pouvait au moins faire réfléchir les gens de bonne foi... Je publiai le résultat de cette enquête dans Le Nouveau Papier journal. L'essentiel des conclusions du juge Bruguière, qui devaient fonder ses mandats d'arrêt internationaux lancés en décembre 2006, s'y trouvait... Mais ce fut un nouveau coup d'épée dans l'eau. Personne n'osa se faire l'écho des résultats de mon enquête. Les télévisions, comme les principaux médias, continuaient d'avaliser les mensonges du chef d'État rwandais que d'aucuns, comme le professeur belge Reyntjens, qui témoignera devant vous, considèrent comme le " plus grand criminel de guerre vivant ". Comme on le vit faire jadis en Union soviétique, les médias continuèrent à donner la parole exclusivement à des " idiots utiles ", comme on les appelait du temps des " compagnons de route ", et à des militants déguisés en témoins. Je ne parle pas ici des récits sincères de survivants qui perdirent toute leur famille dans les massacres, je respecte leur souffrance et leur désir de témoigner ; comme tous les témoins, ils détiennent, eux, un fragment de l'histoire. Mais l'histoire, si elle les englobe, les dépasse grandement, surtout quand elle est encore en train de se faire et que certains instrumentalisent leur souffrance.


Devant ce spectacle, mon irritation a progressivement laissé place à de la colère : car l'installation par la force de Paul Kagame à Kigali n'a pas étanché sa soif de pouvoir. Il a poursuivi la guerre au-delà des frontières du Rwanda, débordant largement (et c'est peu dire) sur l'est de la République démocratique du Congo... Les soldats du FPR, aidés des Ougandais et protégés par les forces spéciales américaines, sous prétexte de traquer les génocidaires vont tuer des centaines de milliers de Rwandais et de Congolais ; ils déstabilisent le Zaïre, allant finalement jusqu'à Kinshasa pour placer Laurent-Désiré Kabila, leur marionnette, au pouvoir en 1997. Les crimes de masse rwandais ont été accompagnés d'un pillage massif de richesses. L'année suivante, sous prétexte que leur marionnette n'exécute pas leurs décisions au doigt et à l'œil, les soldats du FPR rééditent leurs exploits militaires dans l'ex-Zaïre. Parce que Paul Kagame a réussi à s'imposer comme le représentant des victimes du génocide rwandais, la Communauté internationale ne réagit pas aux crimes de masse, qualifiés de crime de génocide par un juge espagnol, commis par son ordre et sous sa responsabilité.


Le cœur de l'Afrique saigne depuis maintenant 18 années ! J'ai, dans un premier temps, tenté de convaincre des hommes politiques et des journalistes de réagir, d'examiner la situation globale, de dénoncer les mensonges de Paul Kagame...


La publication par Le Monde, en mars 2004, d'une partie de l'enquête du juge Bruguière a paradoxalement insufflé à Kigali et à ses thuriféraires un nouvel élan de combativité pour propager leur version mensongère de l'histoire du drame rwandais, pour accuser et insulter la France, ses personnels politiques et militaires...
Je décidai donc de me battre à nouveau contre cette désinformation. Et la seule arme que je connaisse, c'est l'enquête. Une enquête approfondie, rapportée dans un livre de 544 pages, qui permette de faire un bout de chemin vers la vérité. Enquête qui visait à exposer comment la réécriture de l'histoire s'était faite, dédouanant de ses responsabilités Paul Kagame dans l'attentat du 6 avril 1994. Car le facteur déclenchant du génocide, je le répète, a bel et bien été cet attentat, et ce point de vue est désormais partagé par de nombreux autres connaisseurs de ce dossier.


Je mène des enquêtes depuis bientôt 40 ans et me suis spécialisé dans les enquêtes sensibles depuis une trentaine d'années. Pour approcher le drame rwandais, j'ai utilisé les mêmes méthodes que d'habitude, interrogeant beaucoup de monde, mais privilégiant au maximum les sources écrites. Toutefois, j'ai décidé de ne pas me rendre au Rwanda, car j'estimais qu'interroger des témoins sous une dictature sanguinaire qui laisse croupir des dizaines de milliers de gens en prison, qui a installé partout des tribunaux populaires, et élimine qui bon lui semble, n'avait aucun sens. La qualification de " dictature sanguinaire " ne relève pas ici d'une provocation : ce diagnostic a été porté par de nombreux observateurs et ONG, mais aussi et surtout par la justice espagnole, agissant à la suite d'une plainte du Forum international pour la vérité et la justice en Afrique des Grands Lacs présidé par Juan Carrero, pour l'assassinat de neuf Espagnols au Rwanda et en RDC (deux missionnaires, quatre frères maristes et trois membres de Médecins du Monde Espagne).


Je crois en effet qu'il est important pour la clarté des débats qui vont suivre d'avoir constamment à l'esprit la nature du régime dirigé par Paul Kagame. Et je me limiterai pour l'instant à vous lire le début de l'ordonnance espagnole qui a abouti en février dernier au lancement de 40 mandats d'arrêt contre l'appareil politico-militaire du pouvoir en place à Kigali :


" À ce jour se détachent des indices rationnels et fondés selon lesquels, à partir du mois d'octobre 1990, un groupe politico-militaire fortement armé et organisé a déclenché une série d'actions à caractère criminel sur le territoire rwandais à partir de l'Ouganda.


" Au cours des quatre premières années, on a assisté à différentes actions organisées et systématiques dont le but était l'élimination de la population civile, tant par l'ouverture d'hostilités belliqueuses contre l'armée rwandaise que par la perpétration d'actes terroristes d'amplitude et d'intensité diverses, exécutés sur le territoire rwandais, principalement dans les zones septentrionale et centrale, toute cette action étant déployée sous un commandement stable et structuré, sur les plans tant stratégique qu'organisationnel.


" Une fois le pouvoir arraché par la violence, [ce groupe] a instauré avec les mêmes méthodes un régime de terreur et une structure criminelle parallèle à l'état de droit, ayant pour fin planifiée et préméditée la séquestration, le viol de femmes et de fillettes, la perpétration d'actes terroristes (parfois conduits dans le but de simuler qu'ils avaient été commis par leurs ennemis), l'incarcération de milliers de citoyens sans la moindre instruction judiciaire, l'assassinat sélectif de personnes, la destruction et l'élimination systématique des cadavres par leur entassement dans des fosses communes sans identification aucune, l'incinération massive des corps ou leur précipitation dans les lacs et rivières, ainsi que les attaques non sélectives contre la population civile sur la base d'une présélection ethnique, dans le but d'éliminer l'ethnie majoritaire, et incluant aussi la commission d'actes à caractère belliqueux tant au Rwanda que dans le pays voisin, le Zaïre (actuellement République Démocratique du Congo), y perpétrant des massacres indiscriminés et systématiques de la population réfugiée, ainsi que des actes de pillage sur grande échelle dans le but de pourvoir à l'autofinancement de ces activités criminelles en sus de l'enrichissement illicite des responsables. "

Le régime de Kigali a depuis longtemps compris l'importance de la "communication" pour sa survie et sait en tirer les ficelles. A-t-on naguère approché la réalité soviétique par des enquêtes menées en URSS, en interrogeant telles ou telles personnes au vu et au su des autorités ? Évidemment pas. Ce sont les défecteurs et les dissidents qui ont réussi à lever le voile sur la vraie nature du régime stalinien. Mais il existe suffisamment d'exilés chassés du Rwanda, y compris d'anciens proches de Kagame, pour contourner cette difficulté...


Après avoir approfondi ce que je savais déjà de l'attentat du 6 avril 1994, je me suis plongé dans une imposante masse de matériaux que j'ai pu réunir sur le drame rwandais : notamment le rapport Quilès, des documents de l'Élysée, la revue de presse et, plus surprenant, de très nombreux documents rédigés par des Hutus mais qui, depuis 1994, sont littéralement frappés d'interdit pour le simple motif qu'ils sont Hutus, donc supposés tous et comme génétiquement génocidaires.
Assez rapidement, j'ai éprouvé une bizarre sensation que je n'avais jamais ressentie dans mes enquêtes précédentes. Et Dieu sait que j'ai souvent approché des gens peu recommandables, pénétré dans des univers glauques, été à de multiples reprises confronté à la désinformation et aux mensonges... Là, j'ai été frappé par l'aspect systématique, je dirais presque industriel des trucages, des faux témoignages, qui servaient à créer de toutes pièces ce qui devait apparaître à presque tous comme des vérités. Frappé par les manipulations de l'histoire opérées par les vainqueurs et par le détournement de certains mots comme celui de " victimes ", qui ne peuvent être que tutsies. Même le TPIR ne me semblait pas au-dessus de tout soupçon, puisqu'il refusait de poursuivre les responsables des massacres commis par le FPR. Comme l'a écrit Montaigne, le mensonge n'a pas, comme la vérité, un seul visage. " Car nous prendrions pour certain l'opposé de ce que dirait le menteur. Mais le revers de la vérité a cent mille figures, et un champ indéfini ", écrit-il.


Mon livre se devait de scruter les mensonges rwandais et de démasquer les menteurs qui entendaient imposer au monde une version falsifiée de l'Histoire. Noires fureurs, blancs menteurs est d'abord un livre sur les mensonges du pouvoir en place à Kigali.


Comme je l'ai écrit à la page 44 de mon livre, " les militaires utilisent souvent des leurres - avions, tanks, camions en carton ou en bois - pour que l'ennemi croie à une attaque imminente, ou gaspille ses munitions sur de fausses cibles... Les rebelles tutsis ont fait beaucoup mieux. Ils ont réussi jusqu'à présent à falsifier complètement la réalité rwandaise en imputant à d'autres leurs propres crimes et actes de terrorisme, et en diabolisant leurs ennemis. " Enquêter sur le Rwanda relève du pari impossible, tant le mensonge et la dissimulation ont été élevés par les vainqueurs au rang des arts majeurs. (Cette phrase, qui figure dans la plainte de SOS Racisme, je l'assume comme toutes les autres.) Ce qu'on y voit n'a rien de commun avec la réalité, mais avec les faux-semblants créés par Paul Kagame et ses stratèges. Les masques sont partout. Kagame et ses collaborateurs tutsis ont jusqu'à présent réussi à ce que l'opinion publique internationale prenne des vessies pour des lanternes... "
Face à un tel constat, dressé au terme de plusieurs mois d'enquête, j'ai éprouvé le besoin d'aller au-delà de l'enchaînement des faits décrivant la guerre déclenchée en octobre 1990, date à laquelle les rebelles tutsis pénétrèrent au Rwanda. La sophistication de la guerre de désinformation menée par le FPR m'a obligé à tenter de mieux comprendre l'histoire et la culture du Rwanda. Au-delà de la lecture de quelques livres, j'ai ainsi rencontré Antoine Nyetera. Tutsi, descendant du roi Kigeri III, il a une excellente connaissance de l'histoire rwandaise et de ses principaux acteurs. Il est considéré comme un " observateur impartial des événements, mieux placé qu'aucun autre témoin pour clarifier certains problèmes qu'un expert étranger ne peut appréhender ", dis-je pour reprendre un document émanent du TPIR. Il a témoigné à plusieurs reprises devant de prestigieuses assemblées, notamment devant le Parlement européen. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a fait appel à lui : il s'est rendu à Arusha en février, juillet 2002 et septembre 2006. Son témoignage était intitulé Le Mythe tutsi et son influence sur la culture du mensonge et de la violence au Rwanda.


Abordant ce chapitre, j'ai voulu replacer la désinformation, utilisée comme une arme de guerre par le FPR pour masquer sa stratégie de conquête militaire du pouvoir entre 1990 et 1994, dans la longue histoire rwandaise marquée par l'usage de ce que j'ai appelé le "mensonge", qui porte un nom spécifique en kinyarwanda : l'ubengwe.


Les passages qui me sont reprochés figurent dans un premier chapitre qui ne fait que poser des jalons, " rudiments d'histoire et de géographie ", ai-je écrit (pour bien préciser que je n'ai pas la prétention de faire œuvre d'historien, mais qu'il faut bien fournir au lecteur français de quoi se faire une idée de l'histoire du pays) ; il était aussi indispensable d'adjoindre une " brève " présentation des spécificités de la société rwandaise, notamment de cette " culture du mensonge " qui est une manière de civilité très particulière, qui n'a d'ailleurs rien d'extraordinaire et est connue de longue date. Je crois n'avoir pas procéder différemment des spécialistes du terrorisme proche- et moyen-oriental qui, avant d'exposer leurs analyses, évoquent la " takya " qui est pratiquée dans ces régions : un droit de mentir pour défendre ses convictions.


L'existence d'une " culture du mensonge " au Rwanda, qui choque tant le président de SOS Racisme, est une évidence non seulement pour Antoine Nyetera, mais pour tous les Rwandais, un fait culturel indéniable que plusieurs scientifiques se sont attachés à étudier. Il s'agit, je l'ai dit, de l'ubgenge ou ubwenge, puisque la langue rwandaise possède ce terme spécifique pour le nommer. En langue française, aucun mot ne saurait le restituer parfaitement : on peut le traduire approximativement par mensonge, ruse, dissimulation, réserve, etc. Des témoins vous parleront mieux que moi de l'ubwenge. Je me limiterai ici à citer le professeur Pierre Erny qui, dans une étude publiée dans le numéro 40 des Cahiers de sociologie économique et culturelle (INIST/CNRS), en 2003, intitulée Ubgenge : intelligence et ruse à la manière Rwanda et Rundi. Il écrit : " Dans une société où "la vérité n'est pas un élément dominant dans l'échelle des valeurs", où non seulement tout le monde est susceptible de dissimuler la vérité, mais où le "mensonge" est classé parmi les beaux-arts et les jeux de l'esprit parmi les plus excitants, personne n'est dupe, tout le monde sait à quoi s'en tenir, et comment adapter sa conduite. Autrement dit, seuls ceux du dehors se font avoir. "


Je ne dis rien d'autre. Mais, dans le cas du Rwanda, malheur à ceux qui contestent le moins du monde la version officielle. Il ne fait d'ailleurs pas bon, aujourd'hui, mettre en doute les versions officielles. Et comme il s'agit ici d'un génocide, voire d'un double génocide, on se complaît à ramener tous ces types de massacres à un seul, celui de la destruction des Juifs d'Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. J'étais bien conscient de ce piège. J'ai écrit page 22 de mon livre : " Pour rendre leur thèse inexpugnable, les défenseurs inconditionnels de Kagame ont déployé un "plan com" redoutable : assimiler ceux qui contestaient leurs thèses aux révisionnistes qui nient la réalité des chambres à gaz ou le nombre des victimes de la Shoah. Pour disqualifier ceux qui doutent de la moralité de l'actuel Président rwandais, le président de Survie n'a pas hésité à parler de "négrophobie".


" Ainsi s'est peu à peu développé un redoutable usage rhétorique du vocabulaire et du corpus d'analyses engendrés par la Shoah. En somme, puisqu'il y a eu génocide au Rwanda, il y avait forcément des nazis, des tortionnaires... et, dans la foulée, un lot de révisionnistes. Quiconque émettait quelques doutes sur la vision "kagamiste" des événements s'exposait à être à son tour rangé dans le camp des néo-faurissoniens. "


C'est ce qui m'arrive, mais je dois dire que je ne suis pas seul dans ce cas ; y figurent aussi des gens éminemment respectables. Je pense notamment au journaliste Stephen Smith, qui témoignera jeudi devant vous, mais aussi au juge Bruguière qui, après avoir lancé ses mandats d'arrêt contre l'entourage de Paul Kagame, a été traité à Kigali de révisionniste, et même de négationniste ; mais aussi le juge espagnol Merelles qui, après avoir lancé 40 mandats d'arrêt contre les principaux collaborateurs de Kagame, essuie à son tour les mêmes accusations et calomnies. Les deux juges font d'ailleurs l'objet d'attaques en justice intentées par le pouvoir de Kigali...

Je me suis longtemps demandé pourquoi le président de SOS Racisme intervenait dans ce débat aux côtés de François-Xavier Ngarambe qui, en tant que président d'Ibuka, a été chargé, début 2006, par le pouvoir de Kigali, d'engager des poursuites judiciaires contre moi. Pourquoi, lors de la conférence de presse annonçant en octobre 2006 la plainte déposée contre moi et mon éditeur, il parla d'" escroquerie manifeste " à propos de mon livre et laissa l'avocat Bernard Maingain parler à mon propos de " retour à la fascination d'un certain pétainisme ".


Au printemps dernier, en lisant le livre intitulé Rwanda. Pour un dialogue des mémoires, publié en avril 2007 par les éditions Albin Michel et l'Union des Étudiants Juifs de France avec une préface de Bernard Kouchner, j'ai enfin compris. Dans cet ouvrage qui a été écrit par " des enfants de déportés juifs et des descendants d'esclaves noirs ", pour reprendre la formule de Bernard Kouchner, après un voyage d'une semaine au Rwanda, en février 2006, qui leur permit de rencontrer des rescapés du génocide, Dominique Sopo, en tant que " descendant d'esclave noir ", développe sa propre vision du drame rwandais. Sa contribution m'a permis de constater qu'il reprenait sans nuances la version officielle de la dictature en place à Kigali en l'intégrant à sa propre vision de l'histoire du monde, et qu'il n'hésite pas à son tour à assimiler le génocide des Tutsis et des Hutus modérés à la Shoah...


Pour Dominique Sopo, ce qui s'est passé au Rwanda n'est que le produit du racisme et du colonialisme occidentaux. Le génocide rwandais est, selon lui, le " dernier maillon d'une longue chaîne " (page 58) qu'il décrit comme prenant sa source dans la philosophie grecque, dans laquelle il voit les prémisses du racisme : " En identifiant le beau et le bien, n'incitait-elle pas à chercher les signes du mal dans l'aspect physique ? " (page 58) Ce qui n'empêche pas Sopo d'utiliser lui aussi les mêmes critères manichéens pour analyser le monde et l'histoire : d'un côté les bons, de l'autre les méchants. Souscrivant à cette dialectique primaire, il présente l'Afrique comme un paradis perdu depuis l'arrivée des Blancs... Le drame rwandais n'échappe pas, sous sa plume, à cette analyse rudimentaire.


Reprenant la thèse de l'école burundo-française animée par Jean-Pierre Chrétien, Dominique Sopo explique que c'est l'administration coloniale du Rwanda (allemande, puis belge, je me permets de le rappeler) qui transforma deux catégories sociales, les éleveurs et les paysans, en deux races distinctes, les Tutsis et les Hutus. Le président de SOS Racisme ajoute une touche personnelle à la diabolisation des Hutus en en parlant comme " d'une race par ailleurs colonisatrice " (page 61). (Comment Sopo peut-il parler de race alors que les Hutus n'étaient - selon lui - qu'une catégorie sociale avant l'arrivée des colons ? Ce gros mot lui aura probablement échappé !) Si les Hutus sont ce qu'ils sont, c'est-à-dire des génocidaires, c'est, selon le président de SOS Racisme, parce qu'ils ont intégrés " la vision coloniale de la société rwandaise " (page 62). Autrement dit, si les Hutus sont apparemment noirs, ils sont en réalité Blancs à l'intérieur, donc mauvais. Du texte de Dominique Sopo il ressort que les Tutsis, eux, n'ont pas intégré la " vision coloniale ", qu'ils ont perdu le pouvoir parce qu'ils avaient des " prétentions indépendantistes ", et qu'ils sont donc restés, eux, authentiquement noirs.


À partir de là, Dominique Sopo construit toute une histoire dans laquelle les Hutus sont décrits comme des nazis portant en eux l'idéologie génocidaire qui ne pouvait que déboucher sur le drame de 1994. Il fait du Manifeste des Bahutu, publié en 1957 par des intellectuels hutus qui réclamaient le partage des terres et la participation des Hutus à l'administration territoriale alors entre les mains des Tutsis, le Mein Kampf du Rwanda : " Ce manifeste, écrit Dominique Sopo, jetait les bases idéologiques à venir " (pages 62 et 63). Le président de SOS Racisme impute in fine la responsabilité historique du génocide rwandais aux Blancs pour avoir imprégné les Hutus de leur vision coloniale de la société rwandaise. Dans la même logique, il explique que les Tutsis " membres d'une catégorie sociale " et " résidents multiséculaires du Rwanda ", se trouvèrent " racialisés " par les colons, et par là " extériorisés ". Je le cite : " On finira d'ailleurs par les surnommer les "Juifs d'Afrique", ce qui, chacun en conviendra, n'était pas de très bon augure " (page 61).


Avant d'écrire une telle phrase, le militant antiraciste qu'il est aurait dû travailler un peu plus son dossier. Le travailler, en tout cas, au-delà de la semaine qu'il passa au Rwanda en février 2006, où il n'écouta que la version fabriquée par les Tutsis ultras, à la tête de la dictature installée à Kigali. Il aurait ainsi découvert que l'expression " Juifs d'Afrique " fut utilisée à dessein par les Tutsis eux-mêmes dans leur propagande. Ainsi, c'est le journal Impuruza1 qui en use pour la première fois en 1983 : " Une nation en exil, un peuple sans leadership, les "Juifs d'Afrique", une nation sans Etat, toutes ces expressions pourraient faire des titres merveilleux pour décrire la saga de notre peuple... " Plus prosaïquement, il aurait suffi à Dominique Sopo de rencontrer des Rwandais n'appartenant pas au FPR et ne résidant pas actuellement au Rwanda pour se rendre compte que sa vision du Rwanda est totalement idéologique, que si les Tutsis et les Hutus se sentent différents, leurs différences ne sont pas de nature économique, mais ethnique, parce que les premiers ont dominé les seconds jusqu'à la fin des années 1950 : c'est cette réalité que l'administration coloniale a jadis prise en compte et cristallisée. Des historiens du Rwanda et des Rwandais vous exposeront à ce propos une vision toute différente de celle de Sopo.


Dans son texte, et malgré une critique liminaire formelle de l'assimilation des Tutsis aux Juifs, Sopo revient constamment sur la similitude de destin des Juifs et des Tutsis, et par contrecoup des Hutus avec les nazis. Le président de SOS Racisme semble méconnaître que confondre la Shoah et le génocide des Tutsis est une aberration historique et, de surcroît, à certains égards, une insulte à la mémoire des victimes et au sort des rescapés de la Shoah ; elle confine même à l'antisémitisme : en 1933 comme en 1939, ce n'est assurément pas une bande de Juifs qui prit les armes pour agresser l'Allemagne à ses frontières. Qui oserait soutenir pareille imbécillité ? Or, ce sont bien des Tutsis ultras du FPR qui presqu'exclusivement prirent les armes contre le pouvoir dit " des Hutus ". Et ce sont ces mêmes Tutsis qui gagnèrent la guerre civile et prirent le pouvoir...


En quelques pages, Dominique Sopo résume parfaitement une version de l'histoire que je conteste radicalement dans mon livre. L'histoire qu'il rapporte est celle, officielle, fabriquée et diffusée par Kigali, et relayée par ceux que j'ai appelés les " blancs menteurs ".
Enfermé dogmatiquement dans sa théorisation personnelle du racisme, Dominique Sopo, fort peu avare de procès d'intention, fait de ceux - hommes politiques, militaires, intellectuels et journalistes français - qui ne pensent pas comme lui, et qui, comme moi, parle de " double génocide ", des " complices des génocides en cours et de ceux qui adviendront dans le futur " (page 71).


Le président de SOS Racisme a certes le droit de penser ce qu'il veut sur le drame rwandais, de penser selon une dialectique intégriste du Bien et du Mal comme ressort de l'Histoire, mais je lui conteste absolument celui de m'accuser de racisme sous prétexte que je ne pense pas comme lui.
Dans mon livre, je n'ai cherché qu'à tenter d'approcher la vérité.


Votre jugement répondra à la question posée par Hervé Deguine, de Reporters Sans Frontières, dans un article publié dans Médias : " Peut-on encore écrire librement sur le Rwanda ? "
J'ai confiance que la Justice de mon pays me lavera de la terrible accusation que SOS Racisme, hors de toute légitimité et de toute vérité, fait peser sur moi.

***

La première audience a vu témoigner en faveur de la défense M. Filip Reyntjens, professeur à l'université d'Anvers, spécialiste du Rwanda, expert au TPIR, et M. Christophe Nick, journaliste et producteur TV ; en faveur de la partie civile, M. Ngarambe, ancien président d'Ibuka Rwanda.

Sont appelés à témoigner, en faveur de la défense, lors de la deuxième audience, mercredi 24 septembre, à partir de 13h 30, MM. Bernard Debré, ancien ministre de la Coopération, auteur de deux livres sur le Rwanda ; Antoine Nyetera, ancien fonctionnaire rwandais, témoin des faits au TPIR ; le contre-amiral Marin Gillier, commandant la force maritime des fusiliers marins et commandos, commandant la Marine à Lorient ; Emmanuel Habyarimana, ex-ministre de la Défense de Paul Kagame ; le général Jean-Claude Lafourcade, ex-Commandant de Turquoise ; Jean-Marie Ndagilimana, ancien ministre des Affaires étrangères de Paul Kagame ; Joseph Ngarambe, expert auprès du TPIR (co-auteur avec Marcel Kabanda, Jean-François Dupaquier et Jean-Pierre Chrétien des Médias du génocide, éditions Karthala, 1995) ; maître Jordi Palou, représentant légal du Forum international pour la vérité et la justice en Afrique des Grands Lacs, à l'origine de la plainte devant la justice espagnole pour le meurtre de neuf Espagnols ; le colonel Michel Robardey, ex-conseiller de la gendarmerie rwandaise, de 1990 à 1993 et Hubert Védrine, avocat, ancien secrétaire général de l'Elysée, ancien ministre des Affaires étrangères.

Sont appelés à témoigner, en faveur de la défense, lors de la troisième audience, jeudi 25 septembre, partir de 9h, MM. Hervé Deguine, collaborateur " Afrique " de Reporters Sans Frontières ; Joseph Matata, militant des droits de l'homme ; Charles Onana, éditeur et auteur de plusieurs livres sur le Rwanda ; Madeleine Raffin, retraitée, enseignante pendant 29 ans au Rwanda ; le colonel Luc Marchal, numéro 2 de la MINUAR, adjoint du général Romeo Dallaire ; Stephen Smith, journaliste, actuellement universitaire aux Etats-Unis.

1. Impuruza a été le premier journal de la diaspora rwandaise. Fondé par Alexandre Kamenyi aux Etats-Unis, le choix du titre indiquait bien l'esprit de reconquête par la force du pouvoir perdu. Impuruza désigne un tambour traditionnel utilisé avant la colonisation par les Tutsi pour les appeler à la guerre.

Source le blog d'Arthème.édition Fayard
Source le blog d'Arthème.édition Fayard

Grâce à Radio Ukuri, vous pouvez écouter une interview de Pierre Péan et Dr Emmanuel Hakizimana dans l'émission de Radio Canada de Robin Philpot] (passer directement à 1'20")

Voir aussi les Archives de Radio Ukuri notamment des vidéos intéressantes




DERNIERS ARTICLES :
900 YVES LETERME MINISTRE BELGE SOLLICITE POUR TUER
Un chef d'état étranger aurait récemment demandé à Yves Leterme de l'aider à "tuer des gens" Yves Leterme, ministre des Affires Etrangè
900 VIDEO DU JUGE BRUGUIERE A FRANCE INTER 5 NOV 2009
Le juge Jean-Louis Bruguière parle à Radio France Inter vers la fin parle de son enquête sur l'attentat du 6 avril 1994 cliquez ici pour voir et écou
0900 LES NATIONS UNIES SUSPENDENT L'AIDE AUX FARDC
ReutersLes Nations unies ont décidé de suspendre leur assistance opérationnelle et logistique dans l'est de la République démocratique du Congo &
901 LA MONUC SOUTIENT DES OPERATIONS DES FARDC
La MONUC soutient des opérations des FARDC qui font des victimes civiles La force de maintien de la paix de l’ONU soutient en connaissance de cause des op
901 LES CONTRADICTIONS DU LT ABDUL RUZIBIZA


forum