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Le soir.be - rédaction en ligne
samedi 31 octobre 2009, 13:28
Le chef de la diplomatie belge a indiqué cela alors qu’il était interrogé sur sa participation à la dernière assemblée générale des Nations-Unies.
« Il m’est arrivé d’être choqué quand, lors d’un face-à-face avec un dirigeant étranger – que je me refuse à citer –, celui-ci m’a demandé si je pouvais l’aider à arrêter, voire à tuer des gens », a-t-il affirmé.
Relancé par le journaliste, M. Leterme n’a pas souhaité en dire plus.
Opéré d’une hémorragie interne du système gastro-intestinal en 2008, le ministre des Affaires étrangères s’est voulu rassurant sur l’évolution de son état de santé.
« Il y a tout juste un mois, j’ai passé un check-up et ses résultats furent excellents. Je ne devrais en subir un nouveau que dans trois ou quatre mois », a-t-il dit.
L’ancien premier ministre a également confié à Paris Match qu’il aurait préféré devenir Grand argentier à la place de Didier Reynders.
« J’aurais aimé devenir ministre des Finances, un autre poste important au sein du gouvernement. Or, Didier Reynders souhaitait le conserver. Karel De Gucht s’en étant allé pour la Commission européenne, je l’ai remplacé ».
(belga)
La MONUC soutient des opérations des FARDC qui font des victimes civiles
Certains soldats de l'armée congolaise commettent des crimes de guerre en s'attaquant
violemment aux personnes qu'ils devraient justement protéger. La volonté persistante de la MONUC d'apporter son soutien à des opérations militaires pendant lesquelles sont commises des exactions l'implique dans des violations des lois de la guerre.
AnnekeVan Woudenberg, chercheuse senior
(New York, le 2 novembre 2009) - Les forces armées congolaises dans l'est de la République démocratique du Congo ont tué brutalement des centaines de civils et perpétré un très grand nombre de viols au cours des trois derniers mois, lors d'une opération militaire appuyée par les Nations Unies, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.
HumanRights Watch a appelé la force de maintien de la paix de l'ONU au Congo, la MONUC, à suspendre immédiatement son soutien à l'opération militaire, faute de quoi elle court le risque d'être impliquée dans de nouvelles atrocités.
Lors de deux missions d'enquête sur le terrain dans l'est du Congo en octobre 2009, Human Rights Watch a documenté les meurtres d'au moins 270 civils commis délibérément par des soldats congolais entre les villes de Nyabiondo et de Pinga, dans une partie reculée de la province du Nord Kivu depuis le mois de mars. Nombre d'entre eux ont été tués lors de deux massacres perpétrés en août dans les villages de Mashango et de Ndoruma. La plupart des victimes étaient des femmes, des enfants et des personnes âgées. Certaines ont été décapitées, d'autres ont été découpées à coups de machette, battues à mort avec des gourdins ou bien abattues en tentant de s'enfuir.
« Certains soldats de l'armée congolaise commettent des crimes de guerre en s'attaquant violemment aux personnes qu'ils devraient justement protéger », a indiqué Anneke Van Woudenberg, chercheuse senior à Human Rights Watch. « La volonté persistante de la MONUC d'apporter son soutien à des opérations militaires pendant lesquelles sont commises des exactions l'implique dans des violations des lois de la guerre. »
La mission de maintien de la paix de l'ONU est partenaire de l'armée congolaise dans l'opération KimiaII, commencée le 2 mars dernier. L'objectif est de désarmer par la force les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), une milice hutue rwandaise, dont certains chefs ont participé au génocide au Rwanda en 1994. Les soldats du maintien de la paix de l'ONU fournissent aux soldats un soutien opérationnel et logistique important, notamment une puissance de feu militaire, le transport et des livraisons des rations et de carburant.
L'un des massacres s'est produit début août sur la colline de Mashango, à 15 kms de Nyabiondo, où les soldats du maintien de la paix de l'ONU ont une base. Selon les témoins interrogés par Human Rights Watch, au moins 81 civils ont été tués quand les soldats de l'armée congolaise ont attaqué cinq hameaux distants de quelques kilomètres les uns des autres, dont un seul abritait des combattants rebelles. Les soldats congolais auteurs de l'attaque n'ont fait aucune distinction entre combattants et civils, tirant souvent à bout portant ou massacrant leurs victimes à coups de machettes.
Dans l'un des hameaux, Katanda, des soldats de l'armée congolaise ont décapité quatre jeunes hommes, leur ont coupé les bras, puis ont jeté leurs têtes et leurs membres à vingt mètres de leurs corps. Les soldats ont ensuite violé 16 femmes et filles, dont une jeune fille de 12 ans, puis en ont tué quatre d'entre elles.
Le 15 août, des soldats de l'armée congolaise ont massacré un autre groupe de civils dans la région de Nyabiondo, dans le village de Ndoruma. Des témoins ont expliqué que les soldats revenant d'une attaque manquée contre une milice locale alliée des FDLR menée plus tôt ce jour-là avaient tué délibérément au moins 50 civils qu'ils accusaient de collaborer avec les FDLR et leurs alliés. Une femme a vu avec horreur des soldats tuer son mari, puis mettre le feu à sa maison, brûlant vifs ses trois jeunes enfants qui se trouvaient à l'intérieur.
Des soldats de l'armée congolaise s'en sont aussi pris à des civils sur le tronçon de route de 10 kilomètres qui relie Nyabiondo à Lwibo. Les 28 et 29 septembre, des soldats basés au village de Kinyumba situé le long de la route, ont enlevé et violé collectivement deux groupes séparés de jeunes femmes et filles, une vingtaine au total, alors qu'elles se rendaient au marché. Lorsqu'une milice locale alliée aux FDLR a attaqué les soldats du gouvernement ce même jour, elle a été repoussée par les soldats, qui ont demandé l'aide des hélicoptères d'assaut de la MONUC. Certaines des femmes et des filles se sont échappées, mais les soldats de l'armée congolaise en ont tué au moins cinq alors qu'elles tentaient de s'enfuir.
Le 29 octobre, la MONUC a signalé que l'armée congolaise avait déclenché de nouvelles opérations militaires dans la zone située au nord de Nyabiondo, soulevant des préoccupations quant à de nouvelles attaques contre les civils.
HumanRights Watch a mené 21 missions d'enquête sur le terrain dans le Nord Kivu et le Sud Kivu entre janvier et octobre 2009, et a constaté que des soldats de l'armée congolaise avaient tué délibérément au moins 505 civils depuis le début de l'opération KimiaII entre mars et septembre. En outre 198 civils ont été tués délibérément par des soldats de l'armée congolaise et leurs alliés de l'armée rwandaise lors d'une opération conjointe précédente qui a duré cinq semaines et connue sous le nom d'UmojaWetu, fin janvier et en février.
HumanRights Watch a aussi documenté les attaques brutales menées en représailles par les milices FDLR, qui s'en sont pris délibérément aux civils congolais en réponse aux opérations militaires du gouvernement. De fin janvier au mois de septembre, les milices ont tué au moins 630 civils, nombre d'entre eux dans les régions de Ziralo, Ufumandu et Waloaluanda, à la frontière entre les provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu.
« Les crimes de guerre commis par les milices FDLR ne justifient absolument pas que les soldats du gouvernement congolais commettent des atrocités », a ajouté Anneke Van Woudenberg. « L'ONU doit s'interroger fermement sur le rôle de ses soldats du maintien de la paix qui soutiennent des opérations donnant place à de pareilles exactions. »
Des fonctionnaires de l'ONU ont à maintes reprises affirmé à Human Rights Watch qu'ils s'étaient joint à l'opération KimiaII parce qu'ils pensaient que leur participation pourrait aider à minimiser les dommages infligés aux civils. Le mandat de la MONUC défini par le Conseil de sécurité de l'ONU dans la Résolution 1856, lui permet de soutenir les opérations de l'armée congolaise contre les FDLR et d'autres groupes armés. Depuis le début des opérations, les soldats du maintien de la paix ont fait des efforts notables pour protéger les civils, ce qui a sans aucun doute aidé à sauver des vies.
Le mandat de la mission de maintien de la paix, toutefois, exige qu'elle accorde « la plus haute priorité » à la protection des civils. Selon une note datée du 13 janvier 2009 émanant du Bureau des affaires juridiques de l'ONU, et deux autres notes juridiques ultérieures du même bureau le 1er avril et le 12 octobre, montrées à Human Rights Watch, la MONUC a l'obligation, avant d'accepter de soutenir toute opération militaire avec l'armée congolaise, de garantir que de telles opérations sont organisées et menées en accord avec le droit humanitaire international. La MONUC ne peut participer à aucune opération dans laquelle il y a des raisons fondées de croire que les unités de l'armée congolaise concernées peuvent violer le droit humanitaire international.
Les mêmes notes juridiques indiquent également que la MONUC a l'obligation de cesser sa participation à l'opération KimiaII si elle dispose d'informations crédibles que l'armée congolaise commet de brutales violations des droits humains et si les tentatives de s'interposer pour arrêter les violations échouent.
En mai, Human Rights Watch a publié des informations détaillées sur les crimes de guerre commis par des soldats de l'armée congolaise engagés dans l'opération KimiaII. Les enquêtes menées par l'ONU elle-même en 2009 ont aussi révélé que des crimes étaient régulièrement commis par des soldats du gouvernement. A la mi-2009, le personnel de maintien de la paix de l'ONU a établi une liste confidentielle de 15 officiers de l'armée congolaise ayant un passé reconnu de graves atteintes aux droits humains et censés être impliqués dans l'opération KimiaII. Cette liste a été présentée aux dirigeants de la mission.
Les fonctionnaires du maintien de la paix de l'ONU ont déclaré à Human Rights Watch en mai, juin et juillet que les préoccupations au sujet des violations des droits humains commises par des soldats de l'armée congolaise impliqués dans l'opération KimiaII faisaient l'objet de discussions en privé avec les autorités gouvernementales congolaises. En septembre, la mission de maintien de la paix a tardivement élaboré un projet de plan exposant les conditions de son soutien à l'opération KimiaII basées sur le respect des droits humains, projet qu'elle a soumis à l'appréciation du gouvernement congolais. Le 30 octobre, les soldats du maintien de la paix de l'ONU et l'armée congolaise ont mis en place un comité provincial conjoint au Nord Kivu pour enquêter sur les violations des droits humains commises par les soldats de l'armée et pour renvoyer les commandants auteurs d'exactions. La création d'un comité similaire est prévue au Sud Kivu.
Le 1er novembre, Alain Le Roy, directeur du Département des opérations de maintien de la paix de l'ONU, a annoncé au cours d'une visite au Congo que la MONUC allait suspendre son soutien à la 213ème Brigade de l'armée congolaise en opération dans la région de Nyabiondo. Selon Alain Le Roy, les enquêtes menées par la MONUC elle-même ont révélé que des soldats de l'armée congolaise ont tué au moins 62 civils dans la région de Lukweti, juste au nord de Nyabiondo. La façon dont la suspension sera mise en œuvre n'est pas encore précisée.
« Les fonctionnaires du maintien de la paix savaient que des crimes de guerre étaient commis par les forces gouvernementales congolaises ; pourtant après huit mois dans l'opération Kimia II, ils ne suspendent que maintenant le soutien de l'ONU à l'une des unités de l'armée responsable de ces actes », a insisté Anneke Van Woudenberg. « Nyabiondon'est pas la seule région où des soldats de l'armée congolaise commettent des exactions. La MONUC devrait cesser immédiatement son soutien à l'opération Kimia II dans sa totalité jusqu'à ce que les commandants auteurs d'exactions soient renvoyés et que des mesures efficaces soient mises en place pour protéger la population civile. »
Le gouvernement congolais n'a pas non plus renvoyé des rangs de l'armée les auteurs déjà connus d'atteintes aux droits humains. Bosco Ntaganda, recherché après un mandat d'arrêt pour crimes de guerre émis par la Cour pénale internationale, est toujours général dans l'armée congolaise et joue un rôle important dans l'opération KimiaII, ce qui soulève des problèmes supplémentaires pour le soutien de la MONUC à cette opération.
Les opérations militaires menées depuis janvier, notamment l'opération KimiaII, ont entraîné le désarmement de 1 243 combattants FDLR sur un total estimé à 6 000, mais les FDLR continuent à recruter et leur capacité à attaquer des civils demeure intacte. Les soldats du maintien de la paix de l'ONU devraient développer une stratégie globale pour désarmer les FDLR, en faisant de la protection des civils une priorité. Leur mandat permet aux soldats du maintien de la paix d'utiliser la force pour désarmer les FDLR à eux seuls, sans joindre leurs forces à l'armée congolaise commettant des exactions. La note juridique du 1er avril émanant du Bureau des affaires juridiques expose cette option de façon spécifique.
« La poursuite de la participation de la MONUC à l'opération Kimia II, contre son mandat et l'avis juridique de l'ONU elle-même, implique les soldats de maintien de la paix de l'ONU dans les exactions commises », a conclu Anneke Van Woudenberg. « Il est urgent d'envisager d'autres options n'entraînant pas de nouvelles violences contre la population de l'est du Congo pour désarmer les milices FDLR. »
SOURCE = sources du Nil
parClaudine Vidal
Abstract
On sait peu de choses sur les pratiques militaires des armées qui s’affrontèrent durant la guerre civile de 1990-1994 au Rwanda.
Les sources de tous ordres, documents, rapports, témoignages, d’origines rwandaise, française ou belge sont pour l’essentiel inaccessibles.
Et lorsqu’elles sont publiques, elles concernent principalement les Forces Armées Rwandaises. La pénurie documentaire est encore plus grande pour le cas de l’armée du Front Patriotique Rwandais.
Un ancien militaire de cette armée a produit un document sur les pratiques combattantes de la guérilla et témoigné devant diverses juridictions.
Il a, en 2008, renié ses précédentes interventions. Cet article décrit comment le témoin Ruzibiza est devenu un personnage public.
1. INTRODUCTION
La guerre civile, qui commença au Rwanda en octobre 1990 et se termina en juillet 1994 par la victoire du Front patriotique rwandais (FPR), n’a été que peu étudiée, hors des cercles militaires.
Certes, la chronologie et la cartographie des combats peuvent être reconstituées. Mais cette connaissance laisserait en suspens nombre de questions.
Par exemple, si les Forces armées rwandaises (FAR) ont repoussé la première attaque de l’Armée patriotique rwandaise (APR), elles ont rapidement subi des défaites face à la guérilla et n’ont dû, en février 1993, l’arrêt de l’avance de l’APR sur Kigali qu’au renfort des militaires français.
Pourtant, les FAR, de 5 000 hommes en 1990, étaient passées à 35 000 hommes en 1993.
Même si l’on sait combien la haute hiérarchie militaire était inextricablement mêlée aux autorités politiques dans un pays dont le président, un général, chef de l’état major, ne démissionna de l’armée qu’en 1992 pour pouvoir se présenter à une éventuelle élection présidentielle, même si les conflits existant entre les « anciens » hauts-gradés et les plus jeunes, diplômés d’écoles militaires ne sont pas restés secrets, il n’y a pas de collecte systématique de documents et de témoignages qui permettraient de tracer un tableau précis des conditions qui ont conduit aux échecs puis à la défaite des FAR, de relier ces échecs au contexte de l’époque.
Les militaires qui ont été auditionnés par les parlementaires français, en 1998, ont souligné les faiblesses de l’armée rwandaise qu’ils jugeaient assez graves pour que leur soutien paraisse indispensable.
Il doit assurément exister nombre de données et de rapports adressés du terrain au ministère français de la Défense, mais, jusqu’à présent, ces documents ne sont pas accessibles aux chercheurs.
Quant à l’APR, il y a encore moins d’enquêtes indépendantes sur ses pratiques de guerre, sur son organisation, sa discipline et ses tensions internes, sur le recrutement de ses hommes, sur leurs carrières, sur leur participation aux violences de combat et à celles contre les blessés, les prisonniers, les civils.[1]
Lorsque les historiens sont confrontés à une telle pénurie documentaire, les récits de témoins et de participants sont précieux.
Même s’il est difficile d’en mener la critique, ils comportent des éléments à partir desquels poser des questions inédites permettant d’échapper aux histoires officielles.
C’est pourquoi, lorsqu’un ancien militaire de l’APR entreprit de relater longuement sa propre expérience et ses observations sur les pratiques combattantes de la guérilla, il m’a semblé que ce document ne devait pas rester confidentiel.
L’auteur du document, né au Rwanda, en 1970, de parents tutsis, s’est engagé, en 1990, dans l’armée du FPR. Il s’enfuit en Ouganda en février 2001, car, dit-il, il craignait pour sa vie. Il fait donc partie des nombreux dissidents politiques et militaires du FPR qui avaient quitté le Rwanda.
Je présenterai le parcours du lieutenant Abdul Joshua Ruzibiza, non pas le détail de sa biographie mais les moments caractéristiques de ses activités de témoin. Ultérieurement, ce travail devrait s’inscrire dans une analyse plus large de cette catégorie spécifique de témoins : les dissidents du FPR.
2. TÉMOIGNAGES ET INTERVENTIONS PUBLIQUES DE 2002 À 2008
Abdul Joshua Ruzibiza a eu une longue carrière de témoin.[2]En mai 2002, à Kampala, il accepta de répondre aux enquêteurs du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), puis à nouveau, en 2003, faisant cette fois partie d’une équipe de huit militaires dissidents de l’APR.[3]Toujours en 2003, mais en Europe, il témoigna à deux reprises : à Paris, dans l’enquête du juge Jean-Louis Bruguière sur l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président Juvénal Habyarimana[4], à Madrid, dans l’enquête menée par le juge espagnol Fernando Andreu Merelles.[5]En mars 2006, il déposa, à Arusha, au TPIR, en tant que « témoin neutre » dans le cadre du procès dit des militaires.
Hors des enceintes juridiques, Ruzibiza a fait un large usage des scènes médiatiques. À la suite d’un article du journal Le Monde, il était devenu un personnage public, « le témoin du juge Bruguière ».[6]C’est à ce titre qu’il était interviewé, le 10 mars 2004, sur la chaîne publique flamande VRT : il affirmait l’implication de Paul Kagame dans l’attentat du 6 avril 1994.
Ce même jour, le président rwandais entamait une visite en Belgique. Plus tard, le 14 mars, Ruzibiza lançait sur des forums internet rwandais, un long texte en kinyarwanda : un pamphlet violent contre le président Kagame, intitulé « Témoignage » (ubuhamya). Traduit en français, il circula dans de nombreux réseaux internet.[7]
La rédaction du texte montre que l’auteur adopte plusieurs perspectives : le « je » de celui qui accuse et argumente, comme dans la partie intitulée
« Il y a des principes auxquels je crois et que rien ne saurait mettre en doute » ; le « nous », témoin collectif qui représente les militaires du FPR dont faisait partie Ruzibiza[8], par exemple :
« Quand tous ces actes macabres étaient terminés, nous nous repliions sur notre base arrière en Ouganda » ; le « je » du témoin oculaire :
« Concernant d’autres massacres commis par le FPR, je vais en faire la dénonciation par écrit de manière détaillée, en précisant, d’après mes souvenirs, la responsabilité de chacun de ceux qui y ont pris part, parce que j’ai participé au lancement de cette guerre et à son issue, j’ignore seulement ce qui s’est passé là où j’étais absent au moment des faits ».
Après la parution de son livre, en octobre 2005, Ruzibiza enchaîna des interviews donnés à des radios, des journaux et des télévisions de divers pays.[9]
La publication de l’Ordonnance du juge Bruguière, le 17 novembre 2006, le détermina à de nouvelles interventions publiques. Indigné par les considérations politiques dont le juge avait entouré ses investigations sur l’attentat du 6 avril 1994, il adressa au journal Le Monde une correspondance dans laquelle il annonçait qu’il avait décidé de « suspendre sa collaboration avec le juge » mais précisait :
« Je ne retire donc rien des déclarations que j’ai faites devant les policiers, ni de ce que j’ai écrit.
Mais je ne suis pas une marionnette de la justice française. »[10]
Le 9 novembre 2008, Rose Kabuye, major dans l’armée rwandaise et chef du protocole du président Paul Kagame, fut arrêtée à Francfort en vertu du mandat d’arrêt européen délivré par le juge Bruguière.
Le 11 novembre, dans une longue interview donnée en kinyarwanda, puis en français, puis en anglais, à une radio privée rwandaise, Contact FM, Ruzibiza protestait contre l’arrestation de Rose Kabuye dont il n’avait jamais prononcé le nom dans ses déclarations et rétractait son témoignage sur l’attentat devant le juge français : tout avait été inventé et il avait préparé les autres témoins rwandais à soutenir une version commune.[11]
Il confirma sa rétractation, le 19 novembre, à Radio France Internationale (Rfi), dans un entretien avec Sarah Tisseyre, puis, le 20 novembre, avec un journaliste de Libération, qui publia l’entretien sur internet sous forme audio, à France-Culture avec Laure de Vulpian, et sur la chaîne France 24, dans l’émission de Sylvain Attal.[12]
3. LA PUBLICATION DU LIVRE
Une fois paru le livre de Ruzibiza, certaines personnes affirmèrent que, pour en être le signataire, il en était très peu l’auteur : selon les uns, les services secrets français[13], selon d’autres, les chercheurs qui ont respectivement préfacé et postfacé l’ouvrage en auraient été les véritables rédacteurs.[14]Afin de dissiper toute équivoque à cet égard, je relaterai brièvement l’histoire de la publication de l’ouvrage.
André Guichaoua, rédacteur de la postface, rencontra Ruzibiza une première fois le 13 décembre 2003.[15]
Le juge Bruguière, l’avait convoqué en tant que spécialiste du Rwanda. Le commandant Pierre Payebien, officier de police judiciaire assistant du juge, évoqua la personne d’Abdul Ruzibiza comme pouvant être utile à ses recherches.
Ce dernier accepta le principe d’une rencontre qui eut lieu, à Oslo. Des mails furent échangés. Ruzibiza fit part de son intention d’écrire un livre sur l’histoire du génocide au Rwanda.[16]
On se souvient que, le 14 mars 2004, Ruzibiza mettra sur le net son Témoignage en kinyarwanda, où sont déjà présents l’essentiel des thèmes du futur livre.
Début 2005, il envoie à André Guichaoua, le fichier électronique (en Word) de son manuscrit. Ce dernier me le transmet avec l’accord de Ruzibiza.
J’ai estimé le document très intéressant
— c’était la première fois qu’un dissident du FPR s’exprimait de façon aussi détaillée —
et publiable à condition de procéder à un travail d’édition (allègement des longueurs, suppression des répétitions, éclaircissement de passages difficiles à comprendre, notes explicatives).
Le manuscrit comportait trois parties et j’ai envoyé séparément chaque partie préparée pour l’édition à Ruzibiza afin qu’il les relise. Il me les retournait, toujours en version électronique, en affichant ses modifications et leur commentaire éventuel (en mode « suivi des modifications » où les commentaires de celles-ci sont datés).
Du 23 au 26 avril 2005, André Guichaoua et moi-même rencontrions Ruzibiza à Oslo où nous avons eu de longues discussions (plusieurs heures) enregistrées. Il s’agissait de lui demander des explications sur sa méthode de travail, des précisions sur des noms de personnes et de lieux, de compléter sa biographie.
La transcription de l’enregistrement a été envoyée, sous forme d’un document Word, à Ruzibiza qui l’a retournée avec ses corrections concernant des noms de lieux, de personnes, mal compris, ou remplaçant les mots inaudibles, et en apportant de nouvelles précisions (toujours en mode « suivi des modifications »).
En septembre 2005, le travail d’édition était achevé, le livre parut au mois d’octobre.
Ce fut, de ma part, un travail ordinaire d’édition : ont été conservés les documents électroniques ainsi que l’enregistrement des discussions menées à Oslo et leur transcription revue par Ruzibiza.
L’ensemble atteste que Ruzibiza est bien l’auteur du livre qu’il a signé ; à la suite de sa rétractation, ces documents ont été transmis, fin 2008, aux juges anti-terroristes Trévidic et Coirre désormais en charge de la procédure française dans laquelle il a témoigné.[17]
4. LA RÉTRACTATION
L’enregistrement du 11 novembre 2008 (version française) de l’entretien mené par Albert Rudatsimbura, directeur de Contact FM, avec Ruzibiza, soit moins de deux jours après l’arrestation de Rose Kabuye, comporte plusieurs éléments de différents ordres. Ruzibiza exprime son indignation
— « […] je n’ai jamais mentionné le nom de Rose Kabuye […] j’ai toujours dit qu’elle n’y était pour rien »
— ; il relate sa rencontre avec le juge Bruguière puis explique que son témoignage est un « montage »
— « Oui, c’est mon propre montage, c’est pas le montage de Français, du gouvernement rwandais ou de qui que ce soit »
— ; il s’affirme l’organisateur des déclarations émises devant le juge par les militaires de l’APR
— « […] une bonne partie est entrée en contact avec le juge et le policier à travers moi […] je préparais chacun d’eux pour […] qu’ils disent la même chose que ce que je disais, ce qui rend en fait nuls tous les témoignages […] rassemblés à partir des anciens militaires de l’APR ».
Le network commando est une invention
— « c’est un mot qui est franchement une création, ça n’a pas existé »[18]
— ; le 6 avril 1994, il ne pouvait pas être à Kigali
— « Moi, j’étais à plus de 100 kilomètres »
— ; à la question concernant son témoignage devant la justice espagnole, Ruzibiza répond que la France diligente tout en Espagne
— « Il n’existe pas de vraie procédure en Espagne qui ne soit pas directement liée aux procédures qui se font en France »
— ; cette affirmation vaut aussi pour le Canada, les diplomates suisses, des journalistes, des experts, des chercheurs…
— « C’est une complicité un peu complexe et c’est la France qui coordonne tout »
— ; Ruzibiza explique pourquoi il a procédé à ce témoignage-montage devant le juge Bruguière
— « Moi, je voulais vraiment savoir jusqu’à quel point les politiciens français de l’époque, cette époque aussi, à quel point ils haïssent, ils détestent les Tutsis, la population tutsie et le régime actuel »
— et indique des résultats de son enquête
— « À un certain moment, on voulait me recruter pour rejoindre ces génocidaires [les FDLR] ; […] même chez le juge, il y a des témoins qui ont été priés de rejoindre les FDLR dans les forêts du Congo. C’était Marara, ou Ruyenzi, ou les autres »
— ; il se revendique comme étant l’auteur de son livre
— « […] j’ai entendu dire que ce n’est pas moi qui ai écrit ça. C’est bien, bien, c’est bel et bien moi qui ai écrit ça »
— ; il se targue d’être un manipulateur efficace — « je dirais que j’ai la capacité de convaincre, si je veux convaincre, je le fais »
— ; il établit une distinction entre les signataires de la préface et de la postface
— « […] pour Claudine Vidal, qui a préfacé mon livre, j’ai l’impression qu’elle est innocente dans toute cette histoire […] Mais André [Guichaoua], lui, […] il est très intelligent, très malin, et en même temps très méchant »
— ; il estime enfin que le procès contre Rose Kabuye n’a pas de sens légal car les pilotes de l’avion étaient des militaires français, en fait, des mercenaires dans un avion civil.
Dans d’autres entretiens, plus brefs, ses déclarations ne varient pas. Il insiste tout particulièrement sur les motifs de ses diverses interventions précédant sa rétractation.
Ainsi, à Rfi, le 19 novembre, avec Sarah Tisseyre :
« je voulais savoir ce que voulait la politique française contre nous les Tutsis, contre le Rwanda, contre le régime actuel. Il n’y avait pas moyen de savoir tout ça sans y tremper. On ne pouvait pas avoir accès à ce que j’ai eu maintenant sans avoir d’abord montré que j’étais contre le FPR. »
Au journaliste de Libération, il expose pourquoi il a décidé de se rétracter :
« Moi je marche sur le timing. Je vois que c'est le grand moment de faire sortir ça.
Parce que c'est… je n'attendais que ça, j'attendais qu'il y ait un déclenchement et puis, pour voir la réalité des choses […].
Pour moi la France est un pays hostile » (20 novembre).
Il répondit au téléphone, dans l’émission de France 24, à des questions posées notamment par Pierre Péan et qui portaient sur l’ensemble de ses déclarations (communiqué sur internet de mars 2004, témoignages devant le juge Bruguière, mais aussi en Espagne et au TPIR, en 2002 puis en 2006) par une esquive à propos du TPIR. Pierre Péan :
« Tout est un montage, y compris au TPIR ? » Ruzibiza :
« Moi, je ne fais pas de commentaire à propos du TPIR parce que ce n’est pas le cas dont on parle aujourd’hui.
On parle du cas de Rose Kabuye. »
5. DU TÉMOIN À L’ACTEUR
Durant plus de six années, Ruzibiza a maintenu ses accusations à l’encontre du FPR et de son chef, Paul Kagame.
Je rappelle que, dans son livre, mais déjà auparavant, dans son communiqué du 14 mars 2004, l’attentat du 6 avril n’est pas, loin de là, l’essentiel du réquisitoire.
Celui-ci dénonce, pour la période 1990-1994, d’une part la ligne politique du général-major Paul Kagame, excluant les alliances avec les fractions désireuses de paix, d’autre part sa stratégie militaire, qui n’aurait pas en priorité visé à secourir les Tutsis, enfin les tueries massives de Hutus perpétrées par l’APR durant et après la guerre.
Néanmoins, la « célébrité » médiatique de Ruzibiza repose exclusivement sur le fait qu’il a été présenté comme le « témoin-clé » du juge Bruguière dont l’Ordonnance provoqua la rupture des relations diplomatiques entre le Rwanda et la France.
Nul doute que si son témoignage s’était borné à la guerre civile (ce qui, pour son livre, n’aurait retiré que 14 pages relatant l’attentat contre le président Habyarimana sur les 383 pages consacrées à la guerre civile et au génocide), la notoriété de son auteur n’aurait pas dépassé le cercle des spécialistes.
En fait, c’est en raison de circonstances politico-judiciaires que Ruzibiza, de simple témoin, est devenu, involontairement ou non, un acteur dont les déclarations sont reprises et largement diffusées par les médias internationaux.
L’histoire judiciaire de Ruzibiza commence en 2002 (14, 17 et 19 mai 2002) par une « déclaration de témoin » reçue en français.
Ruzibiza est seul avec les enquêteurs du TPIR, travaillant pour le Procureur, Hamidou Maiga et Mohamed Ali Lejmi.[19]
Il procède à l’historique de son parcours dans l’APR, notamment à celle de son entraînement en tant que commando pour des opérations spéciales, entraînement qui aurait commencé en avril 1993 et duré six mois.
Il y eut deux promotions de ces commandos (Ruzibiza fit partie de la seconde promotion), primitivement appelés « Network »,
« désormais connus sous le nom de “ Techniciens ” ».
Cette déclaration fait état d’attentats commis en juillet 1993
— « j’ai personnellement participé à une de ces actions de tueries »
— dont certains dans la « Zone Tampon ».[20]
Ruzibiza affirme également avoir fait partie d’un groupe qui a enterré des armes et des munitions en prévision de la reprise de la guerre.
Le 8 avril 1994, « nous [les “ techniciens ”] avons rejoint nos unités respectives.
J’ai donc réintégré le 59ème bataillon ». L’objectif de cette déclaration est de montrer, par des relations précises, désignant nommément des militaires de l’APR, que le FPR avait eu pour unique intention de se préparer à gagner la guerre, en dépit des négociations de paix, et qu’il n’hésitait pas à massacrer des populations civiles.
Rien n’est dit sur la façon dont l’attentat du 6 avril s’est déroulé. Quant à la seconde déclaration faite à des agents du TPIR, en 2003, (conjointement avec sept militaires de l’APR), Ruzibiza avait finalement demandé aux enquêteurs de ne pas utiliser ses informations, car il disait craindre pour la sécurité des déclarants.[21]
L’on sait que Louise Arbour, procureur du TPIR, avait mis fin à toute investigation sur l’attentat du 6 avril en mars 1997[22]et que Carla del Ponte, qui lui succéda, en 1998, ne les fit pas reprendre.
En mars 2004, elle déclarait à une collaboratrice du journal Le Monde :
« Il était inutile de mener une enquête parallèle [à l’instruction française] alors que je fournissais toute coopération nécessaire à Jean-Louis Bruguière et que je pouvais à tout moment demander son dessaisissement ».[23]
De fait, l’instruction du juge Bruguière « hérita » certains éléments d’investigations menées dans le cadre du TPIR.
En décembre 2000, Michael Hourigan dont l’enquête avait été bloquée par Louise Arbour, déposait devant le juge français et authentifiait le rapport sur l’attentat refusé au TPIR [24]; l’ambassade de France à Kampala était informée de la présence de militaires dissidents de l’APR qui pourraient être des « sources » intéressantes.
C’est ainsi qu’Innocent Marara et Evariste Musoni, se cachant en Ouganda, après avoir fui le Rwanda, contactés par des agents de l’Ambassade, obtinrent un visa pour la France et vinrent témoigner en septembre 2001.
De même, Ruzibiza, repéré par des enquêteurs du TPIR, fut, lui aussi, mis en contact avec le cabinet du juge Bruguière par l’intermédiaire de l’Ambassade.
Il fut entendu à Paris le 3 juillet 2003. Dès le lendemain, il partit déposer dans le cadre de l’investigation espagnole sur les crimes du FPR. Ecrire un commentaire 1 commentaire
Par Vincent Hugeux, Romain Rosso,
28/10/2009
Accusé par le Rwanda d'implication dans le génocide de 1994, Christian Quesnot veut se défendre devant les tribunaux.
il déplore le manque de soutien de l'Elysée.
Chef d'état-major particulier de François Mitterrand au temps du génocide rwandais, le général Christian Quesnot, reconverti dans le conseil privé, a porté plainte pour diffamation contre le ministre de la Justice du Rwanda, Tharcisse Karugarama.
En août 2008, en annexe du rapport de la commission Mucyo, qui avait pour mandat de "faire la lumière sur le rôle de la France" avant, pendant et après le génocide, le ministre rwandais délivrait une liste de 33 "personnalités politiques et militaires les plus impliquées" dans la tragédie de 1994.
Le général Quesnot en faisait partie.
AFP
Indigné - Christian Quesnot, qui "n'accepte pas d'être traité de génocidaire", entend mener "jusqu'au bout" son action juridique.
Aujourd'hui, comme les autres officiers incriminés, il se heurte, avec ses avocats - Mes Véronique Truong et Jean-Philippe Immarigeon - au veto du parquet de Paris. Ce dernier invoque une immunité de juridiction censée couvrir le ministre rwandais et a invité la juge d'instruction saisie à clore le dossier.
Sans décourager pour autant l'ancien sapeur-parachutiste.
Pourquoi avoir entrepris cette procédure ?
Je me suis engagé dans l'armée pour défendre "la veuve et l'orphelin".
Ce que j'ai fait pendant trente-sept ans, au Tchad, à Beyrouth ou ailleurs.
Et je n'accepte pas d'être traité de génocidaire par des irresponsables.
Je ne dois rien à personne et j'irai jusqu'au bout de ma démarche.
Le parquet ne vous suit pas dans cette voie. Que vous inspire sa réticence?
De vraies questions. A ma connaissance, les Rwandais souhaitent - tout comme moi - un procès en place publique. Tel est le cas de leur ministre de la Justice. C'est à lui de dire s'il entend invoquer son immunité, et non au parquet de Paris d'anticiper un choix dont il ignore tout.
Quel écho a recueilli votre initiative à l'échelon politique?
Le rapport Mucyo est rendu public le 5 août 2008.
Un mois plus tard, je participe à un déjeuner au ministère de la Défense. Nous demandons en vain au gouvernement de défendre les officiers qui ont agi selon ses ordres, cibles d'attaques inadmissibles.
Nous annonçons donc notre décision de porter plainte et obtenons une assistance juridique.
Le 19 septembre, nouvelle réunion, cette fois à l'Elysée, en présence de Jean-David Levitte, conseiller diplomatique du président Nicolas Sarkozy.
Là, on nous fait part de la volonté de Paris de normaliser les relations avec le Rwanda.
Et un juriste met l'accent sur les écueils inhérents à toute action en diffamation visant un pays étranger.
Vous persistez néanmoins...
Le 1er octobre 2008, lors d'une autre séance de travail avec Jean-David Levitte, nous insistons pour que le président de la République, chef des armées, exprime publiquement son soutien à l'action des officiers dépêchés au Rwanda, que ce soit dans le cadre de la formation de soldats rwandais ou dans celui de l'opération Turquoise [NDLR : envoi d'un contingent français dont le déploiement entrava les massacres de Tutsi mais permit aussi à des milliers de tueurs hutu de fuir en République démocratique du Congo, ex-Zaïre].
On nous laisse alors entrevoir une déclaration de Nicolas Sarkozy aux alentours du 7 novembre.
Depuis, rien. Silence radio de l'Elysée.
Jugez-vous avoir été lâché par la présidence?
Nous avons été lâchés, au moins temporairement.
Mais je ne veux pas insulter l'avenir : j'espère toujours que les paroles de solidarité attendues seront prononcées.
C'est absolument nécessaire pour la dignité de la fonction présidentielle et pour ceux qui servent la France.
Un officier n'a-t-il pas vocation à se plier à la raison d'Etat, dès lors que celle-ci privilégie en l'occurrence un rapprochement avec Kigali?
La raison d'Etat, soit.
Mais pas aux dépens de l'honneur des militaires.
Et là, il est bien question d'honneur.
Une valeur désuète pour certains, mais la seule qui nous anime.
Le militaire sert le pays avant de servir un homme, quel qu'il soit.
Une opposante rwandaise tabassée à Bruxelles
Les prochaines élections présidentielles auront lieu au Rwanda en août 2010 et d’ores et déjà, les opposants au régime accusent les services de sécurité de redoubler de vigilance, de mettre à l’écart ou d’intimider toutes les forces politiques qui pourraient tenter de rivaliser avec le Front patriotique rwandais.
Estimant qu’au Rwanda, où existe cependant un « Forum des partis politiques » toutes les conditions de l’exercice démocratique ne sont pas réunies, un parti d’opposition a été créé en Belgique, les Forces démocratiques unifiées (FDU-Ikingi).
Cette formation a l’intention de se faire enregistrer au Rwanda même et de présenter sa candidate, Mme Victoire Umuhoza Ingabire au suffrage des électeurs.
Avant même de mener campagne dans le pays, ce parti dénonce déjà le fait que l’ambassade du Rwanda à Bruxelles ait refusé d’accorder un passeport à son premier vice-président, Eugène Ndahayo, qui souhaitait établir à Kigali la plate forme opérationnelle du parti.
Depuis plusieurs semaines, des partisans des FDU-Ikingi assurent qu’ils sont, en Belgique, l’objet d’intimidations et d’actes de violence.
C’est ainsi que Mme Claudine Mazimpaka, épouse de Jean-Baptiste Mberabahizi, et membre active des FDU a été victime de plusieurs agressions, qu’elle impute à des individus s’exprimant en kinyarwanda.
Depuis février dernier, des SMS menaçants se multiplient sur son portable, et début août, trois individus se sont introduits dans son appartement, et, après l’avoir assommée et baîllonnée, ont fouillé ses papiers, et emporté le disque dur de son ordinateur. Une nouvelle agression à son domicile a eu lieu dans la nuit du 22 au 23 août et surtout, le week end dernier, Mme Mazimpaka a été retrouvée gisant le long d’un muret à côté de la chaussée de Haecht, à hauteur du Boulevard Lambermont.
Elle portait un bandeau sur les yeux et ses poignets étaient ligotés derrière son dos comme lors de l’agression précédente. Tout indique qu’elle aurait été larguée depuis une voiture, mais, souffrant de contusions à la tête et d’amnésie, elle ne se souvient de rien.
L’époux de la victime a reçu plusieurs textos, revendiquant (de manière anonyme) les agressions et menaçant de s’en prendre aux enfants du couple ou à la famille qui se trouve toujours au Rwanda.
Certains des textos accusaient aussi M. Mberabahizi de « comploter contre les FDU » ce que ce dernier interprète comme une volonté de « semer la zizanie » au sein du mouvement d’opposition.
Désormais, dans les communautés rwandaises à l’étranger comme dans le pays, tout se juge à l’aune politique, dans la perspective des élections.
C’est ainsi que les proches de M. Alfred Kalisa Gakuba interprètent sa détention à Kigali comme une tentative d’empêcher ce Tutsi francophone de se présenter aux élections, car, selon eux, « il symboliserait la réconciliation entre Hutus et Tutsis ».
Jusqu’à sa condamnation, le 10 juin 2008, à deux ans et trois mois de prison, M. Kalisa était une personnalité en vue : il était président de la Banque du commerce, du développement et de l’Industrie, l’un des établissements les plus importants du Rwanda, dans lequel de nombreuses personnalités avaient des participations. M. Kalisa a souvent été présenté comme ayant financé le FPR à ses débuts et ayant appuyé la campagne militaire au Congo.
Il a été accusé de fraude et de violation de la réglementation bancaire et, le 10 juin 2008, il a été condamné pour ne pas avoir répondu à une lettre de la Banque centrale du Rwanda.
Son arrestation a permis la confiscation de sa banque, des intérêts qu’il possédait dans le secteur du tourisme et de sa propriété privée.
La banque BCDI fut par la suite revendue à la Banque africaine Ecobank.
Colette Braeckman
Source: source du nil
(AFP) – Il y a 2 jours
LILLE — Eugène Rwamucyo, le médecin rwandais récemment suspendu par l'hôpital de Maubeuge (Nord) pour son implication présumée dans le génocide des Tutsis en 1994, réfute en bloc les accusations portées à son encontre, fondées selon lui sur un faux document.
Question: Que répondez-vous aux accusations de participation au génocide qui pèsent contre vous?
Réponse: "Ces accusations se fondent sur un document attribué au Haut-commissariat aux droits de l'Homme au Rwanda qui s'est révélé être un faux (...).
Les Nations unies à l'époque ne procédaient pas à ce genre d'investigations.
Je continue à crier que je n'ai pas du tout participé aux réunions de génocidaires ni de criminels ou ceux qu'il (le pouvoir rwandais) voudrait définir comme tels (...).
J'ai essayé de mettre mes connaissances et mon expertise à la disposition de mon pays dans cette guerre que je considérais comme une guerre d'un pays contre un ennemi extérieur (..) puisque les maquisards du FPR (Front patriotique rwandais, arrivé depuis au pouvoir, ndlr) etaient formés et accompagnés par les forces armées ougandaises.
Q: Comment expliquez-vous ces accusations?
R: "On veut faire croire que tous les Hutus de l'époque ne pensaient qu'à tuer du Tutsi, du moment qu'ils avaient quelque responsabilité.
J'aurais tué des malades que je soignais à l'hôpital universitaire de Butare (sud), aidé Mme (Agathe) Habyarimana (épouse du président assassiné en 1994, Juvénal Habyarimana) à faire le sale boulot et participé à des réunions génocidaires (...).
C'est une cabale du pouvoir rwandais et du FPR qui est à mes trousses depuis 15 ans.
La notice rouge d'Interpol existe depuis 2006, elle ne constitue pas du tout une nouveauté.
Cette cabale du pouvoir rwandais, j'y suis habitué depuis 15 ans.
A chaque fois que j'ai un emploi valable, le FPR me tombe dessus".
Q: Comment voyez-vous votre pays 15 ans après le génocide?
R: "Je n'ai plus de nationalité parce que je ne me reconnais plus de ce pays-là. Je suis apatride (...).
Mais j'ai cessé d'avoir peur parce que c'est par la peur que procède le gouvernement rwandais.
J'ai donc choisi de parler, malgré le risque, parce que celui qui parle est un homme mort.
On ne veut que des enchaînés qui n'ont jamais voix au chapitre.
Je ne suis pas opposé aux Tutsis mais aux méthodes du FPR et je resterai opposé à ces méthodes jusqu'à la fin de ma vie".
Copyright © 2009 AFP. Tous droits réservés. Plus
2/10/2009 19:30 lA CROIX
L'appui de l'ONU à l'armée congolaise est mis en cause
| Laurent D’ERSU |
L’activisme pro-FPR d’INTERPOL et d’African Rights déroute l’opinion.
Les affaires « Docteur Rwamucyo Eugène » et « Abbé Emmanuel Uwayezu » qui défraient la chronique depuis quelques jours illustrent encore une fois comment une organisation internationale et une ONG ayant perdu toute neutralité pour épouser les vues d’un régime dictatorial peuvent devenir des sources de persécution de tous ceux qui n’épousent pas les vues de ce régime.
Le Dr Rwamucyo est ce médecin rwandais qui exerçait à Maubeuge en France et qui vient d’être suspendu de ses fonctions. Son nom, qui figure sur les avis de recherche remis par Kigali à INTERPOL, aurait été découvert par « hasard » par une infirmière en tapant sur Google !
Aussi incroyable que cette anecdote puisse paraître,
- on comprend mal en effet comment le premier réflexe d’une infirmière blessée par les propos du médecin du travail fut d’aller sur Google au lieu de s’adresser aux syndicats ou à la direction de l’hôpital -,
tout laisse penser que toute cette histoire fut conçue par le régime de Kigali et mise en exécution par les relais du régime en France en utilisant les fichiers fournis à INTERPOL par le FPR.
Dans un article publié sur son site web le 19 janvier 2008, Gaspard Musabyimana dénonçait déjà l’instrumentalisation d’INTERPOL par le régime de Kigali. Il écrivait :
« Kigali a réussi à instrumentaliser l'association internationale de coopération policière Interpol qui vient d’entrer avec force dans les arcanes du problème rwandais.
Tout a commencé en 2006 quand Interpol a mis sur son site Internet un lien provenant d’un site du Gouvernement rwandais et reprenant une liste de 93 accusés établis à l'étranger.
Avaliser la liste du Gouvernement rwandais revenait à jeter en pâture les noms des personnes qui devraient normalement bénéficier du principe universel de la présomption d’innocence.
Le caractère fantaisiste et criminel des listes établies par le Gouvernement de Kigali n’a été cessé d’être dénoncé par des observateurs avertis.
Elles condamnent avant jugement et constituent une arme politique redoutable et un raccourci pour le FPR de se débarrasser facilement de ses opposants politiques ou ceux dont ils soupçonnent de n’être pas d’accord avec sa politique.
Elles font beaucoup de dégâts dans les rangs des rwandais, ceux de l’intérieur comme ceux de l’extérieur du pays.
Elles varient au gré des humeurs des dirigeants de Kigali. Ainsi depuis sa prise de pouvoir en juillet 1994, le FPR a publié plus de 5 listes : celle de 1994 comprenait 428 personnes, celle de 1996 en avait jusqu’à 1946 et 2898 personnes figuraient sur la liste publiée en 2001.
En 2007, les Services de renseignements extérieurs avaient recensés jusqu’à 40.0000 "génocidaires" se trouvant à l’étranger ».
La dernière liste en date (revue, corrigée et complétée par le FPR) et que brandit Interpol comporte quelques 105 noms et que l’on peut retrouver à la façon de l’infirmière qui a "découvert" le Dr Rwamucyo.
Cette liste est truffée de surréalisme qu’elle prêterait à sourire ou finirait tout droit dans la poubelle si elle ne constituait pas le symbole visible de l’arbitraire, de la diabolisation et du lynchage dont sont victimes des Rwandais qui sont dans le collimateur du régime de Kigali. Ainsi on n’y retrouve :
- Bagambiki Emanuel (n° 13) : Cet ex-Préfet a été arrêté par le TPIR le 5 juin 1998.
Le 25 février 2004, il fut acquitté par cette juridiction après un long procès. Le 8 février 2006, la chambre d’appel a confirmé le jugement. Non contentes de cette libération, les autorités rwandaises évoquèrent les crimes sexuels dont l’intéressé se serait rendu coupable.
Pourtant au cours du procès, le Procureur du TPIR avait tenté vainement d’introduire ce chef d’accusation, mais il fut débouté par la Cour et dut le retirer faute de preuves.
Que le Rwanda continue à s’acharner sur Emmanuel Bagambiki, c’est de bonne guerre.
Mais qu’INTERPOL lui emboîte le pas, cela dépasse l’entendement !
- Safari Stanley (n° 9) : Cadre du MDR (Mouvement Démocratique Républicain, parti politique d’opposotion au régime de l’ex-Président Habyarimana), il est membre du Parlement rwandais sans discontinuer depuis la prise du pouvoir par le FPR du Général Kagame en 1994 jusqu’en 2009. Sa disgrâce et sa condamnation précipitée par les tribunaux Gacaca qui ont prononcé, en son absence, sa réclusion criminelle à perpétuité, viserait, selon des sources bien informées, à le punir à cause des propos tenus à une délégation de la Commission de l’Union Européenne dans lesquels il fait mention de la réduction de l’espace politique par le FPR. Pour ce fait, il figure sur la liste des "génocidaires" recherchés.
- Rwigema Pierre Célestin(n° 82) : Ex-cadre su parti MDR, il n’a jamais fui le pays et à la prise du pouvoir par le FPR, Rwigema PC fut ministre puis Premier Ministre du régime FPR de 1995 à 2000. Il s’est exilé depuis lors aux USA et mis alors sur la liste des "génocidaires".
- Munyeshyaka Wenceslas(n° 49) et Bucyibaruta Laurent (n° 23): Ce prélat et cet ex-préfet ont été inculpés par le TPIR mais cette juridiction internationale s’est dessaisie au profit de la justice française, procédure prévue par les règlements du TPIR.
INTERPOL ne serait-elle pas informée de cette évolution de façon à maintenir les intéressées sur la liste des personnes recherchées ?
- Mbarushimana Callixte(n° 38): Engagé comme informaticien auprès de la Mission de l’ONU au Kosovo, il fut arrêté sur demande de Kigali en 2001. Il fut jugé et acquitté par un tribunal spécial du Kosovo.
Etabli en France et porte-parole d’un mouvement politico-militaire (FDLR), il fut réarrêté en Allemagne en juillet 2008 lors d’un voyage, pour les mêmes griefs. Il fut de nouveau libéré faute de preuves. Pourquoi Interpol le maintient-il toujours sur la liste des personnes recherchées ?
- Ahorugeze Sylvère (n° 12) : Arrêté en septembre 2006 au Danemark puis relâché par le Procureur danois le 10 aout 2007 pour manque de preuves, il fut réarrêté en Suède le 16 juillet 2008 dans l’enceinte même de l’ambassade du Rwanda où il était allé demander le passeport pour son épouse qui voulait se rendre au Rwanda.
Le 9 juillet 2009, le gouvernement suédois a indiqué qu’Ahorugeze Sylvère serait extradé vers le TPIR mais l'ordre d'extradition a été suspendu le 16 juillet 2009 suite à un recours auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme.
- Simbikangwa Pascal (n° 89) : Il a été arrêté aux Iles Comores (territoire français d’Outre-Mer) et il attend son procès. Pourquoi alors figure-t-il sur la liste comme étant toujours recherché ?
- Bajinya Vincent (n° 14) : Ce médecin rwandais avait été arrêté en Angleterre sur demande de Kigali. Il fut traîné en justice et faillit être extradé vers le Rwanda car le ministre de l’Intérieur britannique avait marqué son accord pour cette extradition. Finalement, le 09/04/2009, la Haute Cour (High Court) britannique refusa l’extradition et ordonna sa libération.
- Munyakazi Léopold (n° 47) : Ce professeur a été emprisonné au Rwanda de 1994 à 1999 date à laquelle il fut libéré. Profitant d’un séjour professionnel aux États-Unis en 2004, Leopold Munyakazi demanda asile politique dans ce pays.
S’exprimant sur les événements du Rwanda de 1994 lors d’une conférence publique aux USA, le régime de Kigali n’avait pas apprécié le langage qu’il avait employé qui contrastait avec la version officielle.
Il fut ainsi mis sur la liste comme étant un "génocidaire" recherché laquelle fut refilée à INTERPOL. Il a perdu depuis lors son emploi à l'université de Groucher.
L’Abbé Emmanuel Uwayezu est ce prêtre rwandais officiant en Italie qui vient d’être arrêté suite au même avis de recherche remis à INTERPOL par Kigali. Jusqu’ici, rien de spécial dès lors qu’il figurait sur la fameuse liste. Mais une dépêche d’agences (AFP, Belga) datée du 20/10/2009 laissait entendre que : « Le prêtre catholique est accusé par l'ONG African Rights, basée à Londres, d'être impliqué dans le massacre le 7 mai 1994 "de plus de 80 jeunes élèves, âgés de 12 à 20 ans" qui étudiaient au groupe scolaire Marie merci de Kibeho (sud) dont il était le directeur ».
Et voilà lâché le nom de African Rights. Cette ONG basée à Londres n’est pas une inconnue sur le scène politique rwandaise. Une de ses activistes est même « trop connue » de rwandais.
Il y a peu, Gaspard Musabyimana brossait son portait et nous la présentait sous un autre éclairage dépouillée de la couverture de « défense des droits de l’homme ». Il disait :
« Rakiya Omaar, de l'organisation "African Rights" se présente comme activiste des Droits de l'Homme.
Sa neutralité a été mise en cause depuis longtemps.
Des documents existent comme quoi elle est payée par le Rwanda pour produire des rapports conformes aux thèses du régime de Paul Kagame.
Rakiya Omaar travaille pour le compte du FPR. Elle se fait payer pour produire des documents conformes aux thèses du régime que le FPR brandit dans l’opinion internationale.
La neutralité de Rakiya Omaar d’African Rights est donc mise à mal et d’autres documents existent montrant sa compromission avec le FPR en vue d’accabler des Hutuen exil ».
Dans le même article sont reproduits des documents prouvant que Rayika Omaar est rémunérée par le gouvernement rwandais pour sa traque des réfugiés hutu. Elle vient donc de frapper encore une fois et malheuresement pas la dernière.
Ainsi donc, là où les médias nous rabattent les oreilles comme quoi les fins limiers agents d’INTERPOL grâce à leur travail de fourmis sont parvenus à débusquer un "présumé génocidaire" caché en France depuis des années, ou qu’une organisation de défense des droits de l’homme basée à Londres a enquêté sur les crimes commis par un prêtre réfugié en Italie, ce qui aboutit à son arrestation, les observateurs avisés n’y verront que des actes du bras tentaculaire du régime dictatorial du FPR qui peut frapper où il veut, quand il veut et qui il veut.
A bon entendeur, Salut.