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perewenceslas
Description du blog :
Le Père Wenceslas, prêtre coopérateur de Gisors (Eure) est l'ancien curé de Kigali au Rwanda.
Catégorie :
Blog Politique
Date de création :
17.09.2007
Dernière mise à jour :
19.07.2008
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49 CARLA DEL PONTE MUSELEE PAR LES AUTORITES SUISS

Posté le 10.04.2008 par perewenceslas
Carla del Ponte muselée par les autorités suisses

http://www.swissinfo.ch/fre/multimedia/video.html?siteSect=15045&ty=df&ne_id=8943482&type=real&bcst=y

Carla Del Ponte Muselée par la SUISSE


TPIR/RWANDA - CARLA DEL PONTE RAPPELEE A SES OBLIGATIONS DE RESERVE

Arusha, 8 avril 2008 (FH) - Le ministère suisse des Affaires étrangères a rappelé Carla Del Ponte, ancien procureur des tribunaux internationaux devenue ambassadeur en Argentine à ses obligations de réserve après la parution de son livre sur son expérience de procureur.

Selon le journal suisse La Liberté, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a interdit à Mme Del Ponte de présenter son livre qui est paru le 3 avril dernier à Milan aux éditions Feltrinelli.

Ce livre intitulé « la traque, moi et les criminels de guerre » met en cause les Etats-Unis pour leurs réticences, notamment, à laisser poursuivre le FPR au pouvoir au Rwanda.

« Il y a dans l’ouvrage des déclarations qui ne peuvent être faites en tant que représentante du gouvernement suisse» a affirmé M. Jean Philippe Jeannerat, porte parole du DFAE.

Ce livre qui évoqué également le cas de Jean Bosco Barayagwiza, relaché par le TPIR puis de nouveau mis en accusation après des manifestations à Kigali, a été publié en italien, une version en anglais est prévue pour janvier prochain.

PB
© Agence Hirondelle

**************************************


swissinfo.ch

La diplomatie suisse a interdit à Carla Del Ponte de présenter à Milan
son livre consacré à son expérience en tant que procureure du Tribunal
pénal international pour l'Ex-Yougoslavie. A Berne, on juge cette
promotion incompatible avec sa fonction d'ambassadrice.

Carla Del Ponte aurait dû présenter «La chasse, moi et les criminels
de guerre» dimanche dernier dans la capitale lombarde. Or, le
Ministère des Affaires étrangères a mis son veto, dans une lettre
adressée la veille à la nouvelle ambassadrice de Suisse en Argentine.
La missive se conclut par cette phrase: «Nous vous remercions pour un
retour rapide à Buenos Aires».

«Il y a dans l'ouvrage des déclarations qui ne peuvent être faites en
tant que représentante du gouvernement suisse», a indiqué lundi le
porte-parole du Ministère.

Le livre, qui paraît aux éditions Feltrinelli, a été écrit en
collaboration avec Chuck Sudetic, un reporter du New York Times. Il
évoque les obstacles auxquels Carla Del Ponte à dû faire face dans sa
traque des principaux responsables des crimes de guerres dans les
Balkans dans les années 90, mais également au Rwanda, où elle a aussi
été procureure.

Elle y accuse notamment les indépendantistes du Kosovo de s'être livré
à un trafic d'organes prélevés sur leurs prisonniers serbes. Et
affirme que l'actuel premier ministre de la province devenue
indépendante était au courant.



--

48 UN FAUX TEMOIN CONFESSE AU TPIR

Posté le 12.04.2008 par perewenceslas
Un faux témoin devant le TPIR évoque des pressions Rwandaises pour mentir.

10.04.08

TPIR/KAREMERA - UN TEMOIN DECLARE AVOIR ACCUSE FAUSSEMENT UN EX-POLITICIEN
Arusha, 10 avril 2008 (FH) - Un témoin du procureur au procès Karemera devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a affirmé jeudi lors de son contre-interrogatoire qu'il avait accusé faussement un ancien politicien afin d'être libéré de sa prison au Rwanda.
En 2005 et 2006, le témoin protégé et surnommé BTH avait notamment affirmé que Joseph Nzirorera, ancien secrétaire général de l’ex-parti au pouvoir au Rwanda, avait ordonné, dès le 7 avril 1994, que des Tutsis de Ruhengeri (nord) soient massacrés.
BTH, qui était détenu au Rwanda, a été par la suite libéré et a fui son pays. C’est dans son exil qu’il a révélé avoir été forcé de témoigner contre certaines personnes accusées devant le TPIR dont Nzirorera. Le tribunal, prévenu de ce revirement, a ordonné qu'il soit entendu de nouveau.
Jeudi, il a affirmé que lui-même ainsi que d’autres personnes détenues au Rwanda avaient reçu l’ordre de porter de faux témoignages devant le TPIR. Afin de crédibiliser ses premiers témoignages il avait reconnu avoir tué 5 puis 6 tutsis ce qu'il a nié. "Je n'ai tué personne et d'ailleurs dans mes dossiers judiciaires je n'ai jamais été accusé de meurtre (...) tout cela était des inventions" a-t-il dit.
«Nous avions déjà passé une longue période en prison et lorsqu’on nous a demandé de donner ces témoignages mensongers nous pensions que c’était une voie de sortie qui nous était offerte », a-t-il expliqué. BTH a expliqué que de tels ordres devaient être exécutés d’autant plus qu’ils venaient des « autorités ».
L’avocat de Nzirorera, Me Peter Robinson (Etats-Unis), ayant relevé plusieurs contradictions dans ses deux précédentes dépositions, BTH a répondu : « il était facile de se contredire parce que nous racontions des mensonges et à certains moments il était difficile de se rappeler ce qu’on avait dit auparavant ». « Nous devions répéter un texte que nous avions appris et qui n’était pas la vérité », a-t-il poursuivi.
Nzirorera est jugé depuis septembre 2005 avec deux autres responsables du Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement (MRND), le parti de l’ex-chef de l’Etat rwandais Juvénal Habyarimana dont la mort, le 6 avril 1994, au cours d’un attentat aérien, a déclenché le génocide des Tutsis.
Les coaccusés de Nzororera sont Matthieu Ngirumpatse, le président du parti, et Edouard Karemera, un de ses vice-présidents.
BTH devrait également comparaître, à la demande de la défense, dans le procès de quatre anciens ministres et dans celui de quatre officiers dont deux anciens chefs d’état major. Jeudi matin le procureur, qui avait recueilli ses premières dépositions a attiré l'attention du témoin sur le risque d'être mis en accusation pour outrage à la cour aprés avoir reconnu des faux témoignages. Le témoin en a profité pour faire part de ses inquiétudes pour sa sécurité.
Alors que depuis le début des audiences en 1997 les accusations de faux témoignages se sont multipliées au TPIR, un premier témoin a été jugé et condamné pour cela à la fin de l'année dernière et vient d'être libéré aprés avoir effectué neuf mois de prison.
AT/PB/GF
© Agence Hirondelle


47 REVISONNISTE, le Ministre Canadien BERNIER ?

Posté le 14.04.2008 par perewenceslas
REVISONNISTE, le Ministre Canadien Maxime BERNIER ?

Que l’ONU aille au fond des choses » est le souhait qu’a émis Maxime Bernier avant son départ pour la Birmanie, où il devait participer au sommet de l’OTAN. Le ministre des Affaires extérieures du Canada faisait allusion à l’affaire Karake Karenzi, l’actuel commandant adjoint de la Force de l’ONU et de l’Union africaine au Soudan. Celui-ci est présumé responsable du meurtre de Guy Pinard, un prêtre québécois assassiné au Rwanda, le 2 février 1997. Karenzi fait l’objet d’un mandat d’arrestation international émis par un tribunal espagnol.
Missionnaire d’Afrique (père blanc), Guy Pinard n’avait sans doute jamais imaginé pareil scénario pour sa mort. Le 2 février 1997, il célébrait l’Eucharistie dans sa paroisse à Kapanga, au nord-ouest du Rwanda, lorsque celui à qui il venait de donner l’hostie l’abattit devant tous les paroissiens. Plus de dix ans après, le Canada n’est pas toujours allé au fond des choses. Et la famille Pinard demeure sans nouvelle.
Situation qui ne surprend sûrement pas la famille Simard. Comme les Pinard, les Simard attendent toujours des nouvelles d’Ottawa sur l’enquête devant faire la lumière sur le meurtre de leur frère assassiné au Rwanda. Membre de l’ordre de Sainte-Croix, P. Claude Simard a été tué à coups de marteau dans la nuit du 17 au 18 octobre 1994 à Ruyenzi, au sud du Rwanda. Plus de treize ans après, le Canada n’est pas toujours allé au fond des choses.
Pourtant dans un rapport envoyé à l’ONU en fin octobre 1994, le général Guy Tousignant, commandant des forces de l’ONU au Rwanda et remplaçant du général Dallaire, a mentionné que les agents du Front patriotique rwandais (FPR) seraient impliqués dans l’assassinat du père Simard. En outre, le capitaine Tim Isberg des Forces de l’ONU au Rwanda, a établi dans son enquête que l’ordre de tuer le père Simard serait venu du haut niveau du FPR.
Si dormir au gaz semble être le propre du gouvernement canadien, ce n’est pas partout pareil. En tout cas pas en Espagne. Le Tribunal central d’instruction du Royaume d’Espagne a émis, le 6 février dernier, une quarantaine de mandats d’arrêt internationaux dont deux visent les présumés responsables des assassinats des prêtres québécois.
Me Jordi Palou-Loverdos est allé au fond des choses. L’enquête qu’il a menée impute la responsabilité du meurtre du père Pinard à Karake Karenzi, qui dirigeait à l’époque les services de renseignement militaire. Fred Ibingira, commandant du 157e bataillon de l’Armée patriotique rwandaise en 1994, est pointé pour sa responsabilité dans la mort du père Simard.
Mais que reprochait-on à nos deux ecclésiastiques ? Leur connaissance des profondeurs du Rwanda qui faisait d’eux des témoins gênants aux yeux du nouveau régime politique. Père Simard a eu la mauvaise idée de se rendre à Kigali pour se plaindre de multiples disparitions et assassinats qui survenaient dans sa commune. Il a été tué après son retour de la capitale rwandaise. Seth Sendashonga, ministre de l’Intérieur du gouvernement du FPR, qui avait reçu le père Simard à Kigali, a lui aussi été liquidé par un commando en mai 1998, à Nairobi. Quant au père Pinard, il n’avait pas compris que le FPR était hostile aux gueulards. En fin 1996 et début 1997, le FPR semait la terreur et la mort dans le nord-ouest du Rwanda. Notre père Pinard ne se gênait pas pour les dénoncer. Et il l’a chèrement payé.
Il était donc hors de question que le FPR épargne ceux qui pouvaient constituer un frein à l’exécution de la stratégie politique qu’il avait adoptée. Stratégie consistant à « calomnier l’Église Catholique qui prêche en faveur de l’égalité des hommes et qui a contribué à l’éducation des masses populaires ; liquider les prêtres Hutus ; terroriser les missionnaires et religieux catholiques pour qu’ils abandonnent le Rwanda et assassiner les vieux missionnaires qui connaissent l’histoire du Rwanda et ceux qu’ils considèrent comme responsable de la perte du pouvoir après des siècles de domination Tutsi ; menacer les troupes étrangères et manipuler la MINUAR. » (Pp 61-62 de l’ordonnance du tribunal central d’instruction du Royaume d’Espagne)
Qu’entend Maxime Bernier par « aller au fond des choses » ? S’il veut brasser les affaires afin de laisser jaillir la lumière sur les meurtres des prêtres québécois, il devra bien attacher sa tuque. Parce que plusieurs avant lui ont osé plonger au fond des choses et se sont vu affubler les qualificatifs de négationniste, révisionniste, raciste. De nos jours, il semble que l’histoire du Rwanda ne se lit qu’avec les seules lunettes obtenues auprès du vaillant homme fort qui a pacifié les collines rwandaises en 1994...

43 QUI EST LE GENERAL EMMANUEL HABYARIMANA ?

Posté le 14.04.2008 par perewenceslas
L'HISTOIRE DE NOTRE AMI LE GENERAL EMMANUEL HABYARIMANA

Kigali gronde Berne pour des fadaises


Pour le Rwanda, il est inadmissible que la Suisse ait délivré des visas à des officiers «félons».

Emmanuel Habyarimana est aujourd'hui réfugié en Suisse. Il est l'ancien ministre de la Défense de Paul Kagame (à gauche). Ce dernier, président du Rwanda, cherche aujourd'hui à faire passer l'ancien militaire pour un félon aux yeux de Berne.

Les autorités rwandaises sont fâchées contre la Suisse. Elles l'ont fait savoir à la délégation helvétique menée par l'ambassadeur Walter Fust, directeur de l'Aide suisse au développement (DDC), qui a visité ce pays en janvier dernier. Une étrange histoire provoque l'ire de Kigali: il y a deux ans, la Suisse aurait généreusement distribué une vingtaine de visas à des opposants au régime de Paul Kagame, président du Rwanda.


Berne aurait notamment permis la fuite de plusieurs militaires de haut rang, dont le général Emmanuel Habyarimana, ancien ministre de la Défense de Paul Kagame. Ce général de brigade porte le même nom que l'ancien chef d'Etat Juvénal Habyarimana, tué lors du crash de l'avion présidentiel en avril 1994, juste avant le génocide hutu contre les Tutsi. L'ex-ministre est accusé de «divisionnisme», c'est-à-dire d'attiser la haine entre Hutu et Tutsi, les deux ethnies du pays. Selon un rapport du Parlement rwandais, cet «extrémiste hutu» aurait dû rendre des comptes et témoigner de ses actions passées.

Roger de Diesbach

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Un certain affolement

A la fin mars 2003, toujours selon les autorités de Kigali, le général Habyarimana a pris la fuite pour l'Ouganda avec sa maîtresse et deux officiers, le colonel Ndengeyinka, député à l'Assemblée nationale, et le lieutenant Alphonse Ndayambaje. Alors que Berne passe à Kigali pour avare en matière de visas distribués, les fugitifs ont obtenu rapidement quatre visas pour la Suisse. Plus tard, la représentante de la Suisse au Rwanda a reçu l'ordre de délivrer treize visas à différents membres des familles et autres proches des militaires.


Dernièrement enfin, avec les Etats-Unis et d'autres pays européens, la Suisse a accueilli des militants de la Ligue rwandaise pour la promotion et la défense des droits de l'homme (LIPRODHOR), traqués par le régime de Kigali. Le rôle courageux de Pierre Combernous, ambassadeur de Suisse au Kenya, en charge du Rwanda, aurait permis d'ouvrir la porte de l'asile à ces militants en fuite. C'est pour cette raison, murmure-t-on, que l'ambassadeur Combernous aurait été prié de ne pas accompagner Walter Fust lors de son périple rwandais, ce qui est peu usuel. A écouter les silences gênés de Berne, on se demande si le conflit du Rwanda ne déchire pas aussi le Département fédéral des affaires étrangères.

Les autorités rwandaises, de leur côté, ont fait savoir à la délégation suisse qu'elles jugeaient inadmissible que Berne ait donné aussi rapidement des visas aux officiers félons. Elles ont ajouté qu'Habyarimana en aurait profité pour rejoindre au Congo l'armée des ennemis du pays. Un certain affolement a soufflé sur la délégation suisse qui a promis de se renseigner, ce qui fut fait sans tarder. Elle s'est dit que l'ordre de distribuer ces visas ne pouvait venir que de très haut, et de lorgner vers les services de renseignements helvétiques...


Autre son de cloche

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Enquête faite, la réalité est toute différente et c'est l'ancien Office fédéral des réfugiés qui a décidé de délivrer ces visas. Avec raison. Si le président Paul Kagame voulait «écarter» son ministre de la Défense, ce n'est pas parce que ce dernier était rattrapé par son passé «monstrueux». Au contraire, le général devenait de plus en plus populaire dans l'armée et l'opinion publique en majorité hutu. C'est donc bien le rival, et non pas le félon, qu'il fallait écarter avant les élections rwandaises d'août 2003.


Selon la journaliste belge Colette Braeckman, l'une des meilleures observatrices de la scène rwandaise, «le général Habyarimana fut longtemps considéré comme un exemple au Rwanda, tout comme le colonel Ndengeyinka, député à l'Assemblée nationale. Ces deux officiers supérieurs hutu, anciens membres des Forces armées rwandaises (FAR) du régime Habyarimana, étaient parfaitement réintégrés dans la nouvelle armée nationale de Kigali».


la vengeance du régime

Les deux hommes ont tout quitté en quelques heures, craignant d'être arrêtés ou liquidés. Ils ont raconté le 13 juin 2003 leur désappointement au journal «Le Soir». Après s'être engagés dans la réconciliation nationale, ils disent avoir ouvert les yeux face aux coups portés contre de nombreux Hutu modérés qui avaient opté pour le nouveau régime de Paul Kagame. Le premier ministre Twagiramungu a été écarté. Puis il y a eu l'assassinat à Nairobi de Seth Sendashonga, un Hutu également, l'un des fondateurs du FPR (l'organisation militaire de Kagame).


Depuis, le général Habyarimana est réfugié en Suisse (lire ci-dessous) et, au Rwanda, la vengeance du régime est retombée sur ses proches. Le 1er avril 2003, un de ses amis, le général Augustin Ngirabatware, avait été arrêté et mis au secret. Damien Musayidizi, son secrétaire lorsqu'il était ministre de la Défense, a «disparu» le 3 avril. Augustin Cyiza, conseiller d'Habyarimana lorsqu'il était ministre de la Défense, militant des droits de l'homme reconnu au niveau international et vice-président de la Cour suprême, a été enlevé à Kigali le 23 avril 2003 et vraisemblablement assassiné. RdD

RdD/DR

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«Kagame doit répondre de ses crimes»


Le général Emmanuel Habyarimana ne se bat pas contre les troupes de son propre pays au Congo. Il est réfugié avec sa famille en Valais, à Sion, et prend des cours à l'Institut européen de l'Université de Genève.

«La Liberté»: Selon le gouvernement Kagame, vous seriez un extrémiste hutu, dangereux pour l'unité nationale?

Emmanuel Habyarimana:


- Lorsque j'étais réfugié à Kampala, ils m'ont même traité de génocidaire. Durant l'ancien régime du président Juvénal Habyarimana, avec lequel je n'ai aucun lien de parenté, j'ai été jeté en prison, le 27 octobre 1990. J'y suis resté une année pour intelligence avec l'ennemi, c'est-à-dire avec le FPR de Paul Kagame, actuel président du Rwanda, avant de passer devant un conseil de guerre qui m'a blanchi. Bien que je sois diplômé de l'Ecole royale militaire de Belgique, ils n'ont pas voulu me réintégrer dans l'armée. De fin 1991 à 1994, j'ai été directeur des sports.

Et pendant le génocide?

- Quand la guerre génocidaire a éclaté en 94, j'étais au nord-est du Rwanda, à Nyagatare, où plus de 20 000 fugitifs tutsi étaient regroupés. J'ai été réintégré dans l'armée alors même que Kigali envoyait des autobus de militants chargés de massacrer ces Tutsi. J'ai refoulé les tueurs et sauvé ces réfugiés, leur permettant de s'enfuir vers l'Ouganda voisin. Après diverses mésaventures, je me suis retrouvé à Kigeme où les massacres avaient déjà commencé. On a arrêté les tueries et protégé les fugitifs. Avec d'autres officiers, nous avons publié la Déclaration de Kigeme contre le génocide, mais aussi contre les massacres du FPR qui tuait depuis 1990 chaque fois qu'il passait quelque part. En juillet 94, le gouvernement hutu a levé contre nous une expédition punitive. Nous avons été attaqués par la garde présidentielle et sauvés de justesse par les Français de l'opération «Turquoise».

Vous auriez pu demander l'asile en Europe?

- Oui. Mais je suis rentré à Kigali le 29 juillet 94. Après trois mois de camp de réadaptation, j'ai été réintégré dans les rangs de l'Armée patriotique rwandaise, la branche armée du FPR. J'ai représenté l'armée à l'Assemblée nationale et réorganisé la justice et l'administration militaire. J'ai travaillé directement avec Kagame. Il m'exploitait mais je n'en souffrais pas car j'avais l'impression de participer à la stabilisation du pays. Secrétaire général, puis secrétaire d'Etat, je suis devenu ministre de la Défense lorsque Kagame a quitté ce poste pour devenir président.

Et les problèmes ont commencé?

- J'ai réorganisé le statut des militaires et me suis opposé à l'avancement que Kagame voulait donner à des Tutsi ougandais, des officiers de sa famille ou des proches qui avaient du sang sur les mains, comme Fred Fbingira nommé général de la Division Kiga-Kitarama alors qu'il a été condamné pour les massacres de Kibeho. C'est aujourd'hui le bras droit du président. Je me suis aussi opposé à la poursuite des tueries au Congo et me suis battu pour le respect des droits de l'homme, de l'Etat de droit et de la justice. Une loi qui introduisait le Forum des partis stipulait qu'un parti politique ne pouvait se réunir que sous les auspices du FPR. J'ai dit ouvertement que c'était le début du totalitarisme. Je me suis aussi opposé à la privatisation et à la vente à des proches de Kagame de plantations de thé. Créées il y a trente ans, elles appartenaient à la population.

Vous deveniez pour Kagame un rival dangereux?

- Kagame a eu peur que je pose ma candidature aux élections d'août 2003, alors qu'il savait que je n'étais d'aucun parti politique. Soldat d'abord, je n'avais d'ailleurs pas le droit d'adhérer à un parti. Au Rwanda, les Hutu sont bien plus nombreux que les Tutsi. Ma candidature et ma respectabilité pouvaient donc représenter un risque pour le président tutsi. Ils m'ont accusé de «divisionnisme», moi qui lutte depuis toujours pour la réconciliation. Sous Habyarimana, j'ai obtenu que des Tutsi soient réintégrés dans l'armée. J'ai fait de même pour des militaires hutu sous Kagame.


Propos recueillis par RdD

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«La Suisse doit s'investir pour la paix»

Dans la nuit du 1er avril 2003, averti de sa proche arrestation par une dame tutsi, Emmanuel Habyarimana prend la fuite à pied pour l'Ouganda avec deux officiers. La dame a fait de même deux semaines après, déguisée en bonne soeur. «Mais à Kampala, on a refusé de nous garder en Ouganda», explique-t-il. «Nous avons demandé des visas à plusieurs pays. Comme la Suisse a réagi la première, nous avons pris l'avion pour Genève d'où l'on nous a conduits au Centre de Vallorbe, puis en Valais. Nous avons depuis lors reçu l'asile politique et obtenu 13 visas au nom du regroupement familial.» Aujourd'hui, l'ex-ministre se dit heureux de l'accueil que la Suisse lui a réservé. «Mais je pense que votre pays devrait s'investir pour le rétablissement de la paix dans la région des Grands Lacs.»


Amer, découragé, il ne l'est pas. «Je suis convaincu que la justice finira par triompher. Paul Kagame est un criminel qui devra répondre un jour de ses crimes, tout comme les génocidaires. Il ne pourra pas y avoir de réconciliation au Rwanda tant que l'impunité régnera.» RdD
Document source:
laliberte.ch Author:la liberte.ch
Our URL:http://www.barundi.org

46 ENTRETIEN avec l'avocat Jordi PALOU-LOVERDOS

Posté le 18.04.2008 par perewenceslas
La radio UKURI vous propose un entretien avec l'avocat espagnol Jordi Palou-Loverdos.
Il y précise que la justice espagnole ne va pas reculer dans le dossier des 40 accusés de KIGALI.

http://r94.org/files/ploverdos.mp3

45 LE RWANDA N'EST PAS SOUS JURIDICTION FRANCAISE

Posté le 19.04.2008 par perewenceslas
Paul Kagamé : "Le Rwanda n’est pas sous juridiction française"
RWANDA - 11 avril 2008 – WEB (Jeune Afrique)
Quatorze ans après le pire massacre collectif que l’Afrique ait connu, Paul Kagamé a remis le Rwanda sur les rails du progrès en appliquant une thérapie de choc : discipline de fer, développement à marche forcée et nationalisme ombrageux. Applaudi par les bailleurs de fonds anglo-saxons, il fait néanmoins l’objet d’enquêtes internationales. Dans un entretien exclusif accordé à Jeune Afrique (à paraître dans le n°2466), le chef de l’Etat rwandais s’est livré au jeu de la vérité.

Rompues en novembre 2006 (à la suite de mandats d'arrêt émis par la justice française contre des proches de Paul Kagamé), les relations diplomatiques entre la France et le Rwanda ne sont pas près d’être rétablies.

Le président rwandais estime que « le mal est profond et qu’il faudra du temps pour le résoudre ». Il trouve inacceptable que « la justice d’un pays comme la France, qui porte une responsabilité dans le génocide de 1994, se soit arrogée le droit d’inculper des leaders » de son pays. S’iI note les avancées réalisées par la France depuis quelques mois (« avec Nicolas Sarkozy, le Rwanda a enfin trouvé un interlocuteur ouvert »), il souligne toutefois que « le Rwanda n’est pas sous juridiction française. »

Résolument tourné vers le futur, Paul Kagamé entend néanmoins publier, dans le courant de cette année, le rapport de la commission Mucyo sur l’implication de l’armée française dans le génocide : « C’est notre histoire, et le seul moyen d’avancer est justement de solder ce passé une fois pour toutes », déclare-t-il. Quitte à relancer la polémique autour de l’opération Turquoise, qui « n’a en rien stoppé le massacre des Tutsis », rappelle-t-il.

Le président rwandais précise aussi que c’est le Front Patriotique Rwandais « qui a mis un terme au génocide pendant que toute la communauté internationale demeurait les bras croisés » et considère que les mandats d’arrêt lancés contre une quarantaine d’officiers rwandais s’apparente à de l’acharnement. « Cela relève de l’arrogance et du mépris absolu », dit-il. Mandats d’arrêt espagnol, procédures françaises… Pour Paul Kagamé, « tout cela est politique et n’a rien à voir avec la justice. »

« Nous ne sommes pas des criminels de guerre. Nous nous sommes battus pour la liberté et les droits de notre peuple. » Le chef de l’Etat rwandais réfute toute accusation de crimes attribués à son armée, que ce soit au Rwanda ou en République Démocratique du Congo. Au sujet de la RD Congo, il nie aussi toute implication auprès du général déchu Laurent Nkunda : « Je ne m’occupe ni de Nkunda, ni de son mouvement. Leur sort et leurs revendications sont des affaires congolo-congolaises », déclare-t-il.

Paul Kagamé revient également sur l’afflux de personnalités et investisseurs anglo-saxons au Rwanda : « Peut-être est-ce à cause de la façon avec laquelle nous sommes parvenus à surmonter la tragédie du génocide. Une récompense pour la qualité de notre gouvernance, pour le bas niveau de la corruption, pour la stabilité et la sécurité qui règnent ici », conclut-t-il.



44 KIGALI APPELLE AU SECOURS L'UNION AFRICAINE

Posté le 23.04.2008 par perewenceslas
Kigali saisit l’UA à propos des accusations espagnoles contre des officiers rwandais



APA - Kigali (Rwanda) Le gouvernement de Kigali a décidé de saisir l’Union africaine (UA) au sujet de l’affaire des 40 officiers rwandais accusés par un juge espagnol de ‘’génocide, de crimes contre l’humanité et de terrorisme’’, a appris APA lundi de source officielle.

“Nous avons porté notre dossier devant les ministres de le Justice de l’UA, à cause de cette arrogance et des abus qui caractérisent certains puissances occidentales qui sont de mèche avec des gens qui nient le génocide. Les ministres ont pris une décision”, a déclaré lundi à Kigali, le ministre rwandais de la Justice, par ailleurs Procureur général, Tharcisse Karugamara.

Il s’était rendu récemment rendu à Addis-Abeba, siège de l’UA, pour fournir des explications sur ce dossier devant ses collèges africains en conclave dans la capitale éthiopienne.

A travers sa visite, Karugamara avait également cherché à rallier à sa cause les dirigeants africains, dans ce qu’il considère comme ‘’une agression extérieure néocoloniale contre des pays africains’’.

En début d’année, le Juge Fernando Andreu de Tribunal National d’Espagne avait accusé 40 officiers rwandais de ‘’génocide, de crimes contre l’humanité et de terrorisme’’. Le Président Paul Kagame a également été mis en cause, mais ne peut être poursuivi à cause de son immunité présidentielle.

Plusieurs responsables rwandais, dont le Président Kagame et certains dirigeants de l’opposition ont vivement condamné les accusations du juge espagnol qu’ils considèrent comme un ‘’canular sans base juridique’’.

Cette action espagnole, basée sur ‘’la juridiction universelle’’ dont se prévalent certains juges occidentaux, fait suite à une action similaire initiée en 2006 par le juge français, Jean Louis Bruguière.

Dans une déclaration faite à l’issue de leur rencontre qui a eu lieu au cours du week-end à Addis-Abeba, les ministres africains de la Justice et des Procureurs généraux ont fustigé ces accusations et celles servies à d’autres dirigeants africains, soulignant qu’il s’agit là ‘’d’atteinte à la souveraineté des Etats’’.

"Les violations qui sont faites sur le principe de la juridiction universelle par certains Etats non africains, est un affront à la souveraineté des Etats », souligne le projet de déclaration signé par les ministres africains de la justice.

En conséquence, ils ont demandé à la Commission de l’UA d’étudier le dossier et de leur faire des recommandations qui seront examinées lors de la prochaine session.



SN/daj/fss/of/ APA

21-04-2008


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TPIR/RWANDA - L’ETAT DE DROIT SE TRANSFERE-T-IL COMME DES ACCUSES ? (GUICHAOUA)

Arusha, 21 avril 2008 (FH) - « L’équité et le respect des droits civils et politiques, les saines pratiques ne se décrètent pas, ne se négocient pas, ni ne se transfèrent » écrit André Guichaoua, témoin-expert au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), dans une critique sévère de la justice rwandaise.

Dans ce texte paru fin janvier dans la presse française, le sociologue français, spécialiste du Rwanda, pourtant collaborateur habituel du bureau du procureur, énonce ses réserves sur les requêtes de transfert d’accusés déposées auprès de plusieurs chambres par le procureur. Le premier débat portant sur le transfert de Yussuf Munyakazi, un ex-homme d’affaires, aura lieu jeudi au TPIR.

« En revendiquant le transfert au Rwanda des archives du tribunal et des accusés encore non jugés ou non arrêtés (…) les actuelles autorités rwandaises entendent s’approprier le travail et la légitimité du TPIR alors qu’elles figuraient elles même parmi les cibles de la politique pénale de poursuite» écrit Guichaoua évoquant l’absence de toute poursuite à l’égard du FPR.

« Jusqu’où le TPIR peut il accepter de se soumettre à l’obligation de réalisme politique que l’actuel régime rwandais impose à tous les interlocuteurs internationaux au nom de leur défection devant les massacres et le génocide de 1994 ? » poursuit il.

Une telle attitude équivaudrait, selon lui, «aux mêmes erreurs du passé lorsque de tels satisfecits officiels étaient accordés aux régimes précédents ».

« Construite dans la durée au travers d’expériences et d’épreuves qui la conforte, la confiance dans le système judiciaire rwandais doit en premier lieu être reconnue et partagée par la population rwandaise et ‘’l’opinion publique’’ internationale. Ce qui n’est manifestement pas le cas » conclut-il.

PB/AT

© Agence Hirondelle




43 UNE RWANDAISE RECHERCHEE PAR LA FRANCE

Posté le 26.04.2008 par perewenceslas
Allemagne : une Rwandaise de la délégation de Kagame recherchée par la France
RWANDA - 25 avril 2008 - AFP
Une Rwandaise de la délégation ayant accompagné mercredi et jeudi le président Paul Kagame en Allemagne fait l'objet d'un mandat d'arrêt européen émis par la France, a indiqué vendredi un porte-parole du gouvernement allemand, confirmant une information du quotidien Die Welt.

La responsable du protocole du chef de l'Etat rwandais, Rosa Kabuye, est recherchée pour sa participation présumée dans le crash de l'avion de l'ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, abattu en avril 1994.

La mort de Habyarimana avait servi de prétexte pour les milices extrémistes hutues pour lancer le génocide contre les Tutsis et les Hutus modérés.

En novembre 2006, le juge français Jean-Louis Bruguière avait signé neuf mandats d'arrêt contre des proches du président Kagame qu'il soupçonne d'être impliqués dans le meurtre du président Habyarimana.

Lors d'un point-presse, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Martin Jäger, a confirmé que ce mandat d'arrêt était "connu" du gouvernement allemand avant la visite et avait été "un thème" abordé par Berlin lors des préparatifs du voyage avec la partie rwandaise.

Berlin avait même informé Kigali des réticences allemandes, a précisé le porte-parole.

M. Jäger a expliqué que rien n'avait pu être entrepris contre Mme Kabuye, une loi allemande restreignant la compétence de la justice allemande quand il s'agit de représentants d'autres Etats qui se trouvent en Allemagne à l'invitation du gouvernement allemand, ainsi que de leur délégation.

M. Kagame a rencontré mercredi et jeudi à Berlin la chancelière Angela Merkel, le président Horst Köhler, les ministres des Affaires étrangères et de la Coopération, Frank-Walter Steinmeier et Heidemarie Wieczorek-Zeul.


18 LE PROFESSEUR RUNYINYA BARABWILIZA EN PRISON

Posté le 26.04.2008 par perewenceslas
justice: Le Professeur Runyinya Barabwiliza en prison pendant 14ans sans dossier.

Écrit le: 21, Février, 2008 - 22:02:18 (-0500 GMT)

Article par: Viyani

Le Professeur Runyinya Barabwiliza
Le Professeur BARABWILIZA RUNYINYA est emprisonné au Rwanda depuis 14 ans sans dossier !

Rwanda : Monsieur BARABWILIZA RUNYINYA est emprisonné comme un ancien opposant politique et non pas pour des crimes qu?il aurait commis.


Le Centre de Lutte contre l?Impunité et l?Injustice au Rwanda (CLIIR) demande au président rwandais, le général Paul KAGAME, d?autoriser la libération sans conditions du plus célèbre prisonnier politique détenu pendant plus de 13 ans dans les prisons rwandaises. Il s?agit de Monsieur BARABWILIZA RUNYINYA, un ancien professeur de l?Université Nationale du Rwanda (UNR) et ancien conseiller chargé des Affaires Etrangères du président Juvénal HABYARIMANA. Cet homme ne peut être accusé de quoi que ce soit parce qu?il n?était pas au Rwanda pendant le génocide. En plus, en date du 19 mai 1994, il a condamné tous les crimes de génocide dès qu?il a appris que plusieurs milliers de rwandais innocents avaient été massacrés aveuglement par les deux blocs de belligérants.

Du 6 avril au 5 juillet 1994, cet intellectuel et opposant politique au Front Patriotique Rwandais (FPR) est resté bloqué à Dar-es-salaam en Tanzanie en tant que membre de la délégation présidentielle qui avait préparé le sommet des chefs d?Etats à Dar-es-salaam. S?il a survécu à l?attentat terroriste du 6 avril 1994 qui a déclenché le génocide rwandais, c?est qu?il n?a pas fait son voyage de retour dans l?avion présidentiel qui a été abattu par un missile dès son arrivée à Kigali.

Pendant que M. BARABWILIZA RUNYINYA était bloqué à Dar-es-salaam, il ne s?est pas croisé les bras pendant les massacres d?avril à juillet 1994. Il s?est joint à d?autres intellectuels Hutus et Tutsis qui étaient bloqués comme lui à Dar-es-salaam pour dénoncer et condamner les massacres qui décimaient de nombreux rwandais pendant cette période. C?est dans ce cadre qu?il a signé le document intitulé : « Contribution à une ébauche de solution de la crise rwandaise ». Les autres co-signataires de ce documents sont : Messieurs Sylvestre UWIBAJIJE, Justin MUNYEMANA, Simon INSONERE et Jean MBANDA. Ils ont condamné les massacres dans ces termes : « Aussi voudrions-nous condamner avec la dernière énergie les massacres ignobles qui ont terni l?image de marque du Rwanda et qui ont endeuillé plusieurs familles dans le pays ». Nous reviendrons sur ce document qui sera annexé à notre communiqué.

Qui est BARABWIRIZA RUNYINYA ?

Le 24 juin 1947 : naissance de Barabwiliza Runyinya en préfecture de Gikongoro (sud du Rwanda). Après ses Humanités au Collège Christ-Roi de Nyanza (Butare), il a fait ses études supérieures à l?Université Nationale du Rwanda, à Butare, puis à l?Université Catholique de Louvain, en Belgique (1972-1974) et enfin à l?Université de Gembloux, Faculté d?Agronomie où il a obtenu un Doctorat en Aménagement du Territoire (1981-1985).

De retour dans son pays en 1985, il a été professeur à l'Université Nationale du Rwanda, dans la Faculté d'Agronomie, puis Doyen de cette même Faculté. Avec l'avènement du multipartisme, en 1991, il a été membre du parti MRNDD (Mouvement Républicain National pour la Démocratie et le Développement). Il a été nommé président du parti MRNDD dans la préfecture de Butare en juin 1993.

Depuis 1992, il était Conseiller à la Présidence, chargé des Affaires Etrangères (tout en maintenant son travail à l?Université en tant que professeur-visiteur). C'est en cette qualité qu'il s'était rendu à Dar-Es-Salaam, en Tanzanie, le 4 avril 1994, pour les négociations avec le FPR. Il n'a pu revenir au Rwanda que le 5 juillet 1994, à la recherche de sa famille qui était éparpillée au Rwanda. Il s'est installé à Cyangugu (dans la Zone Turquoise, une zone humanitaire créée par l?armée française) avec son épouse et sa fille cadette qu?il avait retrouvées à Gikongoro. Ce qui fait qu?il n?était pas dans le pays lors des tueries et du génocide.

Voici le déroulement de son arrestation et de sa détention préventive depuis plus de 13 ans :

Le 8 septembre 1994, Monsieur BARABWILIZA RUNYINYA a été arrêté arbitrairement par le général Karenzi KARAKE (il était colonel à cette époque) dès qu?il a mis les pieds à Kigali sous escorte de la MINUAR II (Mission des Nations Unies au Rwanda). Son dossier (numéro RMP 49139/S7) n?a jamais fait l?objet d?une moindre instruction judiciaire jusqu?à présent. En effet, toutes les autorités judicaires, interrogées à propos de ce dossier, ignorent pourquoi il est emprisonné depuis plus de 13 ans sans comparution devant un juge qui aurait dû normalement lui signifier le contenu de son acte d?accusation.
.
Dès que la situation dans le pays s?est un peu calmée, Monsieur BARABWILIZA Runyinya a demandé au nouveau gouvernement l'autorisation de revenir sur Kigali afin de contribuer à la reconstruction du pays. Il ne se reprochait rien et ne pensait pas subir de quelconques représailles liées au génocide qui venait de se commettre. En outre, lorsqu?il était à Dar-Es-Salaam, il avait rédigé et signé, avec d?autres membres de la délégation gouvernementale (Sylvestre UWIBAJIJE (parti PSD), Justin MUNYEMANA (parti MRNDD), Simon INSONERE (parti MDR) et Jean MBANDA (un tutsi membre du Parti Social Démocrate) un Mémorandum[i] dénonçant et condamnant les massacres. Ce mémorandum, qui avait été envoyé à tous les partis politiques, y compris le FPR, avait été apprécié par tous. Pendant qu?il était bloqué à Dar-es-salaam, il a été limogé de son poste de Conseiller à la Présidence.

L'autorisation de revenir à Kigali lui fût accordée par le gouvernement rwandais, représenté par le Ministre de l?Intérieur de l?époque, Monsieur Seth SENDASHONGA. Ce dernier, qui lui envoya une lettre datée du 25 août 1994, lui avait même fourni une escorte des soldats de la MINUAR II pour assurer son transport et sa sécurité de la zone Turquoise jusqu?à Kigali.

Le 6 septembre 1994, Monsieur Barabwiliza RUNYINYA, accompagné de soldats de la MINUAR basés à Cyangugu (dont le chef était le Major Kone BOULAYE), pris la route pour Kigali. Lorsqu?il arriva à Butare, il fût intercepté et appréhendé par des soldats du FPR dirigés par le Lieutenant KAREMERA. Celui-ci a voulu l?arrêter prétendant qu?il (RUNYINYA) aurait dirigé des attaques de miliciens dans la préfecture de Butare d?avril à juin 1994! Les soldats de la MINUAR ont exigé un mandat d?arrêt car il était sous leur protection. Mais comme il n?y en avait pas, ils l?ont escorté jusqu?à leur Quartier Général à Kigali.

Le 8 septembre 1994, le Colonel Karenzi KARAKE (Agent de liaison Gouvernement/MINUAR) est venu emmener Monsieur Barabwiliza RUNYINYA en assurant à la MINUAR que c?est le Ministre de l?intérieur, Seth SENDASHONGA, qui avait demandé à le voir. Puisque c?était ce ministre qui l?avait invité à regagner Kigali, RUNYINYA n?a pas pressenti le piège. Il accepta de suivre le colonel Karenzi KARAKE, qui avait menti pour le soustraire à la protection de la MINUAR. A partir de cet instant, RUNYINYA ne verra jamais le Ministre Seth Sendashonga (qui démissionnera le 28/08/1995 avant d?être assassiné le 16/05/1998 à Naïrobi au Kenya). Monsieur Barabwiliza RUNYINYA a été aussitôt arrêté et conduit directement au cachot de la Brigade judiciaire de Remera située au nord-est de la capitale rwandaise Kigali. Là-bas, le Capitaine Joseph NZABAMWITA (Commandant adjoint de la Directorate of Military Intelligence (DMI[ii]) l?a incarcéré sans autre explication.

Le 5 octobre 1994, RUNYINYA a été transféré à la prison de très haute sécurité à Rilima (Kigali Rural) où il a été torturé avec d?autres anciens dignitaires du régime de Habyarimana.

Le 21 août 1997, on l'a transféré à la prison de Karubanda à Butare (dans la préfecture qu?il habitait en 1994). C?est dans cette prison qu?il est incarcéré depuis ce jour et sans aucun jugement. Ce qui est encore plus grave, c'est qu'il n'y a même pas de dossier connu à sa charge. RUNYINYA a écrit plusieurs lettres aux autorités judiciaires rwandaises demandant à ce qu'il passe devant un tribunal même le Gacaca mais en vain. Voici quelques exemples[iii]:

· 21 février 2000: Lettre au Procureur de la République, Parquet de Butare

· 10 avril 2000: Lettre au Ministre de la Justice avec copie au Procureur Général de la Cour Suprême

· 18 septembre 2000: Lettre au nouveau Procureur de la République, Parquet de Butare

· 2 novembre 2000: Lettre au Procureur de la République, Parquet de Butare

· 3 octobre 2001: Lettre au Procureur Général de la Cour Suprême

· 12 mai 2002: Lettre au Procureur Général de la Cour d?Appel.


Une seule lettre du Procureur Général Gérard GAHIMA au Procureur de la République du Parquet de Butare du 3 juillet 2000 témoigne que les lettres de RUNYINYA ont eu l?attention d?au moins un destinataire !

Il faut souligner que son épouse, Winifrida GASHARANKWANZI, a été appréhendée en septembre 1994 également et a été incarcérée à Cyangugu, puis à Kigali (détention secrète dans un container à Kacyiru) où elle est décédée dans des conditions inhumaines en décembre 1994. Ses enfants n?ont appris le décès de leur mère qu?en Avril 1995 par le biais de Monsieur Boniface RUCAGU (actuellement gouverneur de la province du Nord au Rwanda). Ce n?est que quelques années plus tard que les enfants de RUNYINYA ont eu la version détaillée de la mort de leur mère par un témoin oculaire Monsieur Gad GATORANO (aujourd?hui Réfugié Politique à Genève, Suisse). Les deux témoins avaient été emprisonnés avec l?épouse de RUNYINYA. Monsieur GATORANO n?a pu sortir de la prison qu?en 1995 (après que sa femme soit décédée également) grâce à l?intervention du Président Ougandais Yoweri Kaguta MUSEVENI, approché lui-même par Monsieur Silas MAJYAMBERE (commerçant influent au sein du FPR) dont la soeur, Marie, était l?épouse défunte de Monsieur Gad GATORANO.


Les enfants de RUNYINYA, orphelins de mère, ont essayé de mener quelques actions afin d?obtenir la libération de leur père. La cadette de la famille s?est rendue au Rwanda en octobre 2004 et a rencontré le Procureur Général Jean De Dieu MUCYO qui était auparavant Procureur de la République à Butare. Ce dernier lui a dit qu?il allait d?abord chercher le dossier de RUNYINYA car il ne savait pas où il se trouvait! Mais il a aussi insinué que même avec le dossier, rien ne sera fait! Elle a aussi rencontré l?ancienne Ministre de la Justice, Madame Edda MUKABAGWIZA. Mais faute d?arguments valables sur la motivation de la détention de RUNYINYA, la ministre lui a dit que c?était un cas très complexe et qu?elle était trop jeune pour comprendre puisqu?elle avait à peine 15 ans en 1994.


En Belgique, les enfants de RUNYINYA ont contacté Amnesty International depuis 1998. Dans un premier temps, AMNESTY leu a répondu que le cas du Rwanda était trop compliqué pour eux. Quand AMNESTY a été contacté de nouveau en 2007, cette organisation leur a répondu par courrier (lettre du 25 mai 2007) que ?Amnesty International ne peut actuellement leur apporter aucun soutien étant donné que le cas dont ils font part sort du cadre de sa mission?. Pourtant, dans la même lettre, il est dit que ?la mission d?Amnesty consiste à entreprendre des recherches et à mettre en place une action dans le but de s?opposer et de mettre un terme aux violations graves du droit à l?intégrité physique et mentale, du droit de la liberté d?opinion et d?expression, et du droit de toute personne à vivre libre de toute discrimination?! Les enfants ne comprennent donc pas comment le cas de RUNYINYA n?entre pas dans le cadre d?action d?AMNESTY.

En juin 2007, les enfants de RUNYINYA ont rencontré M. André FLAHAUT, Ministre de la Défense belge, qui a contacté son homologue rwandais, le Général Marcel GATSINZI. Ce dernier lui a répondu que ce cas dépendait uniquement du Procureur de la République et que personne n?y pouvait rien.

Voilà donc où en est la situation tragique de Monsieur Barabwiliza RUNYINYA que notre Centre qualifie de « prisonnier politique » au vrai sens du terme.

RECOMMANDATION : Le Centre de Lutte contre l?Impunité et l?Injustice au Rwanda demande la libération immédiate de Monsieur BARABWILIZA RUNYINYA. Le Centre recommande également la libération des autres prisonniers politiques que le régime FPR maintient en prison sous la fausse accusation de participation au génocide rwandais de 1994.

Source:Iwacu1.com

41 Audition du Père Guy THEUNIS à L'ASSEMBLEE NATI

Posté le 26.04.2008 par perewenceslas
Père Guy Theunis en tenue de prisonnier du Rwanda. Le prêtre a été arrêté en transit à l'aéroport de Kigali, en moins de 24heures, des "témoins" seront trouvés pour l'accuser de génocide. Cette délation a été dénoncée par RSF Reporters sans Frontières.

Audition du père Guy Theunis, prêtre au Rwanda de 1975 à avril 1994, membre de la Société des missionnaires d’Afrique (Pères Blancs)à l'Assemblée Nationale

source http://www.voltairenet.org/article7847.html
28 avril 1998

Présidence de M. Paul Quilès, Président

Le Président Paul Quilès a accueilli le père Guy Theunis, membre de la Société des Missionnaires d’Afrique, prêtre au Rwanda de 1970 à 1994, qui a exercé, de 1989 à 1994, diverses activités à Kigali, en particulier dans le domaine des médias.

Le père Guy Theunis, s’exprimant en son nom personnel, a souhaité préalablement lever une ambiguïté entretenue par la presse française en précisant qu’il n’avait jamais été, ni n’était le responsable des missionnaires Pères Blancs au Rwanda mais que pendant les 23 ans où il y avait vécu, il avait milité dans divers organismes de défense des droits de l’homme, dans des mouvements contre la violence et dans divers médias.

En mémoire des nombreuses victimes civiles et militaires du drame rwandais, qu’elles soient françaises, belges, hutues ou tutsies, il a demandé que soit observée une minute de silence.

Le père Guy Theunis a précisé que son témoignage était celui d’un membre de l’Eglise catholique, membre actif de la société civile rwandaise, responsable de la revue Dialogue de 1989 à 1992 au Rwanda, puis de 1994 à 1995 en Belgique et enfin secrétaire exécutif du projet Reba Video, conçu pour collaborer avec la télévision rwandaise.

Il a indiqué qu’en sa qualité de fondateur de l’Association rwandaise pour la défense des droits de la personne et des libertés publiques (ADL), il avait été responsable de ses publications et plus particulièrement de deux rapports successifs sur la situation au Rwanda : le premier, portant sur la période de septembre 1991 à septembre 1992, fut à l’origine de l’enquête internationale qui a eu lieu en janvier 1993, le second couvrant la période d’octobre 1992 à octobre 1993. Il a ensuite souligné qu’il avait eu peu de contacts au sommet, ni avec les militaires français, malgré les relations intéressantes qu’il a entretenues avec les deux ambassadeurs de France dont il a regretté le non-engagement en faveur de la défense des droits de l’homme. Ayant dû quitter précipitamment le Rwanda le 14 avril 1994, et y abandonner l’ensemble de sa documentation, il a indiqué que son témoignage ferait surtout appel à sa mémoire et reprendrait pour partie des éléments déjà exposés devant la Commission d’enquête du Sénat belge. Il a souhaité se limiter à quelques points peu connus et à quelques questions, de façon à livrer à la mission sa vision du déroulement des événements en insistant sur la place et le rôle de la France.

Reprenant sa déclaration devant le Sénat belge, il a rappelé qu’il trouvait inadmissible que l’on ait retiré le contingent belge de la MINUAR, qui disposait de l’infrastructure, de la logistique et des communications de la force internationale, sans le remplacer par un autre aussi crédible et de même valeur. C’est pour cette raison qu’il a déclaré avoir honte d’être Belge. Dans le rapport du Sénat belge, il est précisé qu’une campagne diplomatique a été conduite pour amener tous les Etats à soutenir la position du Gouvernement belge. Cette initiative gouvernementale incombe, selon lui, au ministère des Affaires étrangères belge qui doit en porter l’entière responsabilité. Il a estimé que si, au lieu de se retirer, la Belgique avait fait appel aux troupes françaises, américaines et italiennes présentes au Rwanda ou dans des pays proches du Rwanda, le génocide aurait pu être évité. Il a dit ne pas comprendre que le FPR n’ait pas explicitement demandé à la Belgique de ne pas quitter le pays, puisqu’il lui avait demandé de participer au maintien de la paix.

Il a déclaré que l’appréciation qu’il portait sur la Belgique valait aussi pour la France car celle-ci, en sa qualité de membre permanent, a pris part aux décisions du Conseil de Sécurité de l’ONU du 15 avril qui constituent selon lui la cause essentielle du génocide.

A son avis, la presse n’a pas suffisamment montré que le mois d’avril 1994 pouvait être scindé en trois phases distinctes, comme le met en évidence Mme Alison Des Forges.

D’une part, l’attentat contre l’avion présidentiel le 6 avril n’a pas déclenché un génocide mais plutôt des massacres politiques et ciblés. Ce sont des ministres, le Président de la Cour suprême, des membres de l’opposition qui ont été tués dans les premières heures et les premiers jours au cours desquels certains d’entre eux étaient nommément recherchés.

D’autre part, la décision du Gouvernement belge du 11 avril de retirer ses militaires et la constitution du gouvernement intérimaire ont eu pour effet de modifier le comportement de la frange hutue des partis d’opposition (MDR, PL, PSR). En effet, ces personnes sont alors sorties de leurs cachettes pour prêter main forte aux miliciens, aux Interahamwe du MRND et aux membres de la CDR, ce qui a constitué le début des massacres de Tutsis en tant que Tutsis.

Enfin, le débat de l’ONU du 15 avril marque véritablement le début du génocide avec les massacres perpétrés les 16 et 17 avril à Gitarama, préfecture qui avait été épargnée jusque là, et à Butare, dans le sud, où les miliciens du nord ont pénétré le 19 avril et tué les autorités locales pour les remplacer par des extrémistes.

Le père Guy Theunis s’est déclaré convaincu que, jusqu’au 15 avril, il aurait été possible d’empêcher le génocide. Il a estimé que le retrait des Casques bleus avait, d’une part, laissé libre cours à la participation populaire aux massacres et avait, d’autre part, favorisé leur extension à l’ensemble du pays. Il a également insisté sur la responsabilité incombant aux pays occidentaux dans la suite des événements qui se sont déroulés au Rwanda.

Il a ensuite exprimé son sentiment sur l’opération Turquoise. Admettant ne pas connaître l’ensemble des motivations ayant conduit à son déclenchement, il a noté qu’elle correspondait à l’appel lancé par le père Henri Blanchard sur une chaîne télévisée française et a souligné que cette action positive avait permis de sauver non seulement des milliers de vies tutsies mais aussi des dizaines de milliers de victimes potentielles. En effet, le risque était grand que ces populations, voulant se réfugier au Burundi, n’y déclenchent encore d’autres massacres. 200 000 personnes sont parties au Burundi alors qu’il y en aurait eu bien davantage si l’opération Turquoise n’avait pas eu lieu.

La présence des troupes françaises a aussi empêché que l’APR, qui avait déjà éliminé des milliers de personnes dans les régions dont elle avait pris le contrôle, se livre à de nouveaux massacres dans la zone de sécurité qui avait été créée. En permettant à de très nombreux Rwandais de ne plus avoir à fuir, l’opération Turquoise a épargné la vie de plusieurs milliers de personnes dans la zone des préfectures de Gikongoro, Kibuye et Cyangugu. Même s’il y a eu des massacres à Kibeho et dans les camps de réfugiés du Zaïre, dans la région de Bukavu, il y aurait eu encore bien davantage de victimes si toutes les populations avaient quitté le pays.

Face à ces drames, il a déploré l’absence de politique commune des pays européens, estimant que si la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la Belgique avaient, depuis 1990, coordonné leurs actions, le génocide aurait été évité. Si certains prônaient, à raison, la réconciliation et le dialogue dans le cadre de la négociation des accords d’Arusha, d’autres au contraire, en s’appuyant sur des diplomaties parallèles et secrètes, ont permis aux divisions internes de se développer.

Après avoir rappelé qu’il était attaché à rechercher toute la vérité, le père Guy Theunis a souhaité faire part à la mission de ses nombreuses interrogations afin, selon lui, d’éclairer le drame rwandais.

Pour mieux comprendre les causes des massacres, il a déclaré qu’il convenait non seulement de faire la lumière sur l’origine des missiles ayant abattu l’avion présidentiel, mais aussi sur les nombreux trafics ayant permis la création de dépôts d’armes à Goma et Gisenyi. Un Belge, d’origine burundaise, Mathias Hitimana, et un Français, dont l’identité n’a pas été établie, se seraient livrés à ces trafics et un rapport établi par Human Rights Watch fait également état de l’implication de la France dans les livraisons d’armes au Rwanda.

Il convient aussi de comprendre pourquoi les Adjudants-Chefs René Maier et Alain Didot, et son épouse, ont été assassinés par le FPR le matin du 8 avril. Ces meurtres de deux gendarmes du GIGN ayant pour mission de surveiller les communications est d’autant plus troublant qu’il se situe chronologiquement à un moment où le FPR n’exécutait que des victimes figurant sur des listes préétablies. Avec qui ces personnes avaient-elles des contacts et de qui dépendaient-elles puisqu’elles ne faisaient pas partie du DAMI ? Se pose aussi la question du suicide à l’Elysée de M. François de Grossouvre, Conseiller du Président de la République, qui était en relation avec un personnage clé et fumeux : le Capitaine Paul Barril.

Reprenant ses déclarations faites devant la Commission d’enquête du Sénat belge, le père Guy Theunis a indiqué qu’il avait été établi que dix soldats belges avaient été tués à Kigali le 6 avril. Or, le Général Romeo Dallaire et le Général Ndindiliyimana se sont rendus à la morgue de Kigali où ce dernier a affirmé avoir recensé onze corps de Blancs. Qui était cette onzième victime ? Comment se fait-il que les autorités belges aient fait pratiquer les autopsies de seize corps à Nairobi le 10 avril 1994 et non à Bruxelles et n’aient révélé la nationalité que de quatorze d’entre elles : dix Belges, deux Marocains, un Portugais et un Zimbabwéen. Que sont devenues les dépouilles des deux autres victimes et quelles étaient leurs identités ?

Un certain Jean-Pierre, qui savait beaucoup de choses, qui a joué un rôle d’informateur au mois de janvier 1994 et qui demandait l’asile politique dans un pays occidental, a-t-il eu des contacts avec l’ambassade de France ?

Comment se fait-il que la France, patrie des droits de l’homme, conviée à la conférence de presse organisée par l’ambassadeur belge après les tortures infligées dans les locaux de la présidence au journaliste Boniface Ntawuyirushintege, n’ait pas été représentée alors que de nombreuses ambassades y avaient dépêché des représentants, même si, il est vrai, des organisations françaises ont apporté leur soutien à cette démarche.

Comment expliquer la présence de militaires français, dont Pascal Estrevada, en mars et avril 1994 à Kigali alors que la France avait retiré son contingent ?

Enfin, quelles sont les raisons qui ont empêché la France de conduire une enquête sur l’attentat commis contre l’avion présidentiel alors que le Général Romeo Dallaire et le gouvernement intérimaire, accueilli à Paris à l’époque, en avaient officiellement fait la demande et proposé que la France prenne la présidence de la Commission qui en serait chargée, comme en témoigne deux lettres dont la mission peut avoir communication.

Le père Guy Theunis a terminé en citant les propos que lui aurait tenus l’Ambassadeur de France, M. Georges Martres : " je ne comprend pas, je reçois des ordres de l’Elysée, de Matignon, d’ailleurs parfois contradictoires, et je ne sais pas lesquels je dois suivre. "

Après avoir relevé que la mission entendait des témoignages pour s’informer et qu’elle ne répondrait donc pas aux questions posées mais au contraire les relaierait et les poserait elle-même, le Président Paul Quilès, notant que le père Theunis avait été très discret sur le rôle de l’Eglise catholique au Rwanda, lui a demandé s’il pouvait caractériser l’attitude de cette dernière à l’égard des violations des droits de l’homme et indiquer si cette question avait été évoquée lors des visites du pape en septembre 1990 et du cardinal Etchegaray en mai 1993.

Rappelant que le pape avait déclaré en 1996 que, si des représentants de l’Eglise avaient failli en 1994, ils devaient être punis, il a souhaité savoir à quelles personnalités ecclésiastiques il était ainsi fait allusion.

Le père Guy Theunis a apporté les éléments de réponse suivants :

- lors du recensement de 1991, près de 90 % des Rwandais se sont déclarés chrétiens, soit 62 % catholiques, 18 % protestants et 8 % adventistes. Par ailleurs, depuis l’époque coloniale, l’Eglise catholique est une puissance au Rwanda, une sorte d’Etat dans l’Etat. Cependant l’Eglise, ce sont d’abord les Rwandais eux-mêmes et ceux-ci n’ont pas forcément toujours agi selon la foi. Si des milliers de chrétiens rwandais, dont certains ont agi au nom de leur foi et l’ont dit, en ont défendu d’autres et ont parfois été eux-mêmes tués pour cela, d’autres Rwandais chrétiens ont tué ; cependant ils n’ont alors pas agi comme chrétiens mais comme Rwandais hutus ou tutsis. Le rôle de l’Eglise est un rôle d’évangélisation, c’est une conscience morale au sein de la société civile et sa contribution a été importante dans ce domaine : c’est largement grâce à l’intervention d’évêques, notamment le Président de la conférence épiscopale Thaddée Nsengiyumva et de responsables protestants dans le cadre du comité qu’ils avaient fondé ensemble que les accords d’Arusha ont pu être conclus ; ce sont eux qui ont mis le Président Habyarimana et les responsables du FPR autour de la même table. L’Eglise catholique a donc le plus souvent été un moteur de pacification. Cependant, les responsables de l’Eglise rwandaise sont également Hutus ou Tutsis. Certains d’entre eux ont été incapables de transcender leur situation particulière, comme l’Evêque de Kigali, Vincent Nsengiyumva, resté toujours très proche du Président Habyarimana et qui avait accepté d’être membre du comité central du MRND, responsable de la commission sociale, même s’il a démissionné en 1985 sous la pression populaire et dans la perspective d’une visite du Pape au Rwanda.

Le père Guy Theunis a renvoyé, pour de plus amples développements sur l’implication de l’Eglise catholique, à l’article qu’il avait écrit en 1994 dans l’ouvrage Les crises politiques au Burundi et au Rwanda, publié sous la direction d’André Guichaoua.

Il a souligné que, lors de la visite du pape en 1990, le problème clé était celui des réfugiés, le comité du MRND ayant refusé leur retour en 1986. Le pape a posé la question dès son arrivée. Une commission avait été mise en place et un début de solution a été trouvé en octobre 1990. Il n’est pas impossible que l’invasion de 1990 ait été décidée pour empêcher la mise en oeuvre d’une solution politique de la question des réfugiés.

Par ailleurs, le pape, s’il a joué son rôle, n’a qu’une autorité morale et ne dispose pas de force de coercition. Aussi cette autorité ne peut être forte que si l’opinion publique vient l’appuyer ; en revanche, elle reste faible lorsque tel n’est pas le cas.

M. Roland Blum, revenant sur le rôle de l’Eglise catholique au Rwanda et mentionnant les critiques de l’abbé Sibomana, accusant cette dernière d’avoir contribué aux violations des droits de l’homme, a demandé des précisions sur ce point et s’est enquis des positions prises par le cardinal Etchegaray lors de sa visite au Rwanda.

Rappelant qu’il avait suivi le voyage du cardinal Etchegaray de près, étant responsable de la partie de son organisation concernant les médias, le père Guy Theunis a apporté les éléments de réponse suivants :

- le cardinal Etchegaray est la première personnalité politique à avoir voulu rencontrer, lors de sa visite au Rwanda, à la fois les responsables du pays et ceux du FPR. Il a reçu un excellent accueil dans les régions tenues par le FPR et il a tenu le même langage des deux côtés, ce qui a établi sa crédibilité au service de la modération et de la paix ;

- l’abbé Sibomana -on peut se reporter à son livre Gardons espoir pour le Rwanda- n’a pas accusé l’Eglise catholique comme telle. En revanche, il a eu des difficultés avec certains membres de l’Eglise tel que l’archevêque de Kigali qui, mis par l’abbé Sibomana lui-même devant des documents significatifs, n’a pas hésité à les déchirer plutôt que de devoir en tenir compte. Responsable éminent de l’ADL, l’abbé Sibomana a refusé de rencontrer le Président Habyarimana en compagnie de l’archevêque, dénoncé avec courage et au péril de sa vie les dérives, tant sous le régime Habyarimana que sous celui du FPR, et s’est avéré très fiable en montrant ses capacités à distinguer au sein de l’Eglise les personnalités porteuses de paix et d’avenir et celles qui envenimaient la situation.

S’étonnant également que le père Guy Theunis n’ait pas évoqué le rôle de l’Eglise catholique dans sa déclaration liminaire, M. François Loncle a souhaité évoquer non seulement le rôle de la hiérarchie catholique rwandaise mais aussi celui de la hiérarchie catholique non originaire du Rwanda. Il a mentionné l’archevêque André Perraudin, Suisse et évêque de Kabgayi de 1956 à 1989, résidant actuellement dans le Valais, près de Sion, dont il a estimé qu’il pouvait être intéressant pour la mission de l’entendre, et fait état de la manière partisane dont celui-ci avait opposé les ethnies l’une à l’autre, certains allant jusqu’à dire qu’il avait accompagné le processus conduisant au génocide. Il a également cité les évêques français au Rwanda qui, entre 1922 et 1945, avaient théorisé la supériorité des Tutsis sur les Hutus. Il en a conclu que des responsables de l’Eglise catholique, dont Mgr André Perraudin, avaient eu au Rwanda un rôle contestable et négatif, y compris au moment du génocide.

M. Bernard Cazeneuve a cité le mandement de Carême de Mgr Perraudin du 11 février 1959 : " Constatons tout d’abord qu’il y a réellement au Rwanda plusieurs races assez nettement caractérisées, bien que des alliances entre elles aient eu lieu et ne permettent pas de dire toujours à quelle race tel individu appartient. Cette diversité de races dans un même pays est un fait normal contre lequel d’ailleurs nous ne pouvons rien ". Il a ensuite demandé si le fatalisme de ce discours n’aboutissait pas à authentifier le fait ethnique et n’avait pas pu alimenter les dérives évoquées par M. François Loncle.

Il a également cité un article, paru le 18 avril 1994 dans le Journal de Genève, présentant l’attitude de Mgr Perraudin quelques jours après le début du génocide : " Condamner et comprendre. Le prélat valaisan condamne vivement les massacres perpétrés ces derniers jours par des extrémistes hutus, ces massacres qui ont déjà coûté la vie à plus de vingt prêtres, la plupart de l’ethnie tutsie. Mais s’il condamne, il ajoute : je les condamne, mais j’essaie de comprendre. Ils agissent par colère et par peur, par colère contre le meurtre de leur Président, Juvénal Habyarimana, le 6 avril dernier et par peur de retomber dans l’esclavage ". Il a demandé au père Guy Theunis quelle était sa position vis-à-vis de cette déclaration et, notant qu’il n’y était pas fait mention du génocide ni de massacres, à quel moment l’Eglise catholique avait officiellement dénoncé le génocide.

Enfin, en ce qui concerne le rôle de la presse d’obédience catholique au Rwanda, M. Bernard Cazeneuve a évoqué le journal Kinyamateka créé en 1933 et très lié à la conférence des évêques catholiques qui, à partir de 1987, s’est montré très critique vis-à-vis du régime du Président Habyarimana. Citant un éditorial du père Guy Theunis paru dans la revue Dialogue, parlant de " confirmer des signes positifs avant la dénonciation " et rappelant que le numéro du vingtième anniversaire de Dialogue avait publié un message très laudatif du Président Habyarimana, il a demandé quelles étaient les positions respectives de Dialogue et de Kinyamateka et quel était le sens précis de l’expression " confirmer des signes positifs avant la dénonciation ".

Après avoir estimé que M. François Loncle était très mal informé, ce qui a entraîné de vigoureuses dénégations de celui-ci, qui a rappelé qu’il citait des témoins rwandais, le père Guy Theunis a apporté les réponses suivantes :

- en posant la question du fait ethnique dans son mandement de Carême, Mgr Perraudin avait simplement rappelé une situation objective : les livres montrent que le problème ethnique existait déjà lors de l’arrivée des Pères Blancs au Rwanda dès le début du XXème siècle et que, si l’évêque français Mgr Classe avait appuyé, à tort sans doute, la systématisation par les Allemands et les Belges, d’un régime en fait beaucoup plus complexe, c’est le pouvoir politique allemand puis belge qui était responsable de cette simplification sociale et de cette systématisation et non pas l’Eglise catholique, même si celle-ci avait ainsi soutenu le pouvoir en place ;

- s’agissant de l’article du Journal de Genève, seul Mgr Perraudin pourrait préciser le sens de ses propos et c’est à lui qu’il faudrait le demander ;

- la première autorité politique d’envergure qui ait parlé du génocide, c’est le pape Jean-Paul II. En effet, la revue Dialogue, reprenant l’Osservatore Romano du 3 mai 1994 relate ainsi les propos tenus par le pape : " Rappelons que lors de l’audience générale du 27 avril 1994, le pape consterné a appelé les fidèles à une prière fervente pour le Rwanda martyrisé en ces termes : "Très inquiet, je vous invite à une prière intense et fervente pour le Rwanda. La tragédie de ces populations semble ne jamais vouloir s’arrêter : barbarie, vengeance, tueries, sang innocent versé, partout l’horreur et la mort. J’invite ceux qui détiennent les responsabilités à une action généreuse et efficace pour que cesse ce génocide." "

En conséquence, l’Eglise catholique, par la voix de son plus haut représentant, a reconnu cette réalité l’une des premières, avant, par exemple, M. Alain Juppé, qui n’a pourtant pas tardé, et ce d’autant plus vite qu’on ne pouvait pas encore parler de génocide dans les premiers jours qui ont suivi l’attentat contre l’avion du Président Habyarimana.

- Kinyamateka et Dialogue travaillaient ensemble et avaient la même ligne éditoriale, dénonçant les limites du régime du Président Habyarimana. Les deux revues étaient d’ailleurs installées dans le même bâtiment, l’abbé Sibomana et le père Theunis lui-même étant l’un président, l’autre trésorier de l’Association des journalistes du Rwanda. Le Président Habyarimana avait du reste fini par demander l’expulsion du père Theunis du pays en raison des positions qu’il défendait, ce que certains semblent avoir oublié, si jamais même ils l’ont su.

Le Président Paul Quilès a souligné que c’est en raison de son expérience que le père Guy Theunis était aujourd’hui entendu par la mission d’information.

M. Pierre Brana a insisté sur le fait que le génocide rwandais devait représenter une plaie vive au coeur de l’Eglise catholique car la population était christianisée à plus de 90 %. Il a demandé à quelle date a commencé ce que l’on pourrait appeler une certaine fascisation sous la forme d’une propagande raciste anti-tutsie, si on avait une idée du moment à partir duquel a commencé la planification du génocide et s’il était plausible d’imaginer que deux millions de Rwandais aient participé à un crime de sang.

M. Pierre Brana a également demandé au père Guy Theunis quelle signification il attachait à l’existence d’un onzième corps en plus de ceux des dix soldats belges et pourquoi il avait autant insisté sur le rôle de l’informateur Jean-Pierre.

Le père Guy Theunis a tout d’abord demandé que les députés veuillent bien l’excuser d’avoir parfois réagi trop fortement à leurs remarques mais il est vrai que le Rwanda demeure une plaie vive. Il a présenté le Rwanda comme un pays où la population se dit plus chrétienne qu’elle ne l’est. Mais on retrouve ailleurs en Afrique centrale, au Burundi, en Ouganda, à l’est du Zaïre, une proportion de chrétiens similaire à celle du Rwanda. Au Rwanda, les Pères Blancs sont arrivés en même temps que les Allemands et jusqu’au départ de ces derniers en 1916, les Pères Blancs étaient plus nombreux qu’eux dans le pays. Les écoles, les centres de santé et de développement, les foyers sociaux étaient entre les mains de l’Eglise catholique gérés par elle. Cette situation a continué avec les Belges.

Le père Guy Theunis a rappelé que le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND) avait été fondé le 5 juillet 1975 et que dès 1976, certaines personnalités ont émis des doutes sur sa nature. Il faut toutefois attendre 1980 pour que les premières difficultés apparaissent avec la diffusion de certains tracts et l’emprisonnement de M. Théoneste Lizinde. Le processus de fascisation est fondé sur un système de parti unique qui conduit à un régime politique militarisé, un de ces régimes que les Occidentaux se plaisent parfois à favoriser au détriment de la démocratie.

Le père Guy Theunis a nié qu’il y ait eu une propagande anti-tutsie organisée par le pouvoir mais qu’il convenait plutôt de parler de déclarations d’hommes de pouvoir. La plus malheureuse a été celle de M. Ferdinand Nahimana, le directeur de l’Office rwandais d’information (ORINFOR), en mars 1992, qui fut à l’origine des massacres de la région du Bugesera. Il y a eu en revanche une véritable propagande anti-tutsie à la Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM) mais celle-ci avait un statut de radio libre privée. Cette radio, constituée en réaction au limogeage de M. Nahimana, a commencé à émettre à partir d’août 1993. Elle employait de nombreuses personnes liées au pouvoir qui voulaient retrouver un canal d’expression et était installée à Kigali près de la présidence. Les mots d’ordre anti-tutsis ne furent toutefois lancés qu’à partir du 15 avril 1994 et leur reprise par la radio RTLM ont contribué alors à l’amplification du génocide. Pour combattre cette radio, le projet d’une radio catholique avait été conçu. Il avait bénéficié d’une autorisation d’émettre mais les moyens techniques n’étaient pas disponibles sur place.

Le père Guy Theunis a considéré qu’il n’y avait pas eu de planification du génocide en tant que tel mais plutôt planification des massacres politiques. Dans ce pays quadrillé, des listes circulaient, écrites ou pas, préparées dans chaque cellule du MRND, mais elles établissaient des distinctions et n’avaient pas le caractère indifférencié d’une démarche de génocide.

Le père Guy Theunis a expliqué que les massacres étaient commis par des commandos de trente à quarante personnes réunies autour de quelques militaires ou membres de Interahamwe, non pas pour tuer, mais pour voler et piller, voire par curiosité. Le chiffre de deux millions est une estimation exagérée du nombre de Rwandais ayant commis un crime de sang. Il y a en prison aujourd’hui au Rwanda environ 150 000 personnes. Certes, de nombreux responsables du génocide sont partis à l’étranger ou ne sont pas rentrés du Zaïre, où ils entretiennent une situation de rébellion à l’égard du gouvernement de Kigali, mais il ne faut pas confondre les divers degrés de responsabilité. La loi rwandaise, qui distingue quatre catégories de crime, devrait contribuer à clarifier la situation, en accordant un sort différent à tous ceux, nombreux, qui pauvres ou désoeuvrés, se sont livrés à des violences et des destructions de gravité variable.

Le père Guy Theunis a estimé qu’il était important d’identifier le onzième corps car cela permettrait de savoir quelles autres personnes, en dehors des forces en place, sont intervenues au Rwanda. Ce corps a été autopsié à Nairobi à la demande des militaires belges mais la page qui permettrait de l’identifier a été arrachée du registre. Le père Guy Theunis s’est dit persuadé que le compte rendu de cette autopsie se trouvait dans un ministère belge. Ce que l’on sait, c’est qu’il s’agit d’un Blanc, peut-être d’un Français.

Le Président Paul Quilès a rétorqué qu’il pouvait être également d’une autre nationalité, ce dont a convenu le père Guy Theunis.

Le père Guy Theunis a rappelé que Jean-Pierre, personnalité trouble qui vit toujours à Kigali, avait donné des informations fiables, en indiquant par exemple l’endroit où se trouvaient les armes qui ont été distribuées à la population par le MRND et qu’il avait, le premier, parlé d’événements graves à venir. Les ambassades, qui ont toutes refusé d’accorder une protection à Jean-Pierre, savaient beaucoup plus de choses dès janvier 1994, qu’il n’en savait lui-même.

M. Kofi Yamgnane a demandé comment le père Guy Theunis pouvait expliquer qu’il y ait eu une véritable participation populaire au génocide, y compris de représentants de l’Eglise catholique en tant que Hutus.

Le père Guy Theunis a rappelé que le système foncier étatisé rwandais permettait à l’autorité communale d’enlever leur terre aux paysans, qui n’en étaient pas propriétaires. Aussi était-il très difficile aux paysans, par ailleurs traditionnellement très soumis, de refuser de suivre un bourgmestre et de prendre le risque économique d’être dépossédés. En outre, certains ont profité des événements pour s’emparer de la terre du voisin.

Mais l’élément le plus déterminant a été la radio RTLM et son endoctrinement idéologique, facilité par le fait que les gens étaient mal informés. Peu savaient lire. Leur seul moyen d’information était la radio . Ils ne savaient pas la vérité. Pour les réfugiés dans les camps, le FPR était l’auteur de tous les massacres. La BBC ou Voice of America n’émettaient pas à l’époque en kinyarwanda, la première radio à le faire fut la radio Amahoro (pour la paix).

Enfin, le père Guy Theunis a mis en avant les rivalités locales, tout en insistant sur le fait que la différenciation entre Tutsis et Hutus relève davantage de la simple convention que de la réalité ethnique. Un frère et une soeur peuvent être l’un Hutu et l’autre Tutsi car si l’ethnie à laquelle on appartient après le mariage légal est celle du père, avant le mariage, c’est celle de la mère. Toutefois, il est vrai que les réflexes ethniques ont joué, même si la situation, particulièrement au centre et au sud, était très complexe, certains étant aujourd’hui rejetés des deux côtés.

Rappelant que l’Eglise catholique constituait au Rwanda " un Etat dans l’Etat " et qu’elle était responsable de l’éducation, M. Michel Voisin a souhaité savoir si les programmes éducatifs qu’elle établissait faisaient référence aux précédents génocides qui avaient eu lieu depuis le début des années cinquante. Il s’est également interrogé sur l’accueil favorable réservé par l’Eglise à l’abbé Wenceslas Munyashyaka accueilli actuellement dans l’Eure et dont on dit qu’il a pris une part importante dans les événements.

Le père Guy Theunis s’est demandé qui pouvait répondre à ces questions. Il a indiqué que la mère de l’abbé Wenceslas Munyashyaka tutsie était toujours vivante alors que son père hutu avait été tué à Kigali. Il a précisé que le père Wenceslas Munyashyaka avait sauvé 18 000 personnes dans sa paroisse à Kigali. Comme il n’avait pas de réserves, il a sûrement pillé pour les nourrir. On lui a déconseillé d’attendre le FPR et il s’est réfugié dans un camp où là aussi il risquait sa vie pour avoir sauvé des Tutsis, il était donc menacé par les extrémistes des deux côtés. Les milices Interahamwe souhaitaient sa mort. Un évêque français a pris la responsabilité de l’accueillir en Europe, compte tenu de sa situation et de ce qu’il avait fait. Il n’est donc pas honnête de le présenter comme on le fait parfois. Le père Wenceslas Munyashyaka n’a jamais été en Belgique et est arrivé directement en France. Il avait été désigné comme responsable de la radio d’Eglise qui devait être mise en place à Kigali pour contrer la RTLM. Mais, en raison des oppositions des autorités de l’Etat et de l’archevêque de Kigali, les moyens techniques et matériels pour émettre n’ont jamais été obtenus.

Après que M. Kofi Yamgnane eut demandé qui protégeait le père Wenceslas Munyashyaka maintenant, le père Guy Theunis a ajouté que deux prêtres venaient d’être condamnés à mort mais qu’il ignorait s’ils avaient participé au génocide. Ces deux prêtres sont restés en fonction jusqu’à leur arrestation, en novembre 1996 pour l’un, le 30 juin 1997 pour l’autre, et ils n’ont pas été inquiétés jusqu’à cette date. Lorsque les massacres ont eu lieu dans la paroisse de Nyange où ils étaient présents, ils ont été enfermés par les milices Interahamwe qui ont, elles, commis les tueries. Par crainte de représailles, aucune personne n’est venue témoigner à leur procès en leur faveur.

Le père Guy Theunis, tout en se déclarant contre la peine de mort, de surcroît exécutée en public, a estimé pour autant qu’il était normal de sanctionner les auteurs du génocide. Il a toutefois indiqué que les autorités rwandaises avaient condamné à mort et exécuté en public l’ancien procureur de Kigali qui n’était pas impliqué directement dans les massacres, autant que l’on sache, et qu’il s’agissait donc plus dans ce cas d’une condamnation politique que d’un acte de justice.

M. Yves Dauge a souhaité savoir si la présence de troupes belges et françaises aurait pu éviter le génocide et a demandé au père Guy Theunis s’il considérait que le retrait des soldats français au profit d’une intervention des Nations Unies, comme le prévoyaient les accords d’Arusha, dont la France avait activement encouragé l’élaboration, constituait selon lui une catastrophe.

Le père Guy Theunis a indiqué que, présent à l’aéroport où il avait été conduit pour reconnaître des personnes, il avait pu constater que les troupes françaises présentes dans le cadre de l’opération Amaryllis et les troupes belges présentes au titre de l’opération Silver Back disposaient de matériels très performants, dont des hélicoptères leur permettant d’aller récupérer des ressortissants français et d’autres pays, alors que les 450 hommes de la MINUAR étaient mal équipés. Les soldats belges sont intervenus à certains endroits, devant le stade Amahoro, où ils ont failli être tués, ils ont tiré dans la foule et pendant 24 heures il n’y a eu aucune action des FAR ou des miliciens. Il en aurait peut-être été différemment si la garde présidentielle avait été en face. Il s’est à nouveau dit convaincu que l’intervention des soldats belges ou français aurait été efficace et aurait pu éviter le génocide. L’efficacité des militaires occidentaux a été évidente durant l’opération Turquoise face à des armées mal entraînées et peu courageuses. Ni les FAR, ni le FPR ne sont intervenus en avril 1994 quand les chars ou les hélicoptères des forces occidentales sont allés récupérer des ressortissants étrangers.

M. Jacques Myard a rappelé que les évêques rwandais n’avaient pas été les seuls à agir en faveur des accords d’Arusha, le Gouvernement français ayant constamment concouru lui aussi aux négociations. Il a fait remarquer qu’une intervention armée unilatérale nécessitait une décision ou un mandat de l’ONU ou d’une organisation internationale, sauf à recommencer la colonisation. La France ne pouvait donc demeurer au Rwanda. Il a affirmé que les propos tenus par le père Guy Theunis l’avaient gêné et donnaient l’impression d’une recherche du sensationnel. Il a ainsi jugé que l’évocation du suicide de M. François de Grossouvre ou du rôle du Capitaine Barril était déplacée et que des questions aussi pointillistes que celles qu’il avait posées finissaient par faire douter de sa volonté de comprendre ce qui s’est passé.

Le père Guy Theunis a indiqué que, depuis 1994, il essayait de comprendre les événements qui se sont déroulés au Rwanda où il a vécu 25 ans et qu’il avait témoigné devant la Commission d’enquête du Sénat belge pour clarifier un certain nombre de points. Il a souhaité que la mission d’information française soit transformée en commission d’enquête pour progresser dans la compréhension des faits. La communauté internationale a démissionné au Burundi après les massacres successifs à l’assassinat du président démocratiquement élu, M. Melchior Ndadaye, en octobre 1993, mais n’avait pas de responsabilité en tant que telle. Au Rwanda, le vote du Conseil de Sécurité des Nations Unies a donné un mandat à une force internationale, la MINUAR qui devait garantir la paix. La responsabilité de la communauté internationale était engagée et notamment celle des Etats qui ont voté les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU ou qui, comme la France ou la Belgique, ont envoyé des troupes au Rwanda. Les accords d’Arusha ont pu être élaborés grâce aux pays occidentaux qui étaient partie prenante à leur mise en oeuvre. La MINUAR était liée à ces accords d’Arusha dont elle devait garantir l’application, ce qui engageait bien la responsabilité de la communauté internationale.

Source : Assemblée nationale. http://www.assemblee-nationale.fr




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