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901 LES CONTRADICTIONS DU LT ABDUL RUZIBIZA

Publié le 30/10/2009 à 14:44 par perewenceslas
901 LES CONTRADICTIONS DU LT ABDUL RUZIBIZA
LES CONTRADICTIONS D'UN LIEUTENANT RWANDAIS  
ABDUL RUZIBIZA, TÉMOIN, ACTEUR, FAUX-TÉMOIN

 

parClaudine Vidal

Abstract

On sait peu de choses sur les pratiques militaires des armées qui s’affrontèrent durant la guerre civile de 1990-1994 au Rwanda.

Les sources de tous ordres, documents, rapports, témoignages, d’origines rwandaise, française ou belge sont pour l’essentiel inaccessibles.

Et lorsqu’elles sont publiques, elles concernent principalement les Forces Armées Rwandaises. La pénurie documentaire est encore plus grande pour le cas de l’armée du Front Patriotique Rwandais.

Un ancien militaire de cette armée a produit un document sur les pratiques combattantes de la guérilla et témoigné devant diverses juridictions.

Il a, en 2008, renié ses précédentes interventions. Cet article décrit comment le témoin Ruzibiza est devenu un personnage public.

 

1. INTRODUCTION

 

La guerre civile, qui commença au Rwanda en octobre 1990 et se termina en juillet 1994 par la victoire du Front patriotique rwandais (FPR), n’a été que peu étudiée, hors des cercles militaires.

Certes, la chronologie et la cartographie des combats peuvent être reconstituées. Mais cette connaissance laisserait en suspens nombre de questions.

Par exemple, si les Forces armées rwandaises (FAR) ont repoussé la première attaque de l’Armée patriotique rwandaise (APR), elles ont rapidement subi des défaites face à la guérilla et n’ont dû, en février 1993, l’arrêt de l’avance de l’APR sur Kigali qu’au renfort des militaires français.

Pourtant, les FAR, de 5 000 hommes en 1990, étaient passées à 35 000 hommes en 1993.

Même si l’on sait combien la haute hiérarchie militaire était inextricablement mêlée aux autorités politiques dans un pays dont le président, un général, chef de l’état major, ne démissionna de l’armée qu’en 1992 pour pouvoir se présenter à une éventuelle élection présidentielle, même si les conflits existant entre les « anciens » hauts-gradés et les plus jeunes, diplômés d’écoles militaires ne sont pas restés secrets, il n’y a pas de collecte systématique de documents et de témoignages qui permettraient de tracer un tableau précis des conditions qui ont conduit aux échecs puis à la défaite des FAR, de relier ces échecs au contexte de l’époque.

Les militaires qui ont été auditionnés par les parlementaires français, en 1998, ont souligné les faiblesses de l’armée rwandaise qu’ils jugeaient assez graves pour que leur soutien paraisse indispensable.

Il doit assurément exister nombre de données et de rapports adressés du terrain au ministère français de la Défense, mais, jusqu’à présent, ces documents ne sont pas accessibles aux chercheurs.

Quant à l’APR, il y a encore moins d’enquêtes indépendantes sur ses pratiques de guerre, sur son organisation, sa discipline et ses tensions internes, sur le recrutement de ses hommes, sur leurs carrières, sur leur participation aux violences de combat et à celles contre les blessés, les prisonniers, les civils.[1] 

Lorsque les historiens sont confrontés à une telle pénurie documentaire, les récits de témoins et de participants sont précieux.

Même s’il est difficile d’en mener la critique, ils comportent des éléments à partir desquels poser des questions inédites permettant d’échapper aux histoires officielles.

C’est pourquoi, lorsqu’un ancien militaire de l’APR entreprit de relater longuement sa propre expérience et ses observations sur les pratiques combattantes de la guérilla, il m’a semblé que ce document ne devait pas rester confidentiel.

L’auteur du document, né au Rwanda, en 1970, de parents tutsis, s’est engagé, en 1990, dans l’armée du FPR. Il s’enfuit en Ouganda en février 2001, car, dit-il, il craignait pour sa vie. Il fait donc partie des nombreux dissidents politiques et militaires du FPR qui avaient quitté le Rwanda.

Je présenterai le parcours du lieutenant Abdul Joshua Ruzibiza, non pas le détail de sa biographie mais les moments caractéristiques de ses activités de témoin. Ultérieurement, ce travail devrait s’inscrire dans une analyse plus large de cette catégorie spécifique de témoins : les dissidents du FPR.  

 

 

2. TÉMOIGNAGES ET INTERVENTIONS PUBLIQUES DE 2002 À 2008

 


Abdul Joshua Ruzibiza a eu une longue carrière de témoin.[2]En mai 2002, à Kampala, il accepta de répondre aux enquêteurs du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), puis à nouveau, en 2003, faisant cette fois partie d’une équipe de huit militaires dissidents de l’APR.[3]Toujours en 2003, mais en Europe, il témoigna à deux reprises : à Paris, dans l’enquête du juge Jean-Louis Bruguière sur l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président Juvénal Habyarimana[4], à Madrid, dans l’enquête menée par le juge espagnol Fernando Andreu Merelles.[5]En mars 2006, il déposa, à Arusha, au TPIR, en tant que « témoin neutre » dans le cadre du procès dit des militaires.

Hors des enceintes juridiques, Ruzibiza a fait un large usage des scènes médiatiques. À la suite d’un article du journal Le Monde, il était devenu un personnage public, « le témoin du juge Bruguière ».[6]C’est à ce titre qu’il était interviewé, le 10 mars 2004, sur la chaîne publique flamande VRT : il affirmait l’implication de Paul Kagame dans l’attentat du 6 avril 1994.

Ce même jour, le président rwandais entamait une visite en Belgique. Plus tard, le 14 mars, Ruzibiza lançait sur des forums internet rwandais, un long texte en kinyarwanda : un pamphlet violent contre le président Kagame, intitulé « Témoignage » (ubuhamya). Traduit en français, il circula dans de nombreux réseaux internet.[7] 

La rédaction du texte montre que l’auteur adopte plusieurs perspectives : le « je » de celui qui accuse et argumente, comme dans la partie intitulée

« Il y a des principes auxquels je crois et que rien ne saurait mettre en doute » ; le « nous », témoin collectif qui représente les militaires du FPR dont faisait partie Ruzibiza[8], par exemple :

« Quand tous ces actes macabres étaient terminés, nous nous repliions sur notre base arrière en Ouganda » ; le « je » du témoin oculaire :

 « Concernant d’autres massacres commis par le FPR, je vais en faire la dénonciation par écrit de manière détaillée, en précisant, d’après mes souvenirs, la responsabilité de chacun de ceux qui y ont pris part, parce que j’ai participé au lancement de cette guerre et à son issue, j’ignore seulement ce qui s’est passé là où j’étais absent au moment des faits ».

 Après la parution de son livre, en octobre 2005, Ruzibiza enchaîna des interviews donnés à des radios, des journaux et des télévisions de divers pays.[9] 

La publication de l’Ordonnance du juge Bruguière, le 17 novembre 2006, le détermina à de nouvelles interventions publiques. Indigné par les considérations politiques dont le juge avait entouré ses investigations sur l’attentat du 6 avril 1994, il adressa au journal Le Monde une correspondance dans laquelle il annonçait qu’il avait décidé de « suspendre sa collaboration avec le juge » mais précisait :

« Je ne retire donc rien des déclarations que j’ai faites devant les policiers, ni de ce que j’ai écrit.

Mais je ne suis pas une marionnette de la justice française. »[10] 

Le 9 novembre 2008,  Rose Kabuye, major dans l’armée rwandaise et chef du protocole du président Paul Kagame, fut arrêtée à Francfort en vertu du mandat d’arrêt européen délivré par le juge Bruguière.

Le 11 novembre, dans une longue interview donnée en kinyarwanda, puis en français, puis en anglais, à une radio privée rwandaise, Contact FM, Ruzibiza protestait contre l’arrestation de Rose Kabuye dont il n’avait jamais prononcé le nom dans ses déclarations et rétractait son témoignage sur l’attentat devant le juge français : tout avait été inventé et il avait préparé les autres témoins rwandais à soutenir une version commune.[11] 

Il confirma sa rétractation, le 19 novembre, à Radio France Internationale (Rfi), dans un entretien avec Sarah Tisseyre, puis, le 20 novembre, avec un journaliste de Libération, qui publia l’entretien sur internet sous forme audio, à France-Culture avec Laure de Vulpian, et sur la chaîne France 24, dans l’émission de Sylvain Attal.[12] 

 


3. LA PUBLICATION DU LIVRE

 


Une fois paru le livre de Ruzibiza, certaines personnes affirmèrent que, pour en être le signataire, il en était très peu l’auteur : selon les uns, les services secrets français[13], selon d’autres, les chercheurs qui ont respectivement préfacé et postfacé l’ouvrage en auraient été les véritables rédacteurs.[14]Afin de dissiper toute équivoque à cet égard, je relaterai brièvement l’histoire de la publication de l’ouvrage.

André Guichaoua, rédacteur de la postface, rencontra Ruzibiza une première fois le 13 décembre 2003.[15] 

Le juge Bruguière, l’avait convoqué en tant que spécialiste du Rwanda. Le commandant Pierre Payebien, officier de police judiciaire assistant du juge, évoqua la personne d’Abdul Ruzibiza comme pouvant être utile à ses recherches.

Ce dernier accepta le principe d’une rencontre qui eut lieu, à Oslo. Des mails furent échangés. Ruzibiza fit part de son intention d’écrire un livre sur l’histoire du génocide au Rwanda.[16] 

On se souvient que, le 14 mars 2004, Ruzibiza mettra sur le net son Témoignage en kinyarwanda, où sont déjà présents l’essentiel des thèmes du futur livre.

Début 2005, il envoie à André Guichaoua, le fichier électronique (en Word) de son manuscrit. Ce dernier me le transmet avec l’accord de Ruzibiza.

J’ai estimé le document très intéressant 

— c’était la première fois qu’un dissident du FPR s’exprimait de façon aussi détaillée ­­— 

et publiable à condition de procéder à un travail d’édition (allègement des longueurs, suppression des répétitions, éclaircissement de passages difficiles à comprendre, notes explicatives).

Le manuscrit comportait trois parties et j’ai envoyé séparément chaque partie préparée pour l’édition à Ruzibiza afin qu’il les relise. Il me les retournait, toujours en version électronique, en affichant ses modifications et leur commentaire éventuel (en mode « suivi des modifications » où les commentaires de celles-ci sont datés).

Du 23 au 26 avril 2005, André Guichaoua et moi-même rencontrions Ruzibiza à Oslo où nous avons eu de longues discussions (plusieurs heures) enregistrées. Il s’agissait de lui demander des explications sur sa méthode de travail, des précisions sur des noms de personnes et de lieux, de compléter sa biographie.

La transcription de l’enregistrement a été envoyée, sous forme d’un document Word, à Ruzibiza qui l’a retournée avec ses corrections concernant des noms de lieux, de personnes, mal compris, ou remplaçant les mots inaudibles, et en apportant de nouvelles précisions (toujours en mode « suivi des modifications »).

En septembre 2005, le travail d’édition était achevé, le livre parut au mois d’octobre.

Ce fut, de ma part, un travail ordinaire d’édition  : ont été conservés les documents électroniques ainsi que l’enregistrement des discussions menées à Oslo et leur transcription revue par Ruzibiza.

L’ensemble atteste que Ruzibiza est bien l’auteur du livre qu’il a signé ; à la suite de sa rétractation, ces documents ont été transmis, fin 2008, aux juges anti-terroristes Trévidic et Coirre désormais en charge de la procédure française dans laquelle il a témoigné.[17] 

 


4. LA RÉTRACTATION

 


L’enregistrement du 11 novembre 2008 (version française) de l’entretien mené par Albert Rudatsimbura, directeur de Contact FM, avec Ruzibiza, soit moins de deux jours après l’arrestation de Rose Kabuye, comporte plusieurs éléments de différents ordres. Ruzibiza exprime son indignation

— « […] je n’ai jamais mentionné le nom de Rose Kabuye […] j’ai toujours dit qu’elle n’y était pour rien »

— ; il relate sa rencontre avec le juge Bruguière puis explique que son témoignage est un « montage »

— « Oui, c’est mon propre montage, c’est pas le montage de Français, du gouvernement rwandais ou de qui que ce soit »

— ; il s’affirme l’organisateur  des déclarations émises devant le juge par les militaires de l’APR

— « […] une bonne partie est entrée en contact avec le juge et le policier à travers moi […] je préparais chacun d’eux pour […] qu’ils disent la même chose que ce que je disais, ce qui rend en fait nuls tous les témoignages […] rassemblés à partir des anciens militaires de l’APR ».

Le network commando est une invention

— « c’est un mot qui est franchement une création, ça n’a pas existé »[18] 

— ; le 6 avril 1994, il ne pouvait pas être à Kigali

— « Moi, j’étais à plus de 100 kilomètres »

— ; à la question concernant son témoignage devant la justice espagnole, Ruzibiza répond que la France diligente tout en Espagne

— « Il n’existe pas de vraie procédure en Espagne qui ne soit pas directement liée aux procédures qui se font en France »

— ; cette affirmation vaut aussi pour le Canada, les diplomates suisses, des journalistes, des experts, des chercheurs…

— « C’est une complicité un peu complexe et c’est la France qui coordonne tout »

— ; Ruzibiza explique pourquoi il a procédé à ce témoignage-montage devant le juge Bruguière

 — « Moi, je voulais vraiment savoir jusqu’à quel point les politiciens français de l’époque, cette époque aussi, à quel point ils haïssent, ils détestent les Tutsis, la population tutsie et le régime actuel »

— et indique des résultats de son enquête

— « À un certain moment, on voulait me recruter pour rejoindre ces génocidaires [les FDLR] ; […] même chez le juge, il y a des témoins qui ont été priés de rejoindre les FDLR dans les forêts du Congo. C’était Marara, ou Ruyenzi, ou les autres »

— ; il se revendique comme étant l’auteur de son livre

— « […] j’ai entendu dire que ce n’est pas moi qui ai écrit ça. C’est bien, bien, c’est bel et bien moi qui ai écrit ça »

— ; il se targue d’être un manipulateur efficace — « je dirais que j’ai la capacité de convaincre, si je veux convaincre, je le fais »

— ; il établit une distinction entre les signataires de la préface et de la postface

— « […] pour Claudine Vidal, qui a préfacé mon livre, j’ai l’impression qu’elle est innocente dans toute cette histoire […] Mais André [Guichaoua], lui, […] il est très intelligent, très malin, et en même temps très méchant »

— ; il estime enfin que le procès contre Rose Kabuye n’a pas de sens légal car les pilotes de l’avion étaient des militaires français, en fait, des mercenaires dans un avion civil.

Dans d’autres entretiens, plus brefs, ses déclarations ne varient pas. Il insiste tout particulièrement sur les motifs de ses diverses interventions précédant sa rétractation.

Ainsi, à Rfi, le 19 novembre, avec Sarah Tisseyre : 

« je voulais savoir ce que voulait la politique française contre nous les Tutsis, contre le Rwanda, contre le régime actuel. Il n’y avait pas moyen de savoir tout ça sans y tremper. On ne pouvait pas avoir accès à ce que j’ai eu maintenant sans avoir d’abord montré que j’étais contre le FPR. »

Au journaliste de Libération, il expose pourquoi il a décidé de se rétracter :

 « Moi je marche sur le timing. Je vois que c'est le grand moment de faire sortir ça.

Parce que c'est… je n'attendais que ça, j'attendais qu'il y ait un déclenchement et puis, pour voir la réalité des choses […].

Pour moi la France est un pays hostile » (20 novembre).

Il répondit au téléphone, dans l’émission de France 24, à des questions posées notamment par Pierre Péan et qui portaient sur l’ensemble de ses déclarations (communiqué  sur internet de mars 2004, témoignages devant le juge Bruguière, mais aussi en Espagne et au TPIR, en 2002 puis en 2006) par une esquive à propos du TPIR. Pierre Péan : 

« Tout est un montage, y compris au TPIR ? » Ruzibiza :

 « Moi, je ne fais pas de commentaire à propos du TPIR parce que ce n’est pas le cas dont on parle aujourd’hui.

On parle du cas de Rose Kabuye. »

 


5. DU TÉMOIN À L’ACTEUR

 


Durant plus de six années, Ruzibiza a maintenu ses accusations à l’encontre du FPR et de son chef, Paul Kagame.

Je rappelle que, dans son livre, mais déjà auparavant, dans son communiqué du 14 mars 2004, l’attentat du 6 avril n’est pas, loin de là, l’essentiel du réquisitoire.

Celui-ci dénonce, pour la période 1990-1994, d’une part la ligne politique du général-major Paul Kagame, excluant les alliances avec les fractions désireuses de paix, d’autre part sa stratégie militaire, qui n’aurait pas en priorité visé à secourir les Tutsis, enfin les tueries massives de Hutus perpétrées par l’APR durant et après la guerre.

Néanmoins, la « célébrité » médiatique de Ruzibiza repose exclusivement sur le fait qu’il a été présenté comme le « témoin-clé » du juge Bruguière dont l’Ordonnance provoqua la rupture des relations diplomatiques entre le Rwanda et la France.

Nul doute que si son témoignage s’était borné à la guerre civile (ce qui, pour son livre, n’aurait retiré que 14 pages relatant l’attentat contre le président Habyarimana sur les 383 pages consacrées à la guerre civile et au génocide), la notoriété de son auteur n’aurait pas dépassé le cercle des spécialistes.

En fait, c’est en raison de circonstances politico-judiciaires que Ruzibiza, de simple témoin, est devenu, involontairement ou non, un acteur dont les déclarations sont reprises et largement diffusées par les médias internationaux.

L’histoire judiciaire de Ruzibiza commence en 2002 (14, 17 et 19 mai 2002) par une « déclaration de témoin » reçue en français.

Ruzibiza est seul avec les enquêteurs du TPIR, travaillant pour le Procureur, Hamidou Maiga et Mohamed Ali Lejmi.[19] 

Il procède à l’historique de son parcours dans l’APR, notamment à celle de son entraînement en tant que commando pour des opérations spéciales, entraînement qui aurait commencé en avril 1993 et duré six mois.

Il y eut deux promotions de ces commandos (Ruzibiza fit partie de la seconde promotion), primitivement appelés « Network »,

« désormais connus sous le nom de “ Techniciens ” ».

Cette déclaration fait état d’attentats commis en juillet 1993

— « j’ai personnellement participé à une de ces actions de tueries »

— dont certains dans la « Zone Tampon ».[20] 

Ruzibiza affirme également avoir fait partie d’un groupe qui a enterré des armes et des munitions en prévision de la reprise de la guerre.

Le 8 avril 1994, « nous [les “ techniciens ”] avons rejoint nos unités respectives.

J’ai donc réintégré le 59ème bataillon ». L’objectif de cette déclaration est de montrer, par des relations précises, désignant nommément des militaires de l’APR, que le FPR avait eu pour unique intention de se préparer à gagner la  guerre, en dépit des négociations de paix, et qu’il n’hésitait pas à massacrer des populations civiles.

Rien n’est dit sur la façon dont l’attentat du 6 avril s’est déroulé. Quant à la seconde déclaration faite à des agents du TPIR, en 2003,  (conjointement avec sept militaires de l’APR), Ruzibiza avait finalement demandé aux enquêteurs de ne pas utiliser ses informations, car il disait craindre pour la sécurité des déclarants.[21] 

L’on sait que Louise Arbour, procureur du TPIR, avait mis fin à toute investigation sur l’attentat du 6 avril en mars 1997[22]et que Carla del Ponte, qui lui succéda, en 1998, ne les fit pas reprendre.

En mars 2004, elle déclarait à une collaboratrice du journal Le Monde : 

« Il était inutile de mener une enquête parallèle [à l’instruction française] alors que je fournissais toute coopération nécessaire à Jean-Louis Bruguière et que je pouvais à tout moment demander son dessaisissement ».[23] 

De fait, l’instruction du juge Bruguière « hérita » certains éléments d’investigations menées dans le cadre du TPIR.

En décembre 2000, Michael Hourigan dont l’enquête avait été bloquée par Louise Arbour, déposait devant le juge français et authentifiait le rapport sur l’attentat refusé au TPIR [24]; l’ambassade de France à Kampala était informée de la présence de militaires dissidents de l’APR qui pourraient être des « sources » intéressantes.

C’est ainsi qu’Innocent Marara et Evariste Musoni, se cachant en Ouganda, après avoir fui le Rwanda, contactés par des agents de l’Ambassade, obtinrent un visa pour la France et vinrent témoigner en septembre 2001. 

De même, Ruzibiza, repéré par des enquêteurs du TPIR, fut, lui aussi, mis en contact avec le cabinet du juge Bruguière par l’intermédiaire de l’Ambassade.

Il fut entendu à Paris le 3 juillet 2003. Dès le lendemain, il partit déposer dans le cadre de l’investigation espagnole sur les crimes du FPR.

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Anonyme le 03/11/2009
le père Serge Johan Desouter éclaire les plus sceptiques dans son témoignage à Arusha sur ce lien: http://www.rwandadocumentsproject.net/gsdl/collect/mil1docs/index/assoc/HASHb975 /d14f7177.dir/doc76099.PDF


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