REVISONNISTE, le Ministre Canadien Maxime BERNIER ?
Que l’ONU aille au fond des choses » est le souhait qu’a émis Maxime Bernier avant son départ pour la Birmanie, où il devait participer au sommet de l’OTAN. Le ministre des Affaires extérieures du Canada faisait allusion à l’affaire Karake Karenzi, l’actuel commandant adjoint de la Force de l’ONU et de l’Union africaine au Soudan. Celui-ci est présumé responsable du meurtre de Guy Pinard, un prêtre québécois assassiné au Rwanda, le 2 février 1997. Karenzi fait l’objet d’un mandat d’arrestation international émis par un tribunal espagnol.
Missionnaire d’Afrique (père blanc), Guy Pinard n’avait sans doute jamais imaginé pareil scénario pour sa mort. Le 2 février 1997, il célébrait l’Eucharistie dans sa paroisse à Kapanga, au nord-ouest du Rwanda, lorsque celui à qui il venait de donner l’hostie l’abattit devant tous les paroissiens. Plus de dix ans après, le Canada n’est pas toujours allé au fond des choses. Et la famille Pinard demeure sans nouvelle.
Situation qui ne surprend sûrement pas la famille Simard. Comme les Pinard, les Simard attendent toujours des nouvelles d’Ottawa sur l’enquête devant faire la lumière sur le meurtre de leur frère assassiné au Rwanda. Membre de l’ordre de Sainte-Croix, P. Claude Simard a été tué à coups de marteau dans la nuit du 17 au 18 octobre 1994 à Ruyenzi, au sud du Rwanda. Plus de treize ans après, le Canada n’est pas toujours allé au fond des choses.
Pourtant dans un rapport envoyé à l’ONU en fin octobre 1994, le général Guy Tousignant, commandant des forces de l’ONU au Rwanda et remplaçant du général Dallaire, a mentionné que les agents du Front patriotique rwandais (FPR) seraient impliqués dans l’assassinat du père Simard. En outre, le capitaine Tim Isberg des Forces de l’ONU au Rwanda, a établi dans son enquête que l’ordre de tuer le père Simard serait venu du haut niveau du FPR.
Si dormir au gaz semble être le propre du gouvernement canadien, ce n’est pas partout pareil. En tout cas pas en Espagne. Le Tribunal central d’instruction du Royaume d’Espagne a émis, le 6 février dernier, une quarantaine de mandats d’arrêt internationaux dont deux visent les présumés responsables des assassinats des prêtres québécois.
Me Jordi Palou-Loverdos est allé au fond des choses. L’enquête qu’il a menée impute la responsabilité du meurtre du père Pinard à Karake Karenzi, qui dirigeait à l’époque les services de renseignement militaire. Fred Ibingira, commandant du 157e bataillon de l’Armée patriotique rwandaise en 1994, est pointé pour sa responsabilité dans la mort du père Simard.
Mais que reprochait-on à nos deux ecclésiastiques ? Leur connaissance des profondeurs du Rwanda qui faisait d’eux des témoins gênants aux yeux du nouveau régime politique. Père Simard a eu la mauvaise idée de se rendre à Kigali pour se plaindre de multiples disparitions et assassinats qui survenaient dans sa commune. Il a été tué après son retour de la capitale rwandaise. Seth Sendashonga, ministre de l’Intérieur du gouvernement du FPR, qui avait reçu le père Simard à Kigali, a lui aussi été liquidé par un commando en mai 1998, à Nairobi. Quant au père Pinard, il n’avait pas compris que le FPR était hostile aux gueulards. En fin 1996 et début 1997, le FPR semait la terreur et la mort dans le nord-ouest du Rwanda. Notre père Pinard ne se gênait pas pour les dénoncer. Et il l’a chèrement payé.
Il était donc hors de question que le FPR épargne ceux qui pouvaient constituer un frein à l’exécution de la stratégie politique qu’il avait adoptée. Stratégie consistant à « calomnier l’Église Catholique qui prêche en faveur de l’égalité des hommes et qui a contribué à l’éducation des masses populaires ; liquider les prêtres Hutus ; terroriser les missionnaires et religieux catholiques pour qu’ils abandonnent le Rwanda et assassiner les vieux missionnaires qui connaissent l’histoire du Rwanda et ceux qu’ils considèrent comme responsable de la perte du pouvoir après des siècles de domination Tutsi ; menacer les troupes étrangères et manipuler la MINUAR. » (Pp 61-62 de l’ordonnance du tribunal central d’instruction du Royaume d’Espagne)
Qu’entend Maxime Bernier par « aller au fond des choses » ? S’il veut brasser les affaires afin de laisser jaillir la lumière sur les meurtres des prêtres québécois, il devra bien attacher sa tuque. Parce que plusieurs avant lui ont osé plonger au fond des choses et se sont vu affubler les qualificatifs de négationniste, révisionniste, raciste. De nos jours, il semble que l’histoire du Rwanda ne se lit qu’avec les seules lunettes obtenues auprès du vaillant homme fort qui a pacifié les collines rwandaises en 1994...