INTERVIEW SUR EUROPE 1
Pierre Péan propose une relecture troublante de la «vérité officielle» qui a cours depuis onze ans sur le génocide de 1994.
Le 6 avril 1994, un missile sol-air pulvérise le Falcon 50 du président rwandais Juvénal Habyarimana. L'attentat, qui lui coûtera la vie ainsi qu'à son homologue burundais, déclenche un génocide fatal à près de 1 million de Tutsi et de Hutu. Dans un livre enquête iconoclaste, Pierre Péan s'efforce d'éclairer les zones d'ombre de la vérité officielle. Il souligne la responsabilité des rebelles tutsi du Front patriotique rwandais (FPR) et de leur chef, Paul Kagamé, dans le crash, l'ampleur des représailles exercées par le nouveau pouvoir contre les Hutu, et dénonce le «mauvais procès» fait à la France, accusée, à tort selon lui, de complicité.
Interview de Pierre Péan sur Europe1
Le Quotidien Mutations (Cameroun). 05/10/06. E. Gustave Samnick
Dans un livre mastoc, Pierre Péan démontre la responsabilité directe du président rwandais dans le génocide de 1994.Une abondante littérature a déjà été commise sur ce qui est considéré comme le génocide rwandais déclenché en avril 1994 et qui, en trois mois de tueries sauvages, coûta la vie à près de deux millions de citoyens de ce pays de la région des Grands Lacs, Hutus et Tutsis confondus, sans oublier des dizaines de ressortissants étrangers, civils, religieux et militaires, assassinés dans la confusion générale.
Avec un art du détail qu'il a déjà éprouvé dans d'autres essais chocs, notamment Affaires africaines et La face cachée du Monde, Pierre Péan décrit comment Paul Kagame, alors chef des rebelles du Front patriotique rwandais (Frpr) et de sa branche armée l'Apr, a pris le pouvoir en commanditant l'assassinat du président Juvénal Habyarimana (voir Bonnes feuilles ci-dessous). En fait, tout au long de son volumineux ouvrage, l'auteur démontre comment l'opinion internationale a été bernée au sujet de celui qui a pris le pouvoir à Kigali en juillet 1994, présenté comme le sauveur du pays issu de la minorité rescapée du génocide planifié par le pouvoir hutu de Habyarimana. Le Fpr et son chef sont parvenus à ce résultat, révèle l'enquête de Pierre Péan, grâce à une propagande savamment organisée portée à bout de bras par des "victimes" rwandaises, des journalistes et certaines Ong notamment françaises.
Les méthodes de Survie, l'association de défense des droits de l'homme dirigée par Jean Carbonare et François Xavier-Verschave, est particulièrement taillé en morceaux par Péan, qui l'accuse avec moult exemples à l'appui, d'avoir servi de relais actif aux desseins diaboliques de Paul Kagame. Carbonare est même devenu conseiller du président de la République du Rwanda, après avoir longtemps inondé les médias français (radios, télévisions, journaux) de la thèse selon laquelle le génocide avait été planifié par le pouvoi hutu de Juvénal Habyarimana, avec le soutien du gouvernement français sous François Mitterrand, pour exterminer la minorité tutsie.
Pierre Péan prend le contre-pied de cette thèse et de tous ceux qui l'ont défendue, comme la journaliste belge Colette Braeckman ou le journaliste français Patrick de Saint-Exupéry, auteurs de livres sur le Rwanda dans les quels ils dénoncent le rôle de l'armée française aux côtés du gouvernement Habyarimana et présentent Kagame comme un héros qui a libéré le peuple de l'oppression. Tout le contraire de qu'a découvert Péan lors de son enquête, qui pense que le Fpr a abattu l'avion présidentiel pour provoquer la colère des extrémistes hutus, et déclencher ainsi les tueries inter-ethniques que l'on a connues. Il publie même en annexe un message radio du Fpr intercepté le 7 avril 1994 par les Far dans lequel le parti de Kagame est triomphant, heureux d'avoir réussi son coup: "Nous vous informons que la mission de notre escadron renforcé s'est soldée à un eréussite brillante contre le Mnrd-Cdr et le Frodebu-Palipehutu (...) dans la ville principale, on tire dans toutes les rues (...) le chef a regagné Kampala sans problème".
Le texte est dense et fluide. Les détails de l'enquête de Pierre Péan sont très précis. Comme d'habitude, il a pris le temps de collecter ses informations et à diverses sources qu'il cite par ailleurs très souvent. Il est difficile de ne pas prêter une oreille attentive à ce discours nouveau sur la tragédie rwandaise de 1994. C'est un autre son de cloche, qui situe seulement sur le fait toute la vérité n'est pas connue sur cette sombre épisode de l'histoire du Rwanda et de l'Afrique.