AMNESTY INTERNATIONAL DENONCE LES VENTES D'ARMES AU RWANDA ET EN RDC
Kinshasa, 12/03/2008 / Politique
Le rôle de Victor Bout et de ses associés dans le processus de trafic d’armes à déstination de l’Afrique centrale était celui d’armer les deux parties, l’Ouganda et ses alliés d’une part et le Rwanda et le RCD-Goma de l’autre. Les activités de l’homme d’affaires russe Victor Vasilevitchi Bout et de ses associés ont permis de faire la lumière sur le processus de trafics d’armes à destination de l’Afrique centrale. Bout a joué un rôle dans l’armement de membres de l’alliance gouvernementale de la RD Congo, ainsi que de divers groupes d’opposition armés soutenus par le Rwanda et l’Ouganda.
Depuis le début des années 90, il supervise le déploiement d’un réseau complexe de plus de 50 avions, plusieurs compagnies aériennes et autres sociétés de transport de fret opérant dans de nombreuses parties du monde. Il a fait l’objet d’enquêtes de la part des services de police et des Nations unies, qui le soupçonnent d’être impliqué dans des activités violant les sanctions en Afrique sub-saharienne.
Des responsables des Nations unies ont accusé Victor Bout d’utiliser les Emirats arabes unis comme base permanente et d’employer toute une gamme de paillions de complaisance et d’arrangements de sous-traitance pour ses avions, afin de faciliter le trafic illicite d’armes et de diamants, en particulier en Afrique.
Les avions de Victor Bout auraient servi à exporter du coltan et de la cassitérite hors de RD-Congo, à transporter des fournitures sur des sites d’exploitation minière en RD Congo, et à acheminer des troupes et du matériel militaire. Néanmoins, Bout n’a jamais fait l’objet de poursuites pour trafic d’armes, en raison du vide juridique qui existe dans la plupart des pays, où les activités relatives au courtage et au transport d’armes ne sont pas régies par la loi.
Fourniture d’armes à l’Ouganda et ses alliés
Après avoir été contraint de quitter l’Afrique du Sud pour avoir fourni des armes au mouvement d’opposition angolais UNITA, Victor Bout était en 1999 – selon certaines sources – instructeur en chef d’une équipe de formateurs de pilotes israéliens pour l’armée de l’air ougandaise. Dans son rapport final, publié en novembre 2002, la Commission Porter indiquait que 97 vols avaient quitté Entebbe à destination de la RD-Congo entre 1998 et 2002, dont des avions appartenant à Victor Bout, qui était décrit comme un criminel international.
Le journaliste belge Dirk Draulans a eu le rare privilège de rencontrer Bout en 2001, lorsque celui-ci travaillait avec Jean-Pierre Bemba, le leader du Mouvement pour la libération du Congo. Lors de cette rencontre, le journaliste a vu deux avions de Victor Bout – immatriculés 9T-ALC et MLC –, tous deux inconnus des autorités internationales de l’aviation. Un chercheur belge a pu certifier que ces avions avaient fait le trajet entre l’Ouganda et la RD Congo jusqu’au moins novembre 2001. Un courrier des UPDF daté du 11 janvier 2001 demandait l’envoi de 600 fusils slovaques à la province d’Ituri, dans le Nord-Est de la RD Congo. Cette demande a coïncidé avec un épisode particulièrement violent du conflit en RD-Congo.
Fourniture d’armes au Rwanda et au RCD-Goma
Le rapport des Nations unies sur l’exploitation illégale des ressources naturelles de la RD Congo daté d’avril 2001 indiquait que, selon plusieurs sources, Victor Bout avait été en contact avec James Kabarebe, chef d’état-major de l’Armée patriotique rwandaise. Les deux hommes auraient discuté de la location d’un appareil Iliouchine 76 utilisé pour transporter du coltan congolais vers Kigali.
En février 2002, Sanjivan Ruprah a été arrêté en Belgique pour faux et usage de faux passeport. Selon son avocat en Belgique, il essayait de vendre des diamants à Anvers pour le compte du président rwandais Paul Kagame. Un communiqué de presse de cet avocat indiquait que le président du Rwanda devait encore à Victor Bout plusieurs millions de dollars. Les fonctionnaires des Nations unies enquêtant sur le trafic d’armes opéré par Victor Bout ont également découvert un transfert d’argent entre le ministère de la Défense rwandais et San Air.
En février 2002, les autorités belges ont délivré un mandat d’arrêt international à l’encontre de Victor Bout pour blanchiment d’argent, mais les autorités de Russie, où résidait l’intéressé, ont refusé de l’arrêter.
En octobre 2002, le Groupe d’experts des Nations unies sur la RD Congo indiquait que les avions de Victor Bout étaient utilisés dans l’Est de la RD Congo à diverses fins.
(Yes)
Extrait du rapport d’Amnesty International intitulé « Les flux d’armes à destination de l’Est de la RDC » et daté le 5 juillet 2005