Le massacre de trois Evêques Rwandais par les hommes de Kagame selon la justice Espagnole.
Monseigneur Vincent Nsengiyumva, archevêque de Kigali fait partie des victimes religieuses massacrées le 5 juin 1994 par le FPR.
Selon un des témoins présents, l’archevêque faisait ses prières dans l’oratoire de la maison des religieux de Gakurazo. Il a été conduit dans la salle où étaient rassemblés les autres religieux. Les deux tireurs ont massacré tout ce monde avec une violence inouïe. La tête de l’archevêque a été fracassée par la mitrailleuse d’un de deux tireurs. Jusques à ce jour le FPR a refusé les obsèques de deux des trois évêques assassinés. Ils reposent dans une fosse commune dans la cathédrale de Kabgayi au centre du Rwanda.
L’Extrait de l’ordonnance du juge Espagnole sur le massacre des religieux dont trois Evêques du Rwanda :
« …Le témoin TAP-043 a poursuivi son témoignage en se focalisant ensuite sur la mort violente des évêques et religieux à Kakurazo au début de juin 1994.
Il a révélé à ce moment ses deux sources d'information en liaison avec ces faits : d'une part, sa sœur (laquelle sera désignée sous le code TAP-AAA) qui non seulement était présente sur le lieu des faits et connaissait de première main ce qui s'est passé, en plus d'avoir perdu au cours de cette opération son propre fils (en conséquence, le neveu du témoin TAP-043), ainsi qu'elle pourra en témoigner ensuite ; d'autre part, le témoin TAP-043 a fait sa propre et discrète enquête à partir de membres de l'A.P.R. (non seulement par intérêt pour la mort de son propre neveu, que pour le risque que cela pouvait consister pour sa propre vie, tenant compte des dynamiques internes d'élimination des éléments à risque, qui étaient connues au sein de l'A.P.R.), étant donné que les renseignements ultimes lui avaient été fournis par un militaire de l'A.P.R. (un militaire qui avait été officier du Bataillon n° 157 chargé de l'opération militaire et actuellement réfugié en Ouganda par crainte pour sa vie et qui sera désigné sous le code TAP-BBB).
Le témoin TAP-043 a expliqué comment au début de juin 1994, encore en temps de guerre « officielle », le bataillon n° 157 Mobile, sous le commandement du Commanding Officer, le colonel Fred Ibingira, a encerclé et investi la ville de Kabgayi, à proximité de Gakurazo (au centre du Rwanda, faisant partie de la Préfecture de Gitarama, au sud-est de Mugina, la localité où exerçait le prêtre espagnol Isidro Uzcudun, ainsi qu'en témoigna le témoin TAP-038).
Après avoir capturé militairement cette localité, les militaires de l'A.P.R. avertirent le Haut Commandant Fred Ibingira qu'en plus des milliers de personnes rassemblées, étaient présents de manière visible parmi la foule trois hautes personnalités ecclésiastiques et d'autres prêtres qui les accompagnaient. Le témoin TAP-043 expliqua comment le colonel Fred Ibingira ordonna de séparer ces évêques et prêtres du reste de la [p.113] population civile, dans le but de demander et recevoir les instructions appropriées en liaison avec ces « ennemis ». Après avoir été conduits vers divers lieux pour leur prétendue sécurité, « invités » à prendre leurs effets personnels pour partir vers un autre lieu plus sûr, les évêques et les prêtres furent déplacés à environ 3 kilomètres de Kabgayi, concrètement à Gakurazo, au siège des Frères Joséphites, où ils se trouvaient aussi pour des raisons de protection et de sécurité), dans ce cas à proximité de la sœur et du neveu du témoin TAP-043, entre autres personnes. Le témoin TAP-043 a dit qu'étaient présents trois évêques, Vincent Nsengiyumva (Archevêque de Kigali), Thaddée Nsengiyumva (Evêque de Kabgayi) et Joseph Ruzindana (Evêque de Byumba).
Parmi les prêtres, le témoin TAP-043 se souvint spécialement de deux d'entre eux : Innocent Gasabwoya, pour être un prêtre appartenant à l'ethnie Tutsi, une excellente personne et un grand ami de la famille des témoins TAP-043 et TAP-AAA (ancien Vicaire Général du Diocèse de Kamonyi), et Jean Baptiste Nsinga, pour être lui aussi un prêtre appartenant à l'ethnie Tutsi, dont le témoin se souvenait de lui-même qu'il était Supérieur des Frères Joséphites (Frères de Saint Joseph).
Selon le récit du témoin TAP-AAA, fait à son frère le témoin TAP-043, à un moment donné de l'après-midi du 5 juin 1994, se retrouvaient réunies dans un même local diverses personnes, parmi lesquelles se trouvait Innocent Gasabwoba, parlant avec elles, s'amusant et jouant à ce moment avec le fils du témoin TAP-AAA, un garçon de 8 ans environ et qui se nommait Richard Sheja. A un moment donné, un militaire non identifié ordonna à Innocent Gasabwoba qu'il devait l'accompagner, et vu qu'il se trouvait en présence de Richard Sheja, le militaire lui ordonna de l'accompagner sans le gamin, lequel refusa de quitter le prêtre de sorte qu'ils partirent ensemble. En parallèle, quoique le témoin TAP-043 ne connaissait pas exactement ni le jour ni l'heure, selon ce que pu apprendre le témoin TAP-BBB, le colonel Fred Ibingira informa le général major Paul Kagame de la situation et l'interrogea sur ce qu'il devait faire avec les évêques et les religieux (signalant probablement que parmi eux se trouvaient aussi deux personnes appartenant à l'ethnie Tutsi), recevant les instructions de mettre fin à la vie de tous sans distinction (ces instructions, comme on le verra plus [p.114] avant, furent entièrement corroborées par celles qui ont été entendues personnellement par le témoin TAP-002 qui se trouvait à ce moment auprès de Paul Kagame au moment de parler par radio avec lui).
Selon le récit du témoin TAP-043 lui-même, les évêques et prêtres furent rassemblés dans une pièce et furent ensuite mitraillés sans distinction, y compris son petit neveu, Richard Sheja. Le témoin a identifié deux des tireurs, le lieutenant Wilson Gaboniza et le caporal Samuel Karenzezi alias « Viki ». De même, il a identifié les commandants qui sont intervenus directement au cours de cette opération, signalant les suivants, par grade hiérarchique décroissant :
- colonel Fred Ibingira, Commanding Officer du Bataillon 157 Mobile, sous les ordres stricts du général major Paul Kagame,
- colonel Erik Murokore, adjoint au Commanding Officer du Bataillon 157 Mobile,
- capitaine Wilson Gumisiriza, Intelligence Officer (I.O.) du Bataillon 157 Mobile, et
- capitaine Willy Bagabe, adjoint de l'Intelligence Officer (I.O.) du Bataillon 157 Mobile.
Aussi, une fois terminées les rafales d'arme automatique, il a confirmé qu'ils avaient assassiné aussi le petit Richard. Selon ce que pu apprendre le témoin TAP-043, il y eut une discussion entre les officiers de l'A.P.R. quant à savoir s'ils devaient à son tour assassiner la mère ou pas (TAP-AAA), vu les possibilités de dénonciation du crime (il faut signaler qu'à ce moment là le mari du témoin TAP-AAA était un éminent collaborateur du F.P.R., une personne de l'ethnie Tutsi). les militaires de l'A.P.R. annoncèrent au témoin TAP-AAA qu'ils avaient tué son fils par erreur.
Il semble qu'ultérieurement le D.M.I. lui offrit une compensation tout en faisant en même temps des menaces claires pour s'assurer son silence… »